CHAP. U. —LA STATUE DE CONDILLAC
sent une rose^ mais par rapport à elle, elle ne sera que Todeur même de cette fleur.
« Elle sera donc odeur de rose, d'œillet, de jasmin, de violette, suivant les objets qui agiront sur son organe. En un mot, les odeurs ne sont à son égard que ses propres modifications ou manières d'être^ et efle ne saurait se croire autre chose, puisque ce sont les seules sensations dont elle est susceptible, m
6. Observons que, dès le premier pas, l'autiiur fait franchir à sa statue un intervalle immense. Sous Fapparente simplicité du phénomène sensibl(î, nous voyons apparaître un de ces actes qui supposeiat dans rintelligence le plus haut développement, à savoir la réflexion. Ainsi donc la statue croit être quelque chose : elle se croit odeur ; on lui attribue la conscience du moi par rapport à l'impression reçue. Elle émet une sorte de jugement, puisqu'elle affirme ridentité àumoi avec la sensation : or, s'il n'y a dans la statue que la sensation, comment cela se peut-il faire? La sensation est un phénomène isolé, stérile: la statue n'a d'autre conscience d'elle-même que cette sensation ; mais cette conscience ne mérite point ce nom dans l'ordre réflexe. L'hypothèse de Condillac, prise à la rigueur, nous laisse en présence d'un phénomène qui ne nous mène à rien. Sortir de lia sensation pour la développer, c'est admettre une activité distincte de la sensation, autre que la sensation, c'est ruiner le système.
La statue, restreinte à la sensation de l'odeur, ne se croira point odeur : croire, c'est juger. Jugement
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implique comparaison ^ or, rien de tout cela dans le phénomène sensible pur. Dès le début de son analyse, Condillac introduit lui-même les conditions qu'il suppose éliminées. Il veut tout expliquer par la sensation seule, et son premier mot est un appel à des opérations d'un ordre tout différent.
7. Il nomme attention la capacité de sentir, appliquée à l'impression reçue. Si la sensation reste une, il n'y aura qu'une attention^ si les sensations se succèdent, et laissent des traces dans la mémoire de la statue, une nouvelle sensation survenant, l'attention devra se diviser entre la sensation présente et la sensation passée. L'attention, dirigée à la fois sur deux sensations, c'est la comparaison : la comparaison est la perception des ressemblances ou des différences ; cette perception constitue le jugement , or, tout cela n'est que sensations. Donc l'attention, la mémoire, la comparaison, le jugement, ne sont que la sensation transformée. Rien de plus simple en apparence -, rien de plus clair; en réalité, rien de plus confus et de plus faux ; nous Talions démontrer.
8. Etd'abordladéfinition de l'attention est inexacte. La capacité de sentir, en exercice, s'applique à l'impression. On ne sent point quand la faculté de sentir est inactive ; et cette faculté est inactive si elle n'est appliquée à l'impression. Dansla théorie de Condillac, être inattentif et sentir seraient une même chose.
Toute sensation serait attention, toute attention sensation ; jamais ces deux mots n'ont été compris en ce sens.