CHAPITRE IV. —SCIENCE TRANSCENDANTALE
de l'impression reçue et de l'instinct qui pourvoit aux nécessités de la vie. L'homme, au contraire, dès le réveil de son intelligence, aperçoit des rapports sans nombre. Ce qu'il a vu dans une circonstance, il sait l'appHquer en une autre ; il générahse, il embrasse dans une idée unique une multitude de rapports et d'idées. L'enfant veut-il atteindre, de la main, un objet hors de sa portée, il improvise aussitôt un moyen, La brute s'arrête, durant des heures entières, devant l'objet trop haut placé qu'elle convoite. Si on lui facilite Tascension, elle monte, mais elle est hors d'état de penser que, dans une circonstance analogue, elle doit agir de la même manière. L'un a ridée générale d'un moyen et des rapports de ce moyen avec la fin; il s'en sert dans l'occasion. L'autre a ibien devant les yeux la fin et le moyen ^ mais il n'aperçoit pas le rapport qui les unit et s'arrête à rindividualité matérielle des choses.
Chez le premier, il y a perception de runit(; 5 le lien qui relie en un les faits particuhers manque au second.
L'enfant généralise et soumet à une solution identique les cas nombreux dans lesquels un objet peut être placé hors de sa portée. Il possède, pour ainsi parler, la formule du problème.
Je conviens qu'il ne se rend pas, compte de cette formule, c'est-à-dire qu'il n'y réfléchit pas^ mais il la possède ; la preuve, c'est que si l'occasion se présente, il en fait sur-le-champ l'application. Bien plus, qu'on lui parle, en général, de choses placées hors
de la portée de sa main , vous le verrez appliquer, sans hésitation, l'idée généralisée d'un moyen auxiliaire; le bras de sa mère, d'un frère plus âgé que lui, d'un serviteur, etc., tout lui est bon; il sait découvrir en toute chose le rapport du moyen avec la fin, La vue de la fin tourne aussitôt sa pensée vers le moyen. L'idée générale cherche à s'individualiser dans un fait particulier.
46. Un art est un ensemble de règles , moyens pratiques de bien faire-, un art est d'autant plus parfait que chacune des règles embrasse un plus grand nombre d'applications particulières, et, partant, que les règles sont moins nombreuses. Avant que les principes de l'architecture eussent été formulés, on avait construit des édifices solides, magnifiques, en harmonie avec l'usage auquel on les destinait; mais il n'y eut progrès que du jour où, constatant ce qu'il y avait de commun dans les édifices réguliers, passant de l'individuel à l'universel, formulant, enfin, des idées générales de beauté et de sohdité applicables, l'on parvint à déterminer la cause de la beauté et de la solidité en elles-mêmes : alors, seulement, l'architecture naquit.
47. Ce que nous disons de l'architecture se peut étendre à tous les arts hbéraux et mécaniques. Ramener la multiplicité à l'unité, renfermer dans le moindre nombre d'idées possible le plus grand nombre possible d'applications, généraliser l'idée du beau, réaUser un type universel applicable à toutes les productions tant httéraires qu'artistiques, voilà le