CHAPITRE IL
CE qu'est l'unité.
6. Tout être est un , disent les scolastiques ; et # toute unité est être. L'unité est un attribut commun
à tout ce qui est, attribut qui ne se distingue pas du sujet. L'unité et l'être ne se distinguent point l'un de l'autre; l'idée d'unité, par elle seule, n'offre ni réalité ni possibiUté. Que serait l'unité, uniquement unité ? l'idée unité est comprise dans l'idée de l'être, aspect ou rapport sous lequel l'être s'offre à l'entendement.
7. Mais le concept d'unité sous lequel les êtres s'offrent à nous, qu'est-il ? On dit d'un objet ([u'il est un lorsque le concept qui le présente n'offre point de distinction -, ce concept est un indistinct lorsque la perception du non être relatif ne se combine point, dans l'objet, avec l'idée de Xètre. Partout où il y a simple perception il y a unité. Je perçois l'objet B \ quel qu'il soit, B est un pour moi, à moins que je ne le perçoive composé de c «?, distincts Xun de l'autre. Que si dans l'objet B je perçois la distinction entre c et c/, l'unité disparaît.
L'unité reparaît si, connaissant l'objet en tant que composé, je fais abstraction de cette connaissance et m'arrête au résultat, à l'ensemble B.
8. De là deux espèces d'unités : réelle et factice. Réelle, lorsqu'il n'existe dans l'objet pas même une distinction apparente -, factice, lorsqu'il y a distinction dans les composés ^ ces composés comprenant des éléments divers, lesquels s'offrent à l'entendement comme subordonnés à une unité d'ordre, abstraction faite de la distinction réelle qu'elles contiennent. ^ 9. Dans les écoles on définissait quelquefois l'unité, ens indivisum in se, et divisum ah aîiis. Définition exacte quant à la première partie, si par indivisum ce n'est point non separatum , mais seulement non distinciuni que l'on entend. La seconde partie me semble au moins un pléonasme. On ne pourrait dire d'un être un qu'il est séparé des autres êtres : divisum ab aliis. Il serait seul. Donc cette partie de la définition est une redondance.
10. On dira que l'être un est séparé des autres êtres réels ou possibles , et que dans la supposition d'un être unique, il pourrait y avoir au moins possibilité pour d'autres existences \ mais la difficulté reste. L'être unique serait un réellement ; les autres ne seraient que possibles ,* entre deux extrêmes point de division réelle, si l'un des deux termes n'est que possible ^ donc la séparation, divisio ab aliis ^ n'entre pas comme élément constituant dans l'idée d'unité, car cette idée est réelle, alors même que la séparation en question n'est que possible.
11. Dans le sens ordinaire, le mot unité est opposé à distinction \ ce qui n'est pas distinct est un. Que l'être un ne soit point conçu comme multiple, il n'y
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aura point distinction ; et cela se peut indépendamment de la comparaison que l'on fait de cet être aux autres. Les mots autres , le reste^ supposent des unités, des individualités. L'idée unité a la priorité sur l'idée distinction. On ne considère les êtres comme distincts qu'après les avoir considérés comme unités.
12. Ainsi cette formule ens indivisum in se me semble définir comme il convient l'être un, l'être indivis. L'unité participe de l'indivisibilité ^ que si unité signifie ?zo7i distinction^ l'unité est réelle^ non séparation, union, l'unité est factice. Les molécules inétendues dont quelques pbysiciens supposent que la matière est composée sont réellement unes-^ elles n'admettent point de distinction. Les corps sont un d'une manière factice, parce que les parties qui les composent sont réellement distinctes, bien que réunies.
13. Difficulté : l'être indivis en soi et non séparé des autres serait-il un ? Il suivrait de la négative que nous avons censuré sans motif la définition des scolastiques, la seconde propriété désignée dans cette définition étant indispensable à l'unité. Je réponds : l'être qui n'enfermerait aucune distinction, et qui ne se distinguerait point des autres, serait un-^ car il serait seul, le mot autres ne se pouvant appliquer puisqu'il n'y aurait point de distinction. Resterait alors une seule unité, l'unité du pantliéisme, le grand tout, l'absolu, dans lequel toutes choses seraient identifiées.
li. Nous avons dit: l'unité qui se confond avec
Tétre n'est point la môme que Tunitéqui donne naissance au nombre. En effet, la première unité exprime seulement absence de distinction ; la seconde, la propriété d'engendrer le nombre. On n'en peut conclure toutefois que l'unité identifiée avec l'être se distingue de Tunité qui engendre le nombre. Tous les êtres, uns en eux-mêmes, mais distincts les uns des autres, quels qu'ils soient, peuvent être conçus sous l'idée de nombre. Le mystère auguste de la Trinité comprend le nombre trois^ et nous disons en toute vérité qu'en Dieu il y a trois personnes.