‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 477 sur 607 · ACCIDENTS · texte numérisé non relu

ACCIDENTS

18. L'idée de substance corporelle implique l'idée de permanence-, elle n'implique l'idée d'unité que d'une manière très-imparfaite. Dans toute substance corporelle, l'unité est factice -, car ce qui est permanent dans la substance n'est pas un, mais une agrégation, comme le prouve la divisibilité de la matière. De toute substance corporelle je puis faire un grand nombre de substances, lesquelles auront le même droit que la première à porter ce nom. Un morceau de bois est une substance -, ce morceau de bois est divisible en une infinité de parties qui seront également des substances. Mais il est clair que Vuniié formée par les fragments réunis est très-imparfaite -, une, seulement, par rapport à l'effet qu'elle produit en liant nos sensations les unes aux autres, et par rapport aux phénomènes qui en résultent.

19. Ainsi, toute substance corporelle implique multiplicité, et, partant , combinaisons des éléments qui la composent. Cette combinaison n'est point permanente, l'expérience le prouve-, donc, point de substance corporelle qui n'emporte avec elle au moins une modification : à savoir la disposition des parties

CHAP. IV. — ACCIDENTS. t57

qui la constituent. Abstraction faite des chang(îments que cette modification peut subir, il est clair qu'on ne saurait la confondre avec la substance. Alors même que les corps se présenteraient d'une manière constante à nos sens dans le même arrangement de leurs parties, Vêtre permanent se trouverait dans les parties et non dans leur disposition. La disposition est une chose extérieure qui s'ajoute à ce qui est. Point de réunion ou de combinaison s'il n'y a des parties à réunir et à combiner.

20. La substance est indépendante des modifications, tandis que les modifications ne sont point indépendantes de la substance. Celle-ci change d'accidents et reste la même ; un accident ne peut rester le même en changeant de substance. Le même morceau de bois peut recevoir successivement plusieurs figures ; la même figure, en tant que nombre, ne peut passer d'un morceau de bois à l'autre. Deux morceaux de bois peuvent avoir une figure semblable ou diff'érente : cubique, sphérique, pyramidale, etc., et prendre la figure l'un de l'autre 5 mais , dans ce cas, il n'y a point identité, il y a ressemblance de figures ; les figures sont identiques quant à l'apparence, non quant au nombre.

21. Mais comment sait-on qu'il y a seulement ressemblance et qu'il n'y a point identité numérique dans les figures que les corps revêtent successivement ; qu'il n'y a i^oint permanance dans les figures qui changent de sujet , et que, par conséquent , une même figure ne passe point d'une substance à l'autre, alors qu'une

même substance passe d'une tigure à l'autre figure? Je vais Texpliquer.

Comprend-on ce que serait une figure cubique passant d'un corps à un autre corps? ce que serait la forme séparée de l'objet? Comment cette forme persévérerat-elle durant la transition ? Comment n'est-elle pas exactement la même dans les deux corps et présentet-elle de légères modifications ? S'est-elle modifiée en passant d'un corps à Vautre ? Il y aura donc des modifications de modifications , et la figure en soi , abstraction faite des corps, sera comme une substance de second ordre , permanente au milieu des modifications. Rêveries absurdes , dans lesquelles on applique à la réalité ce qui ne convient qu'à l'idée abstraite. Ainsi l'on donnerait à la forme une existence # indépendante ; nous aurions des cubes, des spbères, des triangles abstraits et des figures subsistant par elles-mêmes et sans application à rien de figuré l

22. Nous allons donner à la démonstration précédente une forme plus rigoureuse. Soit telle figure identique en tant que nombre, passant d'un corps a un autre corps -, il suit de cette supposition que le morceau de bois A, perdant la forme cubique, la transmet au corps B. Mais cette forme individuelle se peut trouver en un même temps dans les deux morceaux de bois. Que si , après avoir enlevé au morceau de bois A la forme cubique, nous la lui rendons sans toucber au corps B , la forme dont il s agit ne sera point identique dans A et dans B. Donc le corps B n'avait pas acquis la même forme en tant que nom-

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