CHAP. XI. — INTUITION INTELLECTUELLE
ple^ voilà la connaissance intuitive; intuition, du mot intueri^ regarder.
77. Cette intuition est de deux sortes. Ou l'objet se présente lui-même, et s'unit sans intermédiaire à la faculté perceptive, ou bien cette faculté, rendue active par une idée ou représentation , voit l'objet dans cette représentation , sans combinaison d'aucune espèce. Dans le premier cas, l'objet perçu est intelligible par lui-même 5 l'union de l'objet compris avec le sujet intelligent ne pourrait avoir lieu sans cela; dans le second, il suffit d'une représentation qui tienne la place de l'objet; partant celui-ci peut n'être pas intelligible d'une intelligibilité immédiate*.
78. L'objet de la connaissance discursive ou du raisonnement n'est point présent à l'intelligence; celle-ci le compose, pour ainsi dire, en réunissant en un concept total les concepts particuliers dont elle a découvert l'enchaînement et le rapport à l'aide de la logique.
Un exemple va rendre sensible ce qui distingue les connaissances intuitive et discursive.
J'ai sous les yeux un homme; je vois, tels qu'ils sont, les traits particuliers qui le caractérisent. L'ensemble que je perçois est indépendant de toute combinaison; l'objet s'off'rant à la faculté perceptive, celleci n'a qu'à percevoir; ma connaissance est intuitive.
Nous avons dit : l'intuition inteflectuelle petit s'u-
« Voyez ce qui a été dit sur la représentation , l'intelligihihté immédiate, la représentation de causalité et d'idéalité, chap. X, XI, XII, XIII du tome I*' de cet ouvrage
nir immédiatement à la faculté perceptive ou s'offrir à cette faculté à Taide d'un moyen tenant la place de l'objet. Il en est de ces deux espèces d'intuition comme de la vue d'un portrait ou de l'original d'un portrait; même nuance. Dans les deux cas, intuition de la physionomie sans combinaisons, sans possibilité de combinaisons pour la former.
Mais il s'agit d'une personne que nous n'avons jamais vue; pour nous donner une idée de sa physionomie, on nous décrit ses traits, on les caractérise l'un après l'autre, de telle sorte que, réunissant ces détails particuliers, il nous devient possible de composer un ensemble idéal sur le modèle qu'on vient de nous offrir ; image sensible de ce que nous appelons connaissance discursive ou de raisonnenient. Dans cette connaissance, nous ne voyons point l'objet en lui-même ; nous le composons en quelque sorte de toutes les idées partielles que le raisonnement a réunies; concept total représentant l'objet.
79. Dans la Critique de la 7'aison 'pure y Kant parle en plusieurs endroits, bien que d'une manière obscure, des connaissances intuitive et discursive. Mais que l'on ne croie point que cette découverte soit due au philosophe allemand. Les théologiens l'avaient signalée plusieurs siècles avant lui. Pouvait-il en être autrement? Cette distinction se trouve intimement liée à l'une des croyances fondamentales du christianisme.
Selon le dogme chrétien, l'homme, dès cette vie, peut connaître Dieu réellement et en vérité. Dieu