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CHAPITRE V

IL N*ESr RIEN d'absolu DANS LE TEMPS.

29. La définition que nous venons de donner du temps prouve qu'il n'est point absolu. Le temps, dans les choses, n'est pas l'être seul ou le non être seul, mais le rapport de l'être et du non être. Le temps, dans l'entendement, est la perception de ce rapjiort.

Mesure du temps : comparaison des changements entre eux. Les changements qui se montrent à nous dans une constante uniformité nous servent de mesure première^ c'est pourquoi nous avons choisi le mouvement solaire. Ce mouvement, variable par rapport au mouvement sidéral, cesse d'être mesure primitive lorsqu'il s'agit de ce mouvement : c'est pourquoi les scolastiques ont dit que la mesure première du temps est le mouvement du premier ciel.

30. Si le soleil, doublant la rapidité de sa course, accomplissait sa révolution en un temps proporlionnel à cette rapidité, les heures resteraient-elles ce qu'elles sont aujourd'hui? Il faut distinguer. — Si le

changement avait lieu dans le mouvement solaire, et n'avait lieu que là, nous percevrions la discordance de ce mouvement avec tous les autres. Le point de départ de la perturbation nous étant connu, il nous serait facile de rapporter les heures comme choses fixes à d'autres mesures, par exemple, à nos horloges, au mouvement qui est en nous^ que si tout changeait en un même temps et dans la même proportion ^ si le ciel et le système terrestre tout entier accéléraient leur mouvement, de telle sorte toutefois que le mouvement de nos idées restât le même, dans cette supposition, nous apercevrions un changement que nous ne saurions à quoi attribuer. La différence entre la succession de nos idées et celle des mouvements serait saisie par nous ^ mais nous ne saurions de quel côté faire retomber l'accélération ou le retard.

Dans la supposition que cette accélération s'étendrait jusqu'à nous et à nos idées, la correspondance en toutes choses s'établissant d'une manière parfaite, il nous serait impossible de percevoir le changement. Qu'est-ce qu'une heure par rapport à nous ? La perception du rapport de certains changements : ce rapport restant le même, l'heure reste la même.

31. Une preuve que le temps n'a rien d'absolu, c'est l'impossibiHté où nous sommes, par exemple, de distinguer, à moins d'être aidés par une horloge ou toute autre mesure, s'il s'est écoulé onze heures et demie ou douze heures dans un temps donné. L'homme isolé en lui-même perdrait toute mesure du temps; donc l'idée de cette mesure est essentielle-

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