‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 42 sur 607 · CHAPITRE VII. —SCIENCE TRAN3CENDANTALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. —SCIENCE TRAN3CENDANTALE

gards; il ne nous est connu que par ses actes ; semblable, en ce point, aux objets du monde extéri(;ur qui se manifestent, non dans leur essence, mais dans les phénomènes par lesquels ils agissent sur nous.

C'est ainsi qu'à l'aide du raisonnement nous nous élevons de degrés en degrés à la connaissance des choses, guidés par les vérités objectives et nécessaires qui sont la loi de notre entendement, le type des rapports des êtres , et partant une règle sûre pour apprécier ces rapports. Que savons-nous de notre esprit? qu'il est un. Comment le savons-nous? parce qu'il pense et que le composé, le multiple, ne peut penser. La conscience nous révèle l'activité pensante du moi^ c'est la matière fournie par le fait ; aussitôt vient le principe, la vérité objective qui illumine le fait et qui, montrant qu'il y a opposition entre ce qui est composé et la pensée, montre aussi l'enchaînement nécessaire de ce qui est simple avec la conscience.

A vrai dire, ce raisonnement se peut appliquer non-seulement au moi^ mais à tout être pensant, ce qui rend la démonstration générale. Or, le moi ne crée pas cette vérité par le fait seul qu'il l'applique; il la connaît, voilà tout, et il se connaît lui-même comme un cas particulier compris dans la loi générale.

75. Prétendre que la vérité peut sortir du inoi subjectif, c'est faire du moi un être absolu, infini, source de toute vérité et raison de tous les êtres ; c'est commencer la philosophie par la déification de

l'entendement humain ^ or , comme tout homme a les mêmes droits à cette déification, c'est étabhr le panthéisme rationnel qui, nous le verrons en son lieu, ne diffère que peu ou point du panthéisme absolu.

Que si les intelligences individuelles ne sont que des phénomènes de la raison unique et absolue, et les substances auxquelles on donne le nom d'esprits, de simples modifications d'un esprit unique ^ que si les consciences individuelles ne sont que des manifestations de la conscience générale, cherchons dans le moi la source de toute vérité, interrogeons notre propre conscience comme l'oracle de la conscience universelle, j'y consens^ mais cette supposition est absurde^ elle établit toute vérité sur la plus incompréhensible de toutes les erreurs.

Ainsi ce que je nomme le moi serait commun à tous les hommes, à toutes les intelligences? Divers seulement dans ses modifications, unique et absolu dans sa multiplicité ? Mais pourquoi cet être absolu n'a-t-il point conscience de toutes les consciences qu'il embrasse ? Il ignore ce qu'il contient, ce qui le ÎBodifie. Pourquoi se croit-il multiple s'il est un? Le lien de cette multiplicité où est-il? Quoi! Les consciences particulières, simples modifications, auront leur unité, et cette unité manquerait à la substance !

76. Quoi qu'il en soit, le panthéisme lui-même trompe les amis de la philosophie du moi ; s'il légitime leuF)5 prétentions, il ne les réalise point. Ils se

Page 1