‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 400 sur 607 · DEFINITION DU TEMPS · texte numérisé non relu

DEFINITION DU TEMPS

22. Le temps est durée ; qu'est la durée sans une chose qui dure? Point de temps sans un être existant auquel on l'apphque. La durée survivant à l'anéantissement de toutes choses. . . . imagination vaine. Ce n'est pas une idée, c'est une contradiction avec les idées.

De là cette conséquence importante, à savoir, que le temps ne se peut définir en soi, abstraction faite (ïune chose à laquelle il se rapporte. Donc il n'a

point d'existence propre -, le séparer des êtres, c'est l'anéantir.

23. Ainsi l'infinité attribuée au temps n'est qu'une conception vague sans fondement et sans réahté. Or nous venons de voir que cette conception existe même dans la supposition de l'anéantissement de toutes choses. Les siècles infinis que nous concevons avant la création du monde ne sont rien^ temps imaginaires semblables à l'espace imaginaire.

24. Le temps n'a aucun rapport nécessaire avec le mouvement ; en dehors de tout mouvement, indépendamment même de l'existence des corps, le temps se manifesterait à nous dans la succession des opérations de notre âme j mais cette succession lui est indispensable -, le temps ne se peut concevoir sans une certaine succession. Que si rien ne change, que si rien ne se modifie, si l'être existant, affranchi d€ tout changement interne ou externe, seul, en présence d'une pensée toujours la même, d'une volonté toujours la même, ne comporte ni succession d'idées, ni succession d'actes d'aucune espèce, l'idée de temps lie se peut appliquer à cette conception.

Le temps est de soi une mesure-, quelle mesure trouver dans un être de cette espèce ? La succession ? elle n'y est point. La durée? que mesurera-t-elle d'une durée toujours la même, laquelle n'est autre chose que l'être ? Pour mesurer la durée, il faut lui supposer des parties -, et que sont ces parties ? Dironsnous que c'est le temps? Pétition de principe, car l'on suppose ce qui est en question.

Les théologiens ont avancé qu'en Dieu le temps ne mesurait pas Texistence ; que l'éternité ne comportait point de succession ; vérité pleine de sens et de profondeur. Clarke aurait dû chercher à la comprendre avant Je la tourner en ridicule.

2o. Le temps commence avec les êtres changeants; ces êtres cessant d'exister, le temps s'évanouirait avec eux. Point de changement^ point de succession : donc point de temps.

26. Qu'est-ce que le temps? Le temps est la succession des choses au point de vue abstrait.

Et la succession ? C'est l'être et le non être. Une chose est, elle cesse d'être 5 voilà la succession. Partout où vous comptez le temps, il y a succession; partout où il y a succession, vous trouvez un être et un non être. La perception de ce rapport, de cet être et de ce non être, voilà l'idée du temps.

27. Le temps ne saurait exister sans être et non être ; car c'est en cela que consiste la succession. S'il y a succession, il y a changement : il n'y a point changement sans qu'une chose soit d'une autre manière ; autre implique une chose antérieure qui cesse d'être.

Substances, modes ou apparences, tout objet créé n'est successif qu'à la condition de l'être et du non être. Une succession de positions par rapport à des points divers, voilà le mouvement. Une position remplace l'autre, ainsi s'opère la succession. La succession des pensées ou affections de notre esprit, c'est le non être de certaines de ces affections ou pensées qui

Page 1