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DEFINITION DE LA SUBSTANCE CORPORELLE

13. Mais, dans Tordre sensible, le sujet permanent des transformations, qu'est-il? illusion ou réahté? Et quelle réalité? Une chose qui n'est aucune couleur, mais qui se prête à toutes les couleurs; qui n'est aucune des quahtés éprouvées par nous, mais le sujet et la cause de toutes les qualités; qui n'est aucune figure, mais qui prend toutes les figures; qui n'est point l'étendue abstraite, puisqu'il s'agit non d'une abstraction, mais d'un être qui sert de fondement à tous les êtres ; objet corporel, qui de soi ne peut affecter aucun sens. Qu'est-il enfin? Une qualité occulte? un être mystérieux et fantastique ? une illusion? — Etudions-le à la lumière de l'expérience.

14. Je prends et je garde dans mes mains un morceau de cire; donnons-lui tour à tour différentes couleurs ; qu'il subisse successivement l'action de la chaleur et du froid ; qu'il se durcisse et s'amollisse tour à tour; qu'il devienne sphérique, cyUndrique, vase, table, statue; je le demande, ces chang(îments que je viens d'énumérer se sont-ils opérés (;n une même chose? Oui. — Cette chose était-elle couleur,

figure, degré de chaleur ou de froid? Non ; ces qualités ont été -, elles ont cessé d'être et la chose est restée la même. Comment suis-je certain qu'il en est ainsi? Parce qu'il y a eu continuité de sensation dans la vue de l'objet-, continuité de sensation dans le toucher-, les modifications subies par l'objet n'ayant jamais interrompu la sensation du tact. Donc il y a là une chose, laquelle n'est point les transformations, mais ce qui se transforme -, une chose commune à toutes les transformations, une chose qui les reçoit et qui les enchaîne, hors de moi et en moi.

15. Ce qui nous est connu de cette chose permanente, abstraction faite de ses qualités, le voici :

i° Idée de l'être. Nous disons, cette chose, quelque chose, le sujet, etc. —Donc il s'agit d'un être, d'une réaUté. Le néant ne peut être sujet de transformation ou lien d'impressions.

2° Cette idée d'être n'est point une idée pure-, les qualités existent, elles sont des êtres -, nous les distinguons du sujet.

3« L'idée d'être est accompagnée ici de l'idée de permanence dans la succession, et du rapport de cette permanence comme point de réunion, comme centre fixe au milieu du successif.

16. Donc la substance corporelle devrait se définir ainsi. Un être permanent dans lequel s opèrent les changements qui s offrent à nous dans les phénomènes sensibles. A cela se réduit notre science ; tout ce que l'on ajoute à cette définition n'est qu'hypothèse et conjectures. En vain me demanderez-vous quel est cet

OHAP. ni. - DÉFINITION. 155

être-, donnez-moi l'intuition de l'essence des corps, dirai-je^ tant que je ne la connais que par ses effets, c'est-à-dire par les impressions que ces effets produisent en moi 5 je ne puis répondre. Je sais qu'elle est quelque chose ^ je vois qu'elle a tel rapport avec les formes qu'elle revêt ^ je connais que telles formes # se trouvent dans le sujet et ne sont point le sujet; là s'arrête ma science. L'objet qui correspond à cette idée, laquelle implique permanence et rapport avec différentes formes, cet objet je le nomme substance corporelle.

17. De ce que les accidents changent dans la substance, celle-ci restant la même, il suit que la substance est, de soi, indépendante des accidents; or que la substance puisse ou ne puisse point exister sans accident, jaliirme qu'aucun accident en particulier ne lui est nécessaire.

Remarquons ici la différence qui existe entre la substance en elle-même et le moyen par lec[uel elle se manifeste à nous et se met en communication active ou passive avec nous.

Les accidents, les formes transitoires doEt elle se revêt, voilà le moyen. Pouvons-nous^ autrement que par les sensations, nous assurer de l'existence des corps? L'objet des sensations, ce n'est point la substance dans sa nature intime, ce sont les qualités de la substance en tant qu'elles affectent nos sens.

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