Supposé que l'idée que nous avons de l'infini
■"'SinïîâaliTw"
90 LIVRE VIII. — l'infini.
ne soit point intuitive mais abstraite, voyons si l'on peut expliquer la nature vraie de cette idée.
Nous concevons l'être et son contraire, le non être. Considérées en elles-mêmes, ces deux idées être et non être sont générales, souverainement indéterminées, applicables à tout ce qui relève de l'expérience.
Nous pouvons affirmer et nier quelque chose de tout être limité^ affirmer ce qu'il est^ nier ce qu'il n'est pas. Nier une chose d'une autre, voilà la limite, en tant que limite.
50. L'homme qui descend en lui-même se trouve en présence d'une activité incessante, mais limitée par la résistance des objets ou leur infériorité; le monde extérieur est un ensemble d'êtres dont les hmites varient à l'infini.
Donc les deux expériences interne et externe nous donnent l'idée du fini, c'est-à-dire d'un être lequel impfique un certain non être. L'animal sent, mais il ne comprend pas-, il est sensitif : voilà l'être. Il n'est pas inteUigent : voilà la limite. L'homme est intelligent et sensible; la limite de l'animal nest pas celle de l'homme. Entre les êtres intefiigents, le degré d'intelligence ou l'étendue de TinteUigence varie; sous ce rapport la limite de celui-ci n'est point la limite de celui-là.
51. Puisque nous trouvons la limite dans les faits d'expérience tant interne qu'externe , il est évident que nous pouvons nous former l'idée générale de limite, c'est-à-dire d'une négation apphquée à un objet.