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CHAP. XIX. — ESPACE, .NOMBRE ET TEMPS

d'être est la base de tous les concepts \ il engemdre les idées de nombre et de temps, lesquelles combinées avec l'idée de l'étendue constituent le fond nécessaire de toutes les sciences exactes et naturelles.

166. Les idées, espace, nombre et temps s(mt communes à tous les liommes \ les mêmes pour tous, puisque dans l'application tous sont conduits aux mêmes résultats, et s'expriment à leur sujet de la même manière. Tous les liommes mesurent l'espace et ses dimensions -, tous meurent et conçoivent le temps : pourquoi donc tant de diftîcultés dans l'explication de ces idées? Pourquoi une si grande différence dans les opinions des pbilosopbes ? Que l'on veuille bien se rappeler ce que nous avons dit (liv. I, cbap. III) sur la force de la perception directe de notre esprit et sur la faiblesse de sa perception réflexe. S'agit-il de la perception directe de l'espace, du nombre et du temps , nos idées sont claires , notre entendement se sent plein de force et d'énergie , il étend d'une manière illimitée la sphère des connaissances, il élève l'édifice gigantesque des sciences mathématiques et naturelles. Mais aussitôt qu'il fait retour sur lui-même , et que passant à l'ordre réflexe , il cherche à percevoir la perception elle-même , ses forces diminuent ; il tombe dans la confusion et doute de lui-même. Nous concevons à peine cette idée que tout à l'heure nous appliquions à toutes choses; qui, pour ainsi dire, s'infiltrait dans toutes nos connaissances, qui circulait, comme la vie, dans toutes nos perceptions. Prise en soi , et d'une ma-

nière abstraite , dans son isolement , dans sa pureté, elle se dérobe et nous écbappe ^ mêlée à tout , elle est distincte de tout -, si nous la séparons d'une cbose, elle s'unit à une autre. Nous faisons effort pour empêcher qu'elle communique avec ce qui n'est pas elle, et alors l'esprit éprouve comme une sorte de vertige; à défaut de réalités, il se contente de mots vides qu'il prononce et répète sans cesse -, triste dédommagement de sa stérilité.

167. Une des causes de cette défaillance et des erreurs qu'elle entraine, c'est, comme je Tai dit plus haut, la manie de nous représenter toute idée comme une forme intérieure, comme une sorte d'image lorsque nous devrions considérer qu'en un grand nombre de cas, ce phénomène n est autre chose qu'une perception , un acte simple se réalisant dans les profondeurs de notre esprit -, acte que rien ne peut représenter, qui ne ressemble à aucune chose sensible, qu'on ne saurait expliquer par des mots, parce qu'il ne se peut décomposer et qu'il ne nous est présent que comme un fait de conscience. C'est une sorte de compénétration au moyen de laquelle nous nous introduisons, pour ainsi dire, dans les choses , afin d'y découvrir ce qui est commun, et de le séparer de ce qui est particuUer, étabUssant ensuite dans notre inteUigence comme un point central et culminant d'où nous contemplons le monde extérieur et intérieur et d'où les regards de notre âme plongent dans les régions immenses du possible.

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