CHAP. XI. — SIMPLICITÉ DE L*AME
ver la substantialité de l'âme ; il me suffisait pour cela de démontrer , par le témoignage même de la conscience , qu'il existe au dedans de nous une réalité permanente, sujet des modifications.
Je vais démontrer maintenant la simplicité de cette substance.
Pour procéder avec méthode , fixons la signification donnée à ce mot simplicité. Plusieurs (^.tres réunis formant un ensemble prennent le nom de composé; il y a composition toutes les fois qu'il y a diversité d'êtres substantiellement distincts, mais unis 5 le lien peut être de différente espèce, ce qui donne lieu à la diversité des composés. Le simple est le contraire du composé; de sorte que l'idée simplicité exclut essentiellement l'idée de composition. Or, comme dans cette dernière se trouve comprise l'idée d'tm nombre de choses distinctes, unies pour former un tout, il suit que l'idée de simplicité exclut essentiellement l'idée de nombre ; donc le simple est proprement un; et il y a véritablement simplicité dans une substance lorsqu'elle n'est pas un ensemble de substance.
Ainsi, lorsque nous disons : La substance de l'âme est simple , nous entendons qu'elle n'est point une réunion de substances, mais une substance.
73. Voyons maintenant si cette idée ainsi définie convient à notre âme. Comme notre âme ne tombe point sous l'intuition à la manière des choses sensibles , que nous ne la connaissons que par le sens intime et par les phénomènes de notre conscience,
i^ LIVRE IX. — LA SUBSTANCE.
nous allons étudier ces deux sources de connaissances et voir si nous trouvons en elles la simplicité.
C'est un fait incontestable que dans tous nos actes, dans toutes nos affections internes, nous sentons l'identité du moi (chap. vi, vu, vm, ix, x). Il n'y point identité entre les choses distinctes, partant le sens intime nie la multiplicité de l'âme et rend hommage à son identité. On dira peut-être : qu'il n'y ait point d'identité entre les substances distinctes, nous le voulons -, mais une substance composée est identique avec elle-même, et il est possible que l'identité attestée par la conscience ne soit autre chose que l'identité d'un composé avec lui-même. — Étudions le témoignage que rend la conscience et nous verrons la difliculté
s'évanouir.
Ce que nous sentons varié et multiple n'est point le moi, c'est ce qui survient dans le moi ^ nous pensons, nous voulons, nous sentons des choses différentes-, mais la conscience atteste que ce qui sent , pense ou veut ces choses, est une même chose, c'est-à-dire le
moi.
Donc le témoignage de la conscience suffit seul à prouver la simplicité de l'âme -, comment expliquer, en effet, en dehors de cette simplicité, l'unité permanente que nous sentons en nous dans la multiplicité des phénomènes ?
74. Abstraction faite du témoignage de la conscience, on peut démontrer par la nature môme des phénomènes internes que le sujet de ces phénomènes est une substance simple. S'il n'en était ainsi , la