COROLLAIRES IMPORTANTS
107. L'idée de temps nous est-elle donnée par l'expérience ? Question résolue par ce que nous avens dit de Tidée de Têtre. Cette idée n est pas un type préexistant à toute sensation et atout acte intellectuel^ c'est une perception d'être et de non être, laquelle accompagne tous nos actes, mais qui ne se dislingue de ces actes que si la réflexion en éUmine tout ce qui ne lui appartient point. Cette perception est T exercice d'une activité innée-, activité soumise aux conditions de Texpérience, quant au principe de ses actes et à leur développement, mais qui, par rapport à ses lois, en est afl'ranchie, parce que ces lois, en la caractérisant, correspondent à Tordre intellectuel pur. L'activité se développe en présence des causes ou des occasions qui la sollicitent, et s'arrête si les conditions de cette excitation viennent à manquer -, mais, tant que Tactivité opère, ses fonctions s'accomplissent selon des lois fixes, indépendantes des objets excitants.
108. Il est donc visible que Tidée du temps ne nous est point donnée par Texpérience, sinon en tant que celle-ci provoque Tesprit à déployer son activité; toutefois cette idée n'est pas entièrement indépendante de Texpérience. C'est par Texpérience que l'entendement connaît le changement, et dans le
changement, l'ordre d'être et de non être, lequel est Tessence du temps.
109. Donc l'idée du temps n'est point une forme de la sensibilité, mais une forme de l'ordre intellectuel pur. Elle relève de l'expérience sensible, comme tous les autres concepts généraux.
110. On peut compter cette idée parmi les perceptions les plus universelles et les plus indéterminées que possède notre esprit^ quoi de plus universel, en effet, ou de plus indéterminé que ces deux idées qui forment son essence : être et non être PYoilà pourquoi elle est commune à tous les hommes et nous apparaît comme la forme de tous nos concepts et de tous les objets connus. Les idées d'être et de non être entrant dans nos perceptions comme éléments primordiaux engendrent l'idée de temps. Nous trouvons cette idée dans le plus intime de notre être comme condition nécessaire, et si nous en affranchissons l'Être infini, ce n'est que par un effort de réflexion.
111. La transition de l'ordre intellectuel pur à l'ordre expérimental se réalise, dans l'idée du temps, de la même manière que dans les autres concepts intellectuels. Je n'ai donc rien à ajouter à ce que j'ai déjà dit sur ces questions (Livre IV, chap. xiv et xv).