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CHAP. XIV. — CONCEPTS INTELLECTUELS

de vérités idéales et pures. Fût-il isolé de tous les autres, n'aurait-il nulle communication avec ce qui n'est pas lui, recevrait-il, n' exercerait-il aucune espèce d'influence , s'il pense, il a consciimce de lui-même. La conscience est un fait particulier, une connaissance déterminée-, sans cela, elle ne serait point conscience.

94. Cette observation ruine par la base le système qui prétend nier la communication de l'ordre idéal avec l'ordre réel.

Ainsi non -seulement l'expérience est possible, mais nécessaire, d'une manière absolue, pour tout être qui pense. La conscience est déjà, de soi, une expérience, la plus claire et la plus sûre des expériences. Donc les vérités de Tordre idéal se lient aux vérités de Tordre réel-, supposer qu'elles ne peuvent communiquer entre elles, c'est méconnaître un fait fondamental des sciences idéologiques et psychologiques, à savoir, la conscience.

95. Supposons un homme, ou plutôt une intelligence humaine ignorant d'une manière absolue l'existence du monde externe, Texistence de tout corps, ne sachant rien de son origine, rien de ses destinées, intelligence active, toutefois, puisqu'elle serait sans cela comme une chose inerte, et n'offrirait aucune prise à l'observation. Que si cettii intelligence possède les idées générales d'être et de non être, de substance et d'accident, de conditionnel et d'absolu, de contingent et de nécessaire, il est clair qu'elle les pourra combiner de diverses manières, et

que dans l'ordre purement idéal elle atteindra les résultats que nous atteignons nous-mêmes. Nous admettons les conditions les plus favorables pour une suite de connaissances abstraites indépendantes de Texpérience. Et cependant, même dans ce cas, les vérités connues ne s'arrêteraient pas, ne seraient pas restreintes à l'ordre idéal pur ; elles descendraient fatalement à l'ordre réel, à moins que l'être pensant ne parvînt à se dépouiller de la conscience même de son être.

En effet, par cela seul que l'on suppose un être pensant, Ton suppose un être qui se peut dire à luimême: (( Je pense.» Acte éminemment expérimental. Que cet acte s'unisse dans une même conscience à des vérités générales, l'être isolé sort aussitôt de lui-même ^ il crée à son image une science positive par laquelle il passe du monde des idées au monde des faits. Dans l'instabilité de la pensée et la permanence de l'être qui pense, il particularise les idées de substance et d'accident^ l'apparition successive et l'évanouissement de ses propres conceptions réalisent à ses yeux les idées de l'être et du non être ^ il se souvient du temps où commencèrent les diverses opérations qu'il analyse, et ce souvenir, qui ne s'étend pas au delà de sa propre existence, le révèle à lui-même comme un être contingent 5 ce dernier fait, se combinant avec les principes généraux par lesquels sont exprimés les rapports qui existent entre les êtres contingents et les êtres nécessaires, lui suggère la pensée d'un être supérieur doqt il tient l'existence»

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