CHAPITRE IV. — SCIENCE TRANSCENDANTALE
mais que cette unité se manifeste dans l'enchaînement des idées qui représentent les êtres; de sorte que, si notre entendement se pouvait élever à la connaissance de toutes les vérités, en les embrassant dans leur ensemble et dans leur rapports, il verrait que malgré leur dispersion presque infinie, malgré leur divergence apparente, parvenues à une certaine hauteur, ces vérités vont convergeant vers un centre commun, où elles s'unissent en faisceau, comme des rayons de lumière dans le point lumineux qui les verse sur le monde.
42. Il arrive souvent que les théologiens, en essayant l'explication des dogmes révélés, sèment les doctrines philosophiques les plus fécondes. C'est ainsi que saint Thomas d'Aquin, dans ses Questiona sur r entendement des anges et dans d'autres parties de ses œuvres, nous a laissé une théorie pleine d'élévation et de lumière. Selon le saint docteur, à mesure que les purs esprits s'élèvent dans l'ordre hiérarchique, leur intelligence agrandie s'exerce sur un moindre nombre d'idées, et cette progression ne s'arrête qu'à Dieu ; Dieu connaît toutes choses dans une seule idée, cette idée unique est son essence même, .^nsi, il y a non-seulement un être auteur de tous les êtres, mais encore une idée unique, infinie, qui renferme toutes les idées. Celui qui posséderait cette idée verrait tout en elle -, or, comme cette plénitude de compréhension n'appartient essentiellement qu'à l'intelligence infinie de Dieu, les créatures, en arrivant, dans l'autre vie, à la vision béatifique, c'est-à-
dire à l'intuition de l'essence divine, verront plus ou moins d'objets selon qu'ils posséderont Dieu d'une manière plus ou moins parfaite. Chose admirable I le dogme de la vision béatifique, lorsqu'on sait le comprendre, est aussi une vérité philosophique de la plus haute portée. Le rêve sublime de Malebranche sur les idées était peut-être une réminiscence de ses études théologiques.
43. Réahté pour les purs esprits, chimère pour l'esprit de l'homme enfermé dans la prison du corps, la science transcendantale sera la récompense de l'àme heureuse, lorsqu'après Tépeuve de la vie elle s'élèvera dans les régions de la lumière.
44. S'il nous est permis de juger par analogie, elle existe, en effet, cette science transcendantale qui contient toutes les sciences, tandis qu'elle est contenue elle-même dans un seul principe, ou, pour mieux dire, dans une seule idée, dans une seule intuition. N'avons-nous point une image sensible de cette vérité dans la progression des êtres , dans les degrés divers où l'inteUigence individuelle est distribuée, dans le développement progressif des sciences ?
Un des caractères distinctifs de l'intelligence est de généraliser, de percevoir ce qui est commun dans ce qui est divers, de ramener le multiple à l'unité ; et cette faculté est proportionnelle au développement intellectuel,
45. La brute ne perçoit rien au delà de ses sensations et des objets qui les causent. Nulle généralisation, nulle classification j rien qui s'élève au-dessus