CHAP. XVIII. — PANTHÉISME; HCHTE
ainsi que l'âme se pose, c'est-à-dire se connaît ellemême, et se prend comme sujet d'une proposition à laquelle elle applique l'attribut de l'existence. L'âme est principe de son acte de conscience, et partant productive ; elle est présentée dans l'acte de conscience comme objet-, d'où il suit, d'une certaine façon, que dans l'ordre idéal elle est produite: elle est à la fois et sous divers aspects principe et terme d'une action. — Cette exposition, plus ou moins fondée, a du moins le mérite d'être intelligible. Base du raisonnement : la pensée, essence de l'âme; c'est l'opinion de Descartes. Ainsi nous sauvegarderions sinon les expressions, au moins les idées du philosophe allemand. Par malheur, Fichte a pris soin de nous fermer cette issue. Voici ses propres paroles :
« Examinons toutefois la proposition : Je mis moi, (( Le moi est posé absolument ; si l'on admet que le moi, qui occupe dans la proposition précVîdente la place du sujet formel , désigne le moi posé absolument; si le moi qui se trouve à la place de l'attribut désigne le moi existant^ le jugement qui a une valeur absolue affirme que tous deux sont complètement une même chose , ou posés d'une manière absolue : le moi existe parce qu'il s'est posé lui-même. »
Tout jugement implique l'identité de l'attribut avec son sujet; mais dans la proposition : Je suis moi, l'identité se trouve non-seulement impliquée, mais constatée explicitement; c'est pourquoi nous devons la classer parmi les propositions identiques. En effet , ici l'attribut de la proposition n'explique
pas le sujet , elle le répète. Comment Fichte peut-il conclure que le moi existe parce qu il s'est posé? Nous voyons, il est vrai, que le moi disant \je suis moi^ s'affirme lui-même et ainsi se pose comme sujet et attribut d'une proposition; mais qui ne voit que poser en affirmant est autre chose que poser en produisant? Le sens commun , d'accord avec la raison, nous enseignent que l'affirmation n'est légitime qu à la condition d'impliquer l'existence de la chose affirmée. Confondre les idées affirmer et j^oser en produisant c'est tomber dans l'erreur la plus étrange.
133. Fichte, voulant dans une note expliquer sa pensée, ajoute ce qui suit : « La même chose a lieu relativement à la form^ logique de toute proposition. Dans l'équation A=A le premier A est ce qui se trouve posé dans le moi , soit absolument comme le moi lui-même, soit sur un fondement quelconque, comme tout non moi déterminé. Le moi joue ici le rôle de sujet absolu ; c'est pourquoi on nomme le premier A, sujet. Le second A désigne le moi se faisant lui-même objet de la réflexion, comme posé en soi, parce que lui-même a posé cet objet en soi. Le moi qui juge fait un attribut de quelque chose , non proprement de A, mais de soi-même; parce qu'en lui-même il trouve A ; et c'est pourquoi le second A se nomme attribut. Ainsi dans la proposition A=B, A est ce qui est posé dans le moment où la proposition est énoncée , et B ce qui était posé antérieurement : le mot est exprime la transition du moi , de l'acte du poser à la réflexion sur ce qui est posé.