CHAPITRE XIY
EXPLICATION FONDAMENTALE DE LA POSSIBILIIÉ OBJECTIVE ET DE LA NÉCESSITÉ DE L'ID^E DU TEMPS.
103. Les choses, en elles-mêmes, sont susceptibles de changement : changement impUque succession^ succession suppose un certain ordre dans ce qui se succède, lequel ordre, bien qu'il n'existe point par lui-même, se trouve réellement dans les choses. L'on dira peut-être, après Kant, que les changements ne sont point dans les choses, mais dans les phénomènes-, c'est-à-dire dans la manière dont les choses se rendent présentes à notre intuition -, je le veux, mais faut-il au moins admettre, quoi qu'il en soit de la réalité de ces changements, qu ils sont possibles, indépendamment des phénomènes-, doncRant affirme sans raison que le temps n'est autre chose que la forme de notre sens interne. La possibilité de changements réels implique la possibilité d'un temps réelj que s'il nie la possibiUté du changement réel dans les choses, nous lui demanderons sur quel principe il appuie sa négation, lui qui borne toutes nos connaissances à l'ordre purement phénoménal. Comment savoir qu'une chose est impossible dans un ordre, si l'on ne sait rien de cet ordre?
104. Ainsi la possibiUté du temps ou d'un ordre réel dans les choses reste démontrée. Donc on ne peut
48 LIVRE Vil. — LE TEMPS.
dire que le temps soit une condition purement subjective à laquelle rien ne correspond ni ne peut correspondre dans la réalité.
105. La possibilité de la valeur objective de l'idée du temps, soit dans Tordre phénoménal, soit dans Tordre transcendantal , nous étant acquise , nous allons voir comment T objectivité de cette idée et les rapports de cette objectivité avec l'expérience se peuvent prouver, nonobstant la nécessité intrinsèque, qui fait de cette idée un des principaux éléments des sciences exactes.
106. Le temps, considéré dans les choses, est Tordre existant entre Têtre et le non être de ces choses. La perception de cet ordre, dans sa plus grande généralité, abstraction faite des objets qu'il embrasse, c'est Tidée de temps. Nul n'ignore que nous pouvons considérer un ordre de choses sous le rapport de la possibilité ^ d'où il suit que le temps s'étend non-seulement au réel, mais au possible. Voilà pourquoi nous le concevons avant et après le monde actuel, de même que nous imaginons T espace par delà les hmites de l'univers. Il est évident qu'une fois élevée à Tordre du possible pur, abstraction faite de tout phénomène individuel, Tidée d'être est affranchie de Tinstabilité à laquelle restent soumis les objets de notre expérience : c'est ainsi qu'elle peut devenir un élément scientifique nécessaire, d'une nécessité absolue, parce ({u'elle exprime un rapport qui ne se trouve affecté par rien de contingent. Les observations qui précèdent résolvent toutes les difhcultés.