‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 483 sur 607 · RAPPORT DE LA PROPOSITION JE PENSE AVFX LA SUBSTANTIALITÉ DU MOI · texte numérisé non relu

RAPPORT DE LA PROPOSITION JE PENSE AVFX LA SUBSTANTIALITÉ DU MOI

35. Si nous n'admettons la substantialité de Tâme, cette proposition je pense ^ est un non sens. Dès lors la philosophie perd son point d'appui -, nos sensations intérieures, phénomènes inconnexes, échappant à l'observation et à toute règle.

36. Ma pensée actuelle n'est point, individuellement, ma pensée d'hier ^ ma pensée de demain ne sera point ma pensée d'aujourd'hui. Ces pensées, dans la supposition d'un sujet qui les contienne, sont parfaitement distinctes l'une de l'autre^ elles peuvent avoir pour objet des choses sans rapport entre elles, ou même contradictoires-, la pensée d'aujourd'hui peut être la négation de la pensée d'hier.

37. Il en est ainsi de toutes les pensées, de tous les actes de volonté, de toutes les scènes que l'imagination retrace, de toutes les sensations, enfin de tout ce que j'éprouve en moi. Si j'arrête mon attention sur les affections internes, quelles qu'elles soient, je n'y vois qu'une série de phénomènes, une sorte de courant d'existences qui passent et disparaissent, les unes pour toujours, les autres pour se reproduire, offrant d*une manière expresse cette différence. La réapparition n'est pas individuelle, mais de ressemblance; c'est-à-dire que l'affection reproduite n'est pas une

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affection déjà ressentie, mais une affection semblable. Lorsque l'affection reparaît, j'ai conscience de son actualité dans le moment présent et de son actualité dans le temps passé ^ cette double conscience, qui constitue le souvenir, me fait distinguer entre les deux affections et implique de toute nécessité ce jugement : que l'une n'est pas l'autre. L'affection rappelante^ que l'on me permette cette expression, s'identifiant avec l'affection rappelée , ne serait point souvenir : une chose est présente à elle-même-, elle ne saurait être souvenir à elle-même.

38. Donc, en nous, tout passe pour ne plus revenir^ le flux est réel, le reflux n'est qu'apparent^ ce qui cesse d'être ne reprend jamais l'être ; il peut y avoir une chose semblable, mais non la même chose; ce qui a été n'est plus -, le temps ne revient point sur ses pas.

39. Donc la série des phénomènes internes considérés en eux-mêmes, abstraction faite d'un sujet dans lequel ils résident, est inconnexe; nul moyen de subordonner à aucune loi ou à aucun hen les termes qui la composent.

40. Toutefois, cette loi de subordination existe et se manifeste dans tous nos actes intellectuels ; une raison sans lois serait la plus grande des absurdités; ce lien paraît dans toutes nos affections, lesquelles se succèdent avec les différences et les ressemblances qui les caractérisent. C'est un fait présent au dedans de nous, fait auquel nous sommes soumis comme à une condition primitive et inévitable de notre propre existence.

m. iO

41 . La proposition je pense ^ dans ce sens que 1p verbe penser embrasse toutes les affections internes, ne se rapporte pas seulement à certains phénomènes isolés ; elle implique un point dans lequel ces phénomènes s'enchaînent ; ce point, c'est le moi. Si le moi n'existe pas, s'il n'est pas un et identique, la pensée d'aujourd'hui n'a aucun lien avec la pensée d'hier : ce sont deux choses distinctes , contradictoires peut-être , existant en des temps différents. Dans cette hypothèse, lorsque je àisje jjense^ avec la prétention d'établir que le moi est le moi de la proposition^^ pensais hier^ mon langage est absurde. S'il n'y a que les phénomènes, à savoir les deux pensées, sans un point qui les relie, le moi n'est rien ^ je ne puis dire : je pensais on je pense^ mais seulement il y avait ^ il y a pensée. Que si l'on me demande oùj en qui? je dois répondre qu'il n'y a point de où ou de qui ; et, rejetant la supposition, me borner à répéter : il y avait pensée, il y a pensée.

42. Pour dire moi il faut supposer une réalité permanente \ une réalité, parce que ce qui n'est point réel n'est rien \ permanente, parce que ce qui passe s'évanouit, cesse d'être et ne peut servir de point d'union à quoi que ce soit.

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