CHAPITRE VII. — SCIENCE TRANRCENDANTALE. iV
et de diverse nature. Pour trouver l'unité, il faut abandonner l'homme et remonter jusqu'à Dieu.
Peu de philosophes ont fait autant d'efforts (jue le philosophe allemand pour atteindre ce principe absolu. Efforts inutiles; lorsqu'il ne s'embarrasse point dans un vain jeu de mots, Fichte est le plagiaire de Descartes. C'est pitié de le voir à la peine. Je j)rie le lecteur de vouloir bien me suivre dans l'examen de la théorie de Fichte ; non qu'il y doive trouver une lumière nouvelle pour se guider à travers le dédale de la philosophie; mais il jugera, du moins, en connaissance de cause, des doctrines qui ont fait tant de bruit dans le monde.
« Si ce principe est véritablement le plus absolu, dit le philosophe allemand, il ne pourra être ni défini, ni démontré. Il devra exprimer l'acte qui ne se présente pas et ne peut se présenter parmi les déterminations empiriques de notre conscience -, car toute conscience repose sur ce principe, et, seul, il la rend possible. )) (Impart., §1.)
Sans antécédent, sans raison, sans prendre la peine d'indiquer, encore moins d'établir un point de départ, Fichte avance que le premier principe doit exprimer un acte. Pourquoi n'exprimerait-il point une vérité objective? Question digne d'examen, puisque les écoles antérieures, y compris celle de Descartes, avaient placé le principe fondamental, non parmi les actes, mais parmi les vérités objectives. Descartes constate la simultanéité de la pensé et de Texistence au moyen d'une vérité objective : « Ce gui pense
H LIVRE h -^ DE LA CERTITUDE*
existe^ » OU, en d'autres termes : u Ce qui nêxîêiêpûÈ ne peut penser. »
80. Cette observation fait toucher au doigt Tun des vices radicaux de la philosophie du moi. Tandis que ses partisans, lui donnant une importance qu'elle est si loin de mériter, accusent leurs adversaires de passer trop facilement du sujet à Tobjet, ils ne remarquent point qu ils passent eux-mêmes , sans aucune raison, sans titre d'aucune sorte, de la pensée objective au sujet pur. Pour nous en tenir au passage cité de Fichte, un acte qui ne se présente ni ne se peut présenter parmi les déterminations empiriques de notre conscience, que sera-t-il ? Pour absolu qu'il soit, le principe cherché doit être connu ; c'est une condition indispensable. Quelle serait autrement la légitimité de l'affirmation qui lui attribue l'absolu? Or, si notre conscience ne le compte ni ne peut le compter au nombre de ses déterminations d'expérience, il n'est connu ni ne peut l'être. L'homme ne connaît point ce qui échappe à sa conscience.
81 . Le principe absolu sur lequel la conscience repose et qui la rend possible relève ou ne relève point lui-même de la conscience. Dans le premier cas, même difficulté pour lui que pour tous les actes de même espèce-, dans le second, il se dérobe à l'observation, et, par co.iséquent, nous demeure inconnu. Pour arriver à l'acte primitif, en écartant tout ce qui ne lui appartient point, Fichte confesse qu'il est nécessaire de supposer la légitimité des règles de toute réflexion, et de prendre pour point de départ