‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 351 sur 607 · NOTRE ESPRIT TEND A L'UNITÉ ; POURQUOI · texte numérisé non relu

NOTRE ESPRIT TEND A L'UNITÉ ; POURQUOI

26. Notre attention est constamment sollicitée par les objets sensibles, objets multiples et divers. Comment notre esprit peut-il acquérir l'idée de l'unité ? Nous cherchons Tunité dans les sciences, dans la littérature, dans les arts, en toute chose ; et cela, en vertu d'un irrésistible instinct, à l'encontre de \a. multiplicité que nous trouvons partout, qui se montre dans tous les objets de nos perceptions.

27. Si je ne me trompe, cette tendance a une double origine : objective et subjective. L'une est le caractère même de l'unité dans laquelle l'objet de l'entendement est compris-, l'autre est l'unité même du sujet intelligent, unité que le sujet reconnaît et perçoit au dedans de lui-même. Nous allons développer notre idée.

28. L'unité est l'être : tout être est un ; à proprement parler, l'être ne se trouve que dans l'unité. Prenons un objet composé : nous y voyons deux choses : les éléments simples dont il se compose et la réunion de ces éléments. L'être, proprement dit, n'est point dans l'union, mais dans les éléments unis. L'union est un simple rapport, rapport impossible sans les éléments qui se doivent unir. Au contraire.

r.HAP. VI.— TENDANCE A l'unITÉ. 395

ces éléments en eux-mêmes, abstraction faite de leur union, sont de véritables êtres, lesquels existaient avant et peuvent exister après leur union. On d(;finit un corps organisé : un ensemble de molécules unies en vertu de la loi qui préside à l'organisation. Les parties existaient antérieurement à l'organisation ^ elles doivent survivre à l'organisation. Donc l'être est surtout dans les éléments; l'organisation n'est qu'un rapport des éléments entre eux.

29. L'organisation suppose un principe qui la domine en assujettissant ses fonctions à des lois déterminées. Ainsi le rapport que les éléments ont (intre eux est soumis lui-même à l'unité; unité de fin et du principe qui le dirige et le règle.

30. L'unité doit présider à toute union d'objets distincts, ou cette union ne se peut comprendre. Dans les objets soumis à notre expérience, l'union est de trois sortes : juxtaposition dans l'espace; coexistence dans le temps; association dans l'exercice de l'activité. A la première espèce se rapporte l'union des éléments qui constituent l'étendue ; à la seconde, les objets qui appartiennent à un même temps ; à la troisième, enfin, ceux qui réunissent leurs forces pour une même fin.

31 . L'union, dont le principe est la continuité des éléments dans l'espace, n'a de valeur, aux yeux de la science, qu'en tant qu'il existe un être intelligent, lequel perçoit les formes qui résultent de cette continuité en réduisant ces formes à l'unité, sous des types créés par l'intelligence. Ainsi quatre Upies

composées de points et disposées en forme de quadrilatère n'atteignent leur valeur formelle que devant l'intelligence qui les conçoit et les rassemble dans l'unité du quadrilatère. Sans doute l'existence de cette figure est indépendante de la perception intellectuelle ; les lignes resteraient disposées de la même manière, alors même que l'intelligence n'existerait point ; mais la disposition de la figure est un rapport, et non un être distinct de l'ensemble des éléments disposés^ ce rapport n'offre un objet à l'intelligence qu'en tant qu'il se présente sous l'unité de la forme du quadrilatère.

C'est dans les éléments que Tintelligence découvre l'être véritable ; que si elle veut percevoir le rapport de ces éléments, il lui faut recourir à l'unité de forme.

32. La coexistence dans le temps **st un rapport qui n'ajoute ni n'enlève rien aux objets. Les objets existent indépendamment de ce rapport : coexistence implique existence. Le rapport exprime une cbose que Tentendement perçoit, en tant que cette cbose s'offre à lui dans l'unité. Ici, c'est l'unité de temps comme tout à l'heure c'était l'unité d'espace.

33. De même une association d'activités ne se conçoit qu'en tant qu'elle exprime la convergence des forces vers un résultat identique. S'il n'y avait point unité dans la direction, la réunion n'exprimerait rien. L'intelligence aurait pour objet des activités dispersées et sans aucun rapport.

Page 1