CHAP. XVIII. — INTELLIGENCE INFIME
146 admirable chose que l'intelligence. Les rapports, l'harmonie, la règle, les sciences, les arts, on lui doit tout ^ ôtez l'intelligence, il ne reste rien. Elle a été avant tous les mondes^ éteignez l'intelligence, Tunivers n'est plus qu'un tableau magnifique sous le regard glacé de la mort.
147. A mesure que les êtres s'élèvent dans l'ordre de l'intelhgence, leur perfection augmente. Au sortir de la sphère des objets insensibles et en remontant dans l'ordre de la représentation sensitive, commence un nouveau monde dont le premier anneau €st fanimal et dont le dernier se perd dans l'intelligence. La morale est une eflloraison de rinteUigence ou plutôt une loi de fintelligence; loi de conformité avec un type infiniment parfait. L'intelligence explique la morale -, sans intelligence celle-ci est une absurdité. L'intelligence a ses lois, elle a ses devoirs, droits et devoirs qui ne relèvent que d'elle-même; ainsi le soleil s'allume à ses propres rayons. L'intelligence explique lahbcrté-, ôtez fintelligence , la liberté est absurde; la casualité elle-même n'est plus qu'une force brutale agissant sans objet, sans direction, une force sans raison d'être, c'est-à-dire la plus grande des absurdités. Les théologiens ont dit : l'attribut constitutif de l'essence de Dieu, c'est l'inteUigence 5 vérité philosophique pleine de sens et de profondeur.
148. Dans l'acte intellectuel f être ne sort point de lui-même ^ comprendre est un acte immanent qui peut s'étendre à Tinfini , qui peut s'exercer avec une intensité infinie, sans que l'être intelligent se répande
140 LIVRE VllI. —l'infini.
au dehors. Plus vive et plus forte est la compréhension en acte de Vètre intelligent, plus profonde est la concentration de cet être dans Tabîme de la conscience. L'intelligence est essentiellement active -, elle est activité. Voyez ce qui se passe dans Vhomme-, il pense-, la volonté s'éveille et veut^ il pense et le corps entre en mouvement -, il pense et ses forces se multiplient, et toutes ses puissances sont soumises à la pensée. Imaginons une intelligence infinie en intensité et en étendue, une intelligence dans laquelle il n'y ait aucune alternative de repos et d'activité, d'énergie et d'abattement-, une intelligence infinie se connaissant infiniment elle-même, connaissant un nombre infini d'objets réels ou possibles, d'une connaissance infiniment parfaite-, une inteUigence origine de toute vérité, sans mélange d'erreur-, source de toute lumière, sans mélange de ténèbres , et nous aurons quelque idée de l'être absolument infini. Avec cette intelligence infinie , je conçois la volonté , volonté infiniment parfaite -, je conçois la création , acte très-pur de volonté fécondant le néant, appelant à l'être les types préexistants dans l'inteUigence infinie-, je conçois la sainteté infinie -, je conçois toutes les perfections identifiées dans cet océan de lumière. Sans intelligence , je ne conçois rien -, l'être absolu , placé à l'origine des choses, c'est le chaos antique que je tente en vain de débrouiller. Les idées d'être, de substance, de nécessité tourbillonnent confusément dans mon intelHgence troublée. L'infini n'est pour moi qu'un abîme sombre; suis-je submergé dans une réaUté
infinie, suis-je perdu dans le vide d'une idée san» réalité; que sais-je?