CHAP. XV.— PANTHÉISME
finie n'est point inhérente à un autre ètfe, mais elle relève d'un autre être et n'existerait pas sans lui. Toutefois cette dépendance n'est point la dépendance des modifications envers la substance^ c'est la dépendance de l'effet envers la cause.
La cause donne l'être à l'effet : la substance supporte l'accident; la cause n'est point modifiée par l'effet^ la substance est modifiée par l'accident. Idées claires et distinctes^ c'est avec ces idées qu'il faut poursuivre le panthéisme dans ses diverses transformations et forcer le Protée à reprendre sa forme première et naturelle, l'athéisme. L'athéisme! — C'est là sa nature. Que ce soit son nom. Combien de systèmes troublent le monde des idées, lesquels reposent sur une équivoque. Pour en finir avec tîux, sachons pénétrer résolument au cœur de la question afin d'y porter le jour. L'erreur pour nous échapper changera de forme peut-être, mais n'ayons garde de nous laisser troubler ou de prendre le change.
Ecoutons l'immortel Homère : il semble avoir voulu nous donner dans la fable ingénieuse de Protée le secret de vaincre les sophismes en les formant à se faire voir. « Jetez-vous sur le monstre, disait la déesse Idothée à Ménélas et à ses compagnons ; saisissez-le malgré ses efforts ; serrez fortement ses chaînes et gardezvous de le rendre à la liberté -, il ramp(;ra comme le reptile, il s'élancera comme la flamme, il s'écoulera comme le torrent 5 mais resserrez ses liens, et forcezle de redevenir ce qu'il était (Odyssée, chant iv). » Ainsi du panthéisme -, matière, esprit, réalité des phé-
nomènes, moi, non moi, il sera toutes choses; il parlera de substance et de non substance, de nécessaire et de contingent; mais ne vous départez point des idées fondamentales et forcez-le à y revenir. Vous le verrez entin reprendre sa forme première; alors, rompez ses liens, et, le présentant aux peuples dans sa difformité naturelle et repoussante, dites-leur : « Voyez, il a toujours été ce qu'il est maintenant, l'athéisme! »