CHAP. VIII. — FONDEMENT DE LA POSSIBILITÉ
56. Observons qu'il ne s'agit point, dans la négation ou dans l'affirmation des rapports des êtres représentés en Dieu, de savoir ce que ces êtres sont en Dieu, mais ce qu'ils seraient en eux-mêmes, posé leur existence. En Dieu, ils sont Dieu, parce que tout ce qui est en Dieu est identique. Ainsi, à ne considérer les choses qu'en tant qu'elles sont en Dieu, nous aurions pour objet de nos études, non les choses, mais Dieu même. Exemple : 11 est certain que les vérités géométriques ont en Dieu leur fondement, ou, si l'on veut, leur raison suffisante ; or, en géométrie, il s'agit de vérités réalisées ou possibles; Dieu ne contient ni lignes, ni dimensions d'aucune espèce : l'objet de la géométrie proprement dite ne s'y trouve donc point. Les vérités géométri(jues ont en Dieu une valeur objective ou de représentation, non une valeur subjective. Il faudrait dire autrement que Dieu est étendu.
57. Ainsi il n'existe point de contradiction entre le passage cité et notre doctrine présente : placer en Dieu le fondement de toute possibilité n'exclut point la nécessité scientifique de la condition de l'existence.
58. Pour mettre ce fait hors de doute, je vais prouver qu'en Dieu la connaissance des vérités finies implique la vue de cette condition o si elles existent. »
« Les triangles à bases et à hauteurs égales sont égaux en surface. » Cette proposition est vraie pour la vérité infinie comme pour nous-, s'il nen était
ainsi, elle ne serait point vraie en elle-même et nous serions dans une erreur invincible. Or, en Dieu, être éminemment simple, il n'y a point de figures, bien qu'il y ait perception de ces figures. Donc, en Dieu, la connaissance des choses finies se rapporte à leur existence en tant que possible, et, partant, elle implique la condition « si elles existent. »
La connaissance en Dieu ne se rapporte point à la représentation purement idéale, mais à la réalité de cette représentation actuelle ou possible. Lorsque Dieu connaît une vérité sur les êtres finis, cette vérité n'est pas seulement la représentation des vérités qu'il possède en lui-même, mais de ce que ces vérités seraient, posé leur réalisation extérieure ou leur existence.
59. On peut considérer un objet sous deux points de vue : dans l'ordre réel ou dans l'ordre idéal. L'ordre idéal est la représentation de cet objet dans un entendement, représentation qui n'a de valeur qu'en tant qu'elle se rapporte à la réalité actuelle ou possible. C'est ainsi seulement que l'idée est objective -, autrement elle serait un fait purement subjectif, duquel on ne pourrait affirmer ou nier que le subjectif pur. L'idée que nous avons du triangle est pour nous une occasion de connaissance et de combinaison en tant que son objet est réel ou possible ^ ce que nous affirmons ou nions de cette idée, nous le rapportons à son objet. Que l'objet disparaisse, l'idée devient un fait purement subjectif, auquel, sans une contradiction flagrante, nous ne pourrons appliquer les propriétés de la figure triangulaire.