‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 480 sur 607 · CHAP. V. — SUBSTANCES CORPORELLES · texte numérisé non relu

CHAP. V. — SUBSTANCES CORPORELLES

leur, etc.; les autres substantiels, comme le passage du bois à l'état de cendres. Or, au milieu de cette diversité de systèmes , c'est un fait remarquable que tous s'accordent à reconnaître quelque cbose de permanent, sujet de ce qui change. Leibnitz et les partisans des atomes admettent l'identité du sujet ; les aristotéliciens admettent une transformation substantielle de l'être, transformation telle, qu'après le changement on ne peut dire qu'une forme sort l'autre substantiellement; et toutefois ils reconnaissent l'existence d'un sujet commun dans ces mêmes transformations substantielles, sujet auquel ils donnent le nom de matière première. Ainsi le fait de l'existence d'un sujet permanent au milieu des transformations du monde corporel est une vérité reconnue dans toutes les écoles philosophiques.

29. Si la substance corporelle est une réalité (nul ne le conteste), non-seulement elle est, mais elle est quelque chose de déterminé. Cette individualité substantielle du corps, ce quelque chose qui le constitue une telle chose, qui le distingue dans sa nature intime, dans son essence, des corps d'une autre espèce, voilà ce que les aristotéliciens nommaient forme substantielle ; ils donnaient le nom de matière première au sujet de cette forme, de cette actuahté; au sujet commun de tous les corps; simple puissance, sorte de milieu entre le pur néant et l'être en acte.

30. Les discussions sur la question présente ont commencé avec la philosophie; elles seront continuées sans doute, et, probablement, avec peu de fruit.

L'existence du monde corporel, les rapports de ce monde avec nous, ses propriétés, certaines lois qui le régissent, sont de notre domaine -, mais nos sens ne peuvent atteindre la nature intime de la substance ^ les instruments que la nature a mis à notre disposition ne le permettent point. A mesure que l'observation devient plus sagace et plus attentive, que les instruments dont Tesprit humain dispose se perfectionnent, de nouveaux mystères se découvrent, les colonnes d'Hercule de Vintelligence se déplacent sans cesse, et de nouveaux océans s'étendent derrière le vieil Océan que l'on avait franchi. Atteindra-t-on jamais le rivage désiré? L'homme fera-t-il le tour de son immense empire ? Le sujet de cette infinité de phénomènes qui nous étonnent doit-il enfin nous être révélé dans sa nature intime ? Il est difficile de le croire. Le télescope, en se perfectionnant, n'a fait qu'étendre les limites de l'univers -, il semble avoir pour objet les infiniment grands-, le microscope, dans une direction contraire, marche vers les infiniment petits. Où s'arrêteront les progrès de la science? où est lalimite au delà de laquelle il n'est point de limites? Il n'est pas donné à l'homme, créature chétive, de l'atteindre ici-bas. L'esprit humain, en vertu de son activité, de sa fécondité merveilleuses, se lance tour à tour vers les deux extrêmes -, mais lorsqu'il se flatte d'atteindre le but, il sent qu'une puissance plus forte que ses désirs et sa volonté le paralyse et l'arrête. C'est la chaîne qui l'unit à son corps mortel et qui ne lui permet pas le vol fibre et subhme des pures intelfigences.

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