CHAPITRE XVIIL
l'intelligence et l'être absolument infini.
142. L'être infini est autre chose qu'un objet vague ou que l'idée générale d'être. Uêtre iiafini est doué de propriétés vraies, lesquelles s'identifient sans cesser d'être réelles avec son essence infinie. Un être qui n'est point quelque chose, dont on ne peut affirmer aucune propriété , est un être mort j concept indéterminé dont nous ne pouvons comprendre la réalisation. Ce n'est point ainsi que l'humanité tout entière a connu l'être infini : l'idée d'activité a toujours été unie à l'idée de Dieu -, activité personnelle et fixe : intérieurement, activité d'intelligence-, extérieurement, activité productrice des êtres.
143. L'idée d'activité en général n'exclût point toute imperfection ; l'activité pour le mal est une activité imparfaite : l'activité en vertu de laquielle les êtres sensibles agissent les uns sur les autres est assujettie aux conditions de mouvement et d'éten<lue, et, partant, imparfaite. L'activité intrinsèquement pure, qui, de soi, n'implique aucune imperfection, c'est l'activité intellectuelle-, activité inoffensive; faculté sans tache qui, laissée à elle-même, ne se souille jamais.
\ 44. Comprendre le bien est une chose bonne en
las
IJVHK VIII. — l'INFIM.
soi^ comprendre le mal est pareillement une chose bonne-, mais s'il est bon de vouloir le bien, il est mal de vouloir le mal 5 de là une différence entre l'entendement et la volonté^ celle-ci peut être souillée par son objets l'entendement ne se souille jamais. Le moraliste connaît, examine, analyse les plus grandes iniquités^ il étudie les détails de la corruption la plus dégradante ^ le politique connaît les passions , les misères, les crimes de la société-, le jurisconsulte, l'injustice sous tous ses aspects-, le naturaliste et le médecin arrêtent leurs regards sur les objets les plus difformes et les plus impurs ; leur intelligence n'en est point souillée. Dieu connaît tout le mal qui se trouve ou qui peut se trouver dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral , et son intelligence demeure toujours pure et immaculée.
143. Les êtres créés abusent de la liberté en tant ([ue liberté , parce que, de soi, elle est principe d'action et peut être dirigée vers le mal^ mais on ne peut abuser de l'intelligence. L'intelligence est de soi un acte immanent et intransitoire dans lequel sont représentés les objets réels ou possibles-, l'abus commence seulement alors que la volonté libre combine les actes de l'esprit et les coordonne en vue d'une action mauvaise. Jusqu'à ce qu'un acte de volonté s'introduise dans les combinaisons intellectuelles, il n'y a point de connaissance mauvaise. Tel ensemble de ruses et de perfidies horribles , combinées en vue du plus grand de tous les crimes , peut n'être que l'innocent objet d'une contemplation intellectuelle.