CHAPITRE VU.«r-SÇÎPNe« TRANSCENDANTALE. M
proclament dieux et, partant, foyers de vérité ; mais fîornme leur divinité ne fait dans leur conscience qu'une seule apparition, comme l'astre lumineax n'y ynontre qu'une de ses phases, leur divinité, soumise h certaines lois, se trouve hors d'état de donner la lumière que demande la philosophie.
77. Interrogeons notre conscience \ loin de prétendre à établir les lois nécessaires ou à les cré^r, ^lle les reconnaît , elle les confesse indépendantes d'elle-même. La vérité de cette proposition : a II est impossible qu'en un même temps une même chose soit et ne soit pas, » tient-elle à notre pensée ? re- ]ève-t-elle de nous? Avant que ma conscience? existât, cette proposition était vraie; je puis cess(;r d'être, elle restera vraie ; elle est vraie lors même que je n'y songe pas. Le moi, c'est l'œil qui voit le soleil 5 l'œil ne crée pas ce qu'il voit.
78. 11 est encore une considération "qui prouve jusqu'à l'évidence la stérilité de cette philosopttie qui chercha, dans le moi^ la source unique, universelle de la science humaine. Toute connaissance exige un objet. On ne conçoit point une connaissance purement subjective. Même en supposant l'identité entre le sujet et l'objet, il faut admettre une duahté de relation réelle ou conçue^ c'est-à-dire, il faut ipe le sujet, en tant que connu^ soit dans une sorte d'opposition , au moins conçue , avec le sujet en tant que connaissant. Mais quel est l'objet dans l'acte primitif que l'on cherche ? Serait-ce le non moi? La philosophie iu moi ïmiv^ alors dans la voie àm philosophii
qu'elle attaque. Car dans ce non moi sont renfermées les vérités objectives. Serait-ce le moi? Demandons lequel : le moi en lui-même ou dans ses actes ? Si c'est le moi dans ses actes, la philosophie du moi se réduit à une analyse idéologique et n'offre aucun caractère particulier -, si c'est le moi en lui-même, il se dérobe à la connaissance intuitive à laquelle ne sauraient prétendre ceux qui nomment ce moi^ l'absolu. Pour eux surtout, le moi n'est qu'un abîme de ténèbres. En vain, penchés sur cet abîme, appelez-vous à grands cris la vérité. Le bruit sourd qui parvient jusqu'à vos oreilles n'est que l'écho de votre voix même. Ce sont vos propres paroles que l'abîme vous renvoie, plus inintelligibles et plus vides encore.
79. Parmi les philosophes qui se perdent ainsi en de vaines subtilités s'élève , le premier entre les plus grands, l'auteur de la Doctrine de la science^ Fichte. On connaît la définition ingénieuse que madame de Staël a donnée de son système. C'est le réveil de la statue de Pygmalion, qui, de sa main hésitante, interrogeant tour à tour elle-même et son piédestal, se fait cette question : Suis-je? ne suis-je pas?
Au début de son livre, Fichte établit qu'il se propose de chercher le principe un, absolu, inconditionnel de toute connaissance. Méthode étrange, car l'auteur suppose ce qui est en question, à savoir, l'unité du principe, ne paraissant point soupçonner que la multiphcité se puisse trouver au début des connaissances humaines. Elle s'y trouve cependant; les sources ou nous puisons nos connaissances sont mut-