‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 274 sur 607 · CHAP. IV. — ACTE INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — ACTE INTELLECTUEL

géométriques dont l'objet se prête facilement à la représentation offraient seule quelque difficulté. Tout ce qui n'a point de figure ou de forme se dérobe à nos sens. Dans ce cas, parler de représentation sensible, c'est tomber dans une contradiction.

22. Nous venons d'indiquer la ligne qui sépare ces deux actes; imaginer et comprendre. Les scolastiques avaient tracé cette ligne -, Descartes et Malebranche l'ont respectée. Que dis-je? ils ont marqué le trait d'une manière plus nette et plus vive. Locke, le premier, tenta de l'effacer; Condillac la fit disparaître. Les scolastiques, disons-nous, l'avaient reconnue; mais certaines de leurs expressions devaient aider à la détruire. Ils ont confondu, au moins dans les termes, l'idée avec l'image, expliquant l'acte intellectuel au moyen d'une forme contenue dans l'entendement, laquelle forme reproduit l'objet de la même manière qu'un portrait la chose représentée. Ces manières de s'exprimer tiennent à la comparaison que l'on ne peut s'empêcher d'établir entre la vue sensible et la compréhension. Les objets sont-ils hors de notre présence, nous nous aidons d'une image; or, comme les objets , en eux-mêmes , ne peuvent être présents en nous, on a inventé une forme intérieure , sorte de représentation qui renferme; la réalité. D'autre part, tout ce qui se peut rei:»résenter relève des sens. Nous ne nous trouverons intérieurement en présence de cette forme dans laquelle les objets sont peints, que dans la représentation imaginaire; de là, danger de prendre cette représentation

pour ridée, et toute idée pour une représentation. Or voilà le système de Condillac.

23. Saint Thomas nomme phantasmata les phénomènes de l'imagination, ajoutant que, durant son union avec le corps, Tàme n exerce sa faculté de comprendre que joer conversionem ad phantasmata ; en d'autres termes, l'image qui sert comme de matière à la formation de l'idée, l'image qui l'illumine et la vivifie , précède et accompagne l'acte intellectuel. Nous pensons, l'imagination s'éveille, Vioiage sensible apparaît. Ost la figure et la couleur de l'objet qui nous occupent, ou les termes de comparaison, ou les mots qui rendent la chose -, ainsi , jusque dans nos méditations sur Dieu , au moment même où nous affirmons l'immatérialité , la spiritualité de son essence, l'image nous poursuit et se fait sa part. L'Eternel, c'est V ancien des jours-, l'intelligence infinie, que sais-je? un océan de lumière; la justice infinie, la miséricorde infinie, un visage irrité ou plein de mansuétude; la création, une source d'où jaillit la vie-, l'immensité, une étendue sans limites.

L'image accompagne l'idée, mais elle n'est pas l'idée. Le fait même que nous signalons en fournit la preuve. Si l'on nous demande : cet océan de lumière, ce vieillard auguste, cette étendue sans hmites, etc., est-ce Dieu , ou la ressemblance de Dieu ? Non , dirons-nous aussitôt. Donc une idée existe qui n'a rien de commun avec ces représentations -, une idée qui repousse essentiellement tout ce que ces représentations impliquent.

Page 1