COMMENT L'IDÉE DE SUBSTANCE EST APPLICABLE A DIEU
98. L'idée de substance telle que nous la concevons au moyen des objets qui nous entourent, et par le témoignage de la conscience, implique le rapport des changements qui s'opèrent en elle, comme en un
sujet OU dans un récipient. Mais nous avons observé qu'outre ce rapport, elle impliquait négation d'inhérence avec un autre être. Il n'en est point de la substatice comme des accidents, êtres changeants et transitoires. Cette négation d'inhérence est une perfection. Comme nous ne connaissons point l'essence îtitime des substances, nous ignorons ce qu'est cette perfection -, mais elle existe dans la nature même du sujet, elle est indépendante des modifications qui le transforment. Ainsi donc, si l'essence même de la substance se doit établir sur quelque chose, elle s'établit sur cette perfection dont nous avons connaissance (observons que cette connaissance n'est pas intuitive)^ partant lorsqu'on définit la substance relativement aux accidents : « Quod substat accidenlibus , « on la définit non par ce qu'elle est en elle-même, mais selon la manière dont elle se présente à nous.
96. 11 suit de là que des deux définitions scolastiques : « Ens per se subsisiens, » un être subsistant par lui-même, u id quod substat accidentibus , » le sujet des accidents, la première est plus appropriée à la chose que la seconde-, elle exprime mieux ce qu'est la chose en soi. Il est vrai que nous ne connaissons les substances finies qu'en tant qu'elles se révèlent à nous par leurs accidents \ il est vrai que notre esprit ne se connaît lui-même que par ses actes-, toutefois, la raison nous dit que les objets , pour être connus, doivent exister, et que notre esprit ne saurait trouver quelque chose de permanent en eux si ce quelque chose n'y est pas. Notre connaissance ne produit
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point ce qu'elle connaît ; elle connaît ce qui existe et rien autre.
97. Ces considérations prouvent la possibilité d'une substance affranchie de toutes modifications ou changements, laquelle, loin de perdre par son immutabiUté son caractère de substance, [posséderait ce caractère en un degré supérieur. La perfection de la substance n'est point dans les changenaents, mais dans la permanence.
Nous l'avons dit, la perfection de la substance tient à ce qu'elle est indépendamment de toute autre substance ou des modifications qui leur sont inhérentes et qui passent. Une substance existant par elle-même, sans modifications, sans aucun changement, serait infiniment supérieure à toutes les autres. Cette substance, c'est Dieu.
98. Maintenant il est facile de résoudre la question suivante : le mot substance appliqué à Dieu doit-il s'entendre de la même manière que lorsc[u'on l'applique aux créatures? ou, pour me servir des termes de l'école, doit-il être pris en un sens uriivoque ou analogue.
99. L'idée de substance implique l'idée d'un être -, ce qui n'existe pas ne peut être substance. En tant que nous concevons l'être comme une réalité, comme l'opposé du néant, l'idée d'être convient à Dieu et aux créatures -, Dieu est , c'est-à-dire Dieu est une chose réelle et non le néant. Mais si de l'idée générale, ainsi conçue en opposition avec le néant , nous passons à la réalisation de cette idée dans les choses, à
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SOU mode d'application, qui ne voit aussitôt la distance qui sépare le contingent du nécessaire, le fini de Tinlini^ nous ne saisissons, il est vrai, d'une manière intuitive, ni l'être infmi , ni l'essence des êtres finis, mais nous concevons avec la dernière évidence que le mot être^ appliqué à l'infini , présente un autre sens que lorsqu'il s'appfique au fini.
100. L'idée de substance implique l'idée de chose permanente; cette permanence convient à Dieu ; l'être infini est permanent par essence.
101. Les substances qui nous entourent présentent cette permanence combinée avec des modifications nécessaires. Les changements sont impossibles en Dieu. Cette qualité de rapport avec les modifications est le caractère propre des substances finies.
102. Les substances ne sont point inhérentes à d'autres substances comme les modifications sont inhérentes aux substances. La non inhérence convient aussi à la substance divine.
103. Les substances doivent comprendre en elles une perfection qui les affranchisse de la nécessité de l'inhérence, une perfection qui les élève au-dessus des modifications. Cette perfection est comprise dans la substance divine, être par essence, océan de perfection.
lOi. 11 ressort de cette analyse que tout ce qui est perfection dans l'idée de substance se peut appliquer à l'être infini • l'être infini ne rejette de l'idée de substance que les négations ou l'imperfection.