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CHAP. XI. — SIMPLICITÉ DE L'AME

substance pensante serait composée de diverses substances-, voyons ce qui devrait résulter de cette supposition. Que les substances composantes soient, par exemple, au nombre de trois, A, B, C ^ j'affirme que cet ensemble ne peut penser. Pour le démontrer jusqu'à l'évidence, soit le jugement suivant : Le métal est corps. Impossible que l'ensemble A, B, C, forme ce jugement. Supposez que la représentation du sujet métal se trouve dans la substance A , que l'idée de l'attribut corps se trouve en B, et que l'idée générale du rapport de l'attribut avec le sujet ou la copule est se trouve en C, peut-il en résulter un jugement ? Répondez résolument, non. A percevra le métal, B le corps, C l'idée générale de copule est, Chetcune de ces substances aura conscience de ce qu'elle contient, mais seulement de ce qu'elle contient; donc point de jugement, puisque l'essence du jugement est le rapport de l'attribut avec le sujet.

7o. Je veux que chacune des substances contienne la représentation des trois choses ; nous aurons trois jugements, c'est-à-dire non point un seul être pensant, mais trois êtres pensants.

Il y a plus ^ ou chacune des substances A, B, C, sera composée d'autres substances , ou non -, dans le dernier cas elle est simple -, nous voilà en présence d'une substance simple et perceptive ; eh ! pourquoi trois, si une seule est nécessaire ? Que si la substance est composée, la difficulté augmente ; car, supposons que A soit formé de deux substances que nous noiuuierons m, w, la représentation de métal qui était en

A devra être distribuée en w, n, auquel cas, loin de parvenir à un jugement, nous n aurons pas même un sujet. Impossible, en effet , de former la représentatioa.4e métal, dans la supposition où elle serait répartie-entre m et n.

Impossible, disons-nous, de former un jugement ou même d'arriver à Vidée d'un terme ; donc, impossible de raisonner ou de penser-, raisonner, implique un enchaînement de jugements , puisqu'il s'agit de tirer une conséquence liée avec les prémisses.

76. Que devient la volonté dans une substance composée? Point de volonté sans connaissance ; or, la connaissance, nous venons de le voir, suppose la simplicité. Poussons encore plus loin la démonstration : volonté implique inclination ou tendance vers un objet connu. Admettons que deux substances A et B composent la substance douée de volonté et que ces deux substances se partagent ce qui est requis pour l'acte du vouloir, de telle sorte que la connaissance de Tobjet voulu se trouve en A, l'inclination ou tendance en B -, j'aflirme qu'un pareil acte de volonté est absurde. En effet, pour rendre la démonstration invincible, je suppose que nous avons à former un acte de volonté, au moyen de la connaissance et de l'inclination de deux individus différents -, la connaissance seule de l'un n'est point acte de volonté , que peut être l'inclination de l'autre, s'il ne connaît l'objet vers lequel il incline? C'est comme si l'on posait un rapport sans terme de rapport. Voilà les contradictions qu'il faut admettre si l'on nie la simplicité de la sub-

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stance douée de volonté. Il s'agit, en effet, de répartir entre les parties qui composent ces substances, l'inclination et la connaissance, ou de concentrer le tout en une substance, auquel cas les autres substances sont inutiles.

11 y a plus 5 ou les substances qui composent la substance douée de volonté sont simples ou elles sont composées. Dans la première hypothèse, nous voici en présence de substances simples, intelligentes et volontaires. Dans la seconde, chaque acte de volonté résulte de l'action de plusieurs parties, c'est-à-dire d'un ensemble. Or qu'est-ce qu'un acte de >olonté qui consiste en un ensemble ?

77. L'union de juxtaposition dans l'espace, ou de simultanéité dans le temps, ou de concours des forces vers un effet commun , voilà la seule union de substances que nous puissions concevoir. La juxtaposition dans l'espace et la simultanéité dans le temps n'expliquent ni la pensée, ni la volonté, ni aucun des phénomènes internes ; le concours des forces vers un effet commun ne résout pas mieux le problème. Dans la supposition de ce concours, il nous faudrait concevoir les phénomènes internes comme produits de l'élaboration deplusieurssubstances^ or. admettriez-vous cette absurdité, la question n'aurait pas avancé d'une hgne. En effet où, dans ce cas, placerez-vous kî phénomène ? Si vous le placez dans toutes les substances unies, le phénomène sera une chose composée, et la conscience de ce phénomène devra pareillemeot être une chose composée; aucune des substances compo-

santés ne pouvant dire moi relativement au phénomène, il y aura donc multiplicité de consciences. Or, ou ces consciences se réuniront ou elles ne se réuniront pas en un point commun pour former une conscience commune. Si elles se réunissent, le point de réunion doit être une substance simple, ou vous tombez de nouveau dans la multiplicité de consciences ; si elles ne se réunissent point, chaque substance pensera de son côté sans savoir ce que pensent les autres.

78. Enfin cette divisibihté de substances et de consciences sera poussée oui ou non jusqu'à l'infini ; dans le premier cas, au lieu d'un être pensant, nous avons en nous un nombre infini d'êtres pensants. Que SI la divisibilité s'arrête, nous arrivons à la substance simple douée de pensée et de conscience ; et c'est là ce que nos adversaires veulent éviter. La divisibilité mfinie elle-même ne les sauvegarde point de la simphcité -, la division sépare les parties , mais elle les suppose distinctes ^ donc la division infinie suppose une multitude infinie d'êtres simples sans lesquels la division n'aurait pas lieu.

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