Ce rapport est un rapport d'identité. Ainsi
CHAP. ni. — SUBSTANTIF ET COPULATIF. 337
pour qu'un attribut se puisse affirmer d'un sujet, il ne suffit point que le sujet et l'attribut soieat unis. La tête tient à la personne, et l'on ne peut dire d'une personne qu'elle est sa propre tête. La sensibilité est unie à la raison dans le même homme , et l'on ne peut dire : « La sensibilité est la raison. )> La blancheur est une propriété de ce mur, et ce mur n'est pas la blancheur.
Ainsi l'affirmation d'un attribut exprime le rapport d'identité; c'est pourquoi cette identité n'existant point dans l'attribut pris d'une manière abstraite, on l'exprime sous sa forme concrète. Ce mur est la blancheur ; proposition fausse parce qu'elle affirme une identité qui n'existe point. Ce mur est blanc; proposition vraie, parce que le mot blanc signifie une chose douée de blancheur ; et, en effet, le mur est doué de cette propriété; il y a ici identité, ce qui rend la proposition vraie. (Voy. Hv. I, chap. xxvi, XXVII et XXVIII.)
17. Donc en toute proposition affirmative, l'attribut s'identifie avec le sujet. Donc percevoir l'identité, c'est affirmer. Donc le jugement est la pei'ception même de l'identité. Dans ce que nous nommons assentiment, il y a souvent quelque chose de plue; qu'une simple perception d'identité, j'en conviens; mais que nous ayons besoin d'autre chose que de cette vue d'identité pour donner notre assentiment, je ne le puis croire. Ces mots, assentiment, adhésion de l'intelligence, me semblent être une sorte de métaphore, comme si le sentiment adhérait, s'unissait à la vérité
lorsqu'elle se présente à lui. Au fond, l'évidence pourrait bien n'être qu'une perception d'identité.
18. Il suit de là que si parmi les hommes les mêmes paroles éveillaient constamment les mêmes idées, l'opposition, la diversité des jugements seraient impossibles. Donc cette différence, cette opposition supposent opposition et différence dans les idées.
19. Nous concevons Tessence des choses, et nous raisonnons sur ces choses, qu'elles existent ou non, ou même en supposant qu'elles n'existent point. Je veux dire que nous concevons des rapports entre le sujet et l'attribut, indépendamment de leur réalité. Et, comme tous les êtres contingents peuvent être et cesser d'être, qu'il est possible de préciser un instant auquel ils ont commencé , il suit que la science, ou, si l'on veut , la connaissance de la nature et des rapports des êtres, connaissance fondée sur des principes évidents et certains, ne saurwt avoir le contingent pour objet en tant qu'existant. Donc il est un monde infini de vérités en dehors de la réalité contmgente.
D'où Ton conclut qu'en dehors du monde contingent il doit exister un être nécessaire sur lequel repose cette vérité nécessaire, objet de la science. La science ne peut avoir le néant pour objet. Or les êtres contingents, abstraction faite de leur existence, que sont -ils? Le néant n'a ni essence, ni propriété, ni rapports-, donc il existe un être nécessaire sur lequel repose la vérité des essences, des propriétés, des rapports que l'entendement conçoit