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5o. Nous avons signalé les ressemblances entre le système de Kant et celui des scolastiques; «este à signaler en quoi ils diflërent, surtout quant à l'application. Pour comprendre combien sont graves les différences, il suffit d'observer la diversité des résultats. Les aristotéliciens appuient sur leurs principes une métaphysique tout entière, la plus noble des sciences a leurs yeux, science dont la puissante et vive lumière illumine et féconde toutes les autres Kant, parti des mêmes faits, ruine la métaphysique en lu, refusant toute valeur relativement à la connaissance des objets en eux-mêmes.

56. II est bon d'observer que, sur cette question, ce philosophe se trouve en désaccord non-seulement avec les scolastiques proprement dits, mais avec les métaphysiciens les plus éminents antérieurs à lui • Platon Aristote, saint Augustin, saint Anselme* saint Thomas, Descartes, Malebranche, Leibnitz, Fenelon. etc. '

57. Existe-t-il, peut-il exister une science d'un ordre supérieur à l'ordre purement sensible, laquelle étende au delà des phénomènes matériels la sphère

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de l'activité humaine? La question est là. Qu'on juge de son importance. L'obscurité du sujet, ce que les résultats ont de décisif, selon la route où Von s'engage, tout nous impose l'obligation sévère de pénétrer, par un travail énergique, jusqu'au fond des choses. Qu'on le sache bien, des questions qui nous occupent dépendent la conservation ou la ruine des saines idées sur notre intelligence et sur Dieu, c'està-dire sur les deux objets les plus élevés et les plus importants que puisse offrir la science. Remontons jusqu'à l'origine des divergences^ chose singulière, on part des mêmes faits pour arriver à des résultats contradictoires. Pourquoi? Une exposition claire des systèmes opposés nous le dira peut-être.

58. Tous les philosophes sont d'accord pour admettre le fait de la sensibilité. Ici le doute est impossible. Ce phénomène est attesté par le sens intime d'une manière si palpable que les sceptiques euxmêmes n'ont pu nier la réalité subjective de l'apparence, bien qu'ils aient mis en doute sa réalité objective. Les idéahstes, en niant l'existence des corps, ont admis leur existence phénoménale, c'està-dire leur présence apparente aux yeux de l'esprit sous une forme sensible. Ainsi la sensibilité, ainsi les phénomènes sensibles ont toujours été considérés comme des faits primitifs-, on peut différer d'opinion sur la nature et les conséquences de la sensibiUté-, son existence est hors de cause.

59. Deux grandes écoles se partagent le domaine idéologique. L'une étabht la sensation comme faculté

CHAP. IX. — IDÉES PURES. StAl

unique. Toutes les affections, toutes les opérations de l'âme, ne sont à ses yeux que la sensation transformée; Tautre reconnaît des faits primitifs autres que la sensation, des facultés autres que la faculté de sentir-, elle distingue l'ordre sensible de l'ordre intellectuel.

60. Cette dernière école se subdivise en deux branches, pour l'une desquelles Tordre sensible est nonseulement distinct, mais séparé de l'ordre intellectuel et comme dans une sorte de lutte avec lui. Selon cette école, l'ordre intellectuel ne peut recevoir de l'ordre sensible que des influences malignes qui émoussent ou égarent son activité. De là le système des idées mnées dans toute sa vigueur, de là l'ordre intellectuel complètement en dehors des impressions sensibles 5 métaphysique cultivée par des génies de premier ordre et professée dans le siècle dernier par l'auteur de la Recherelie de la vérité avec une exagération sublime. L'autre rameau reconnaît aussi l'ordre intellectuel pur, mais il ne pense point que le contact des phénomènes sensibles en altère la pureté. ;>elon lui, les problèmes de l'intehigence humaine, dans les conditions de la vie présente, ne se peuvent résoudre si l'on n'admet cette communication.

61. La communication existe en vertu d'une loi de l'esprit humain ; c'est un fait d'expérience. Le sens intime l'atteste avec une invincible énergie. La négation serait comme le suicide de l'esprit. C'est pour quoi cette école, acceptant les faits tels que Texpérience mterne les lui présente, s'efforce de les expliquer en

signalant les points par lesquels l'ordre sensible et Fordre intellectuel peuvent entrer en communication sans se détruire ou se confondre.

62. Toutes nos connaissances viennent des sens \ voilà le principe fondamental de ce système où l'on admet l'existence des deux ordres , intellectuel et sensible, en même temps que la possibilité, la réalité même de leurs rapports et de l'influence qu'ils exercent l'un sur l'autre : les sens, causes excitantes de l'activité, sortes de manœuvres qui fournissent à l'esprit les matériaux à l'aide desquels il construit l'édifice de la science.

63. L'accord entre les scolastiques et le philosophe allemand se maintient jusque-là , mais ne tarde pas à se rompre en un point capital ; de là les conséquences opposées où les deux systèmes vont aboutir. Les premiers reconnaissent dans l'entendement pur de véritables idées, de véritables objets d'idées sur lesquels on peut raisonner en toute sécurité, indépendamment de l'ordre sensible. Leur principe fondamental : Nihil in intellectu quod non prius fuerii m sensu ^ n'exclut point l'existence de ces réalités qui nous conduisent au vrai, tant dans l'ordre matériel que dans l'ordre immatériel. Les idées de l'ordre intellectuel pur tirent leur origine des sens en tant qu'elles sont éveillées par les sens : mais une fois éveillées , elles agissent par elles-mêmes, forment, au moyen de l'abstraction, des idées propres, et s'élancent à la recherche de la vérité en dehors de l'ordre sensible.

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