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CHAP. VI. — CONIKÂUICTIONS APPARENTES

une observation. Autre est la connaissance intuitive, autre la connaissance abstraite de l'idée di; l'infini (liv. V, chap. xi). Dire que l'idée de l'infini n'est point intuitive mais abstraite,c'est préparer une solution aux principales objections dirigées contre elle. On a fait confusion ; de là des discussions iiiextricar blés et sans résultat.

45. Nous n'avons pas l'idée intuitive de l'infini ; c'est-à-dire l'idée n'offre point à notre entendement un objet infini : cette intuition suppose la vision de l'essence divine elle-même. Or c'est le privilège de

l'autre vie.

46. Si nous avions l intuition d'un objet infini, nous verrions les perfections infinies de cet objet, telles qu'elles sont, avec leurs caractères particuliers : ou plutôt nous verrions comment toutes les perfections éparses parmi les êtres finis se réunissent en une seule perfection infinie. 11 nous serait impossible de rapporter aux objets déterminés , à l'étendue par exemple, l'idée de l'infini. Impossible de modifier cette idée, ou de rappliquer tantôt en un s€;ns, tantôt en un autre ; idée simple, idée unique, elle se rapporterait toujours à un objet unique et simple ; rien de vague dans cet objet, lequel impliquerai t toujours nécessité d'être et perfection infinie. Nous aurions l'intuition de l'être infini comme nous avons l'intuition des faits de notre propre conscience ; cet être nous serait connu en tant qu'infini, c est-à-dire comme ne pouvant être l'attribut d une chose finie : dans ce cas il serait aussi contradictoire d'appliquer

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à un nombre ou à une étendue quelconque Fidée de rinfini que de confondre les faits de notre conscience avec les objets extérieurs.

47. Le caractère indéterminé que présente l'idée de l'infini, la facilité avec laquelle cette idée se prête aux modifications les plus opposées, nous révèle qu'elle est un des concepts généraux et vagues à l'aide desquels l'esprit arrive à se former une cet^iaiiie connaissance des choses dont l'intuition ne lui a pas été accordée.

Cette observation me semble jeter un grand jour sur la question qui nous occupe.

Les concepts indéterminés, par cela même qu'ils sont tels, ne sauraient fixer d'une manière absolue notre connaissance. Ils ne présentent en effet ni un objet particulier ni une propriété quelconque réalisable par elle-même.

Exemple : soit un triangle dont nous avons mesuré les côtés et les angles : ici l'idée est déterminée et fixe j point de vague ^ impossible de se tromper dans l'application de l'idée et de l'attribuer à des angles d'une autre espèce. Mais que l'on nous donne un triangle rectangle, en général, sans déterminer ni la valeur de ses lignes, ni la valeur de ses angles aigus, les applications peuvent être infinies. A mesure que l'idée du triangle devient plus générale et plus indéterminée, le nombre et la variété des applications que l'on en peut faire augmente.

48. Les idées indéterminées demandent, pour représenter quelque chose, une propriété à laquelle

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elles s'appliquent et qui soit comme la condition sous laquelle elles passent ou puissent passer à la réalité. Formes intellectuelles pures auxquelles on ne peut demander nulle représentation fixe, jusqu'à ce que l'application ait été faite.

Est-ce à dire, selon l'opinion de Kant, que ces idées soient des concepts vides, inapplicables en dehors de l'ordre sensible (liv. V, chap. xiv, xv et xvi)? Non sans doute -, mais en leur accordant une valeur universelle, je nie que par elles seules (ît réduites aux propriétés qu'elles expriment, ces idées puissent représenter un objet réalisable^ soit l'exemple cité tout à l'heure : l'idée ^jure de triangle est irréalisable, parce que tout triangle réel devra contenir quelque chose que Vidée pure ne contient point -, le triangle réel sera rectangle, obtus, etc., propriétés dont l'idée pure de triangle fait abstraction. Plus les propriétés contenues dans le concept sont indéterminées, plus l'objet offert à l'entendement est indécis (;t vague et plus nombreuses aussi sont les apphcations que l'on peut faire de l'idée ^ ce qui arrive dans les idées êire^ non être, limite et autres semblables.

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