CHAPITRE XIV
VALEUR DES CONCEPTS INTELLECTUELS, ABSTRACTION FAITE DE l'intuition INTELLECTUELLE.
89. N'existe-t-il d'autre intuition que l'intuition sensible, il ne suivrait point de là que les concepts de l'ordre intellectuel pur fussent des formes vides, inutiles pour la compréhension des objets en eux-mêmes. Des idées générales ne sont point des idées intuitives. Par là même qu'elles sont générales, elles ne se peuvent rapporter iminêdiaiemeni à un oKjet déte rminé-, mais nul, jusqu'à présent, n avait songé qu'elles ne sauraient nous donner de véritables connaissances.
90. Il est certain que les idées générales, par ellesmêmes et prises isolément, n'amènent point de résultat positif, qu'elles ne définissent point l'être existant, l'objet réel. Mais qu'on les unisse avec des idées particulières, tout change : l'être abstrait prend, pour ainsi dire, un corps -, il tombe dans le domaine des faits et devient objet de connaissance. Exemple ; (( Tout être contingent implique une cause. » Pro-
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position générale , éminemment vraie ] mais que m'apprend-elle si je fais abstraction de tout être contingent et relatif? simple rapport d'idées, connaissances de Tordre idéaU voilà tout.
91. Ce rapport d'idées implique une condition tacite qui leur donne, relativement aux faits, une valeur hypothétique. Lorsqu'on affirme que tout être contingent doit avoir une cause, on n'entend point exprimer une relation d'idées sans application possible. Yoici le sens de cette afiirmation : s'il existe dans l'ordre réel un être contingent, cet être doit avoir une cause.
92. Pour que cette valeur hypothétique des idées devienne positive, il suffit que la condition comprise dans la proposition générale soit réalisée. Le principe ((Tout être contingent imphque une cause» ne m'apprend, il est vrai, rien du monde réel ; mais à peine l'expérience a-t-elle mis sous mes yeux un être de cette nature, la proposition générale, auparavant stérile, prend une fécondité merveilleuse. Je vois dans l'être contingent la nécessité de sa cause ^ plus encore, la nécessité de la proportion qui se doit trouver entre l'activité qui produit et la chose produite. Les qualités de celle-ci m'aident à découvrir les qualités de celle-là. Véritable science positive ayant pour objet des faits déterminés, dont les deux bases sont la vérité idéale et la vérité réelle, c'est-à-dire le fait fourni par l'expérience.
93. L'être qui pense a conscience de lui-même ; donc nul être pensant n'est réduit à la connaissance