CHAP. XVIII. — PANTHÉISME; FICHTE
auquel rien n'est opposé. C'est pourquoi tous les jugements dont le sujet logique est le moi limitable ou déterminable, ou quelque chose qui définisse le moi, doivent être définis ou limités par quelque chose de plus élevé; mais tous les jugements dont le sujet logique est le moi absolument inimitable ne peuvent être déterminés par rien de plus élevé ; le moi absolu n'étant déterminé par rien, ils sont fondés et définis absolument par eux-mêmes. » (I p., § 3.) Dernier résultat du système de Ficbte : le moi converti en un être absolu qui n'est déterminé par rien de supérieur, en un sujet illimité et inimitable, en un être infini ; le moi devenu Dieu.
Tout émane de ce sujet absolu, u En tant que le moi se pose comme infini , il ne se règle que sur le moi, et son activité est le fondement et la forme de tout être; le moi est donc infini en tant que s(m activité réagit sur elle-même, et sous ce point de vue, son activité est infinie, parce que son produit est infini (produit infini, activité infinie; activité infinie, produit infini) ; H y a là un cercle, mais non un cercle vicieux ; cercle que la raison ne peut franchir, parce qu'il exprime ce qui est absolument certain pour ellemême', produit, activité, agent, même chose sous des noms divers. Nous ne les distinguons que par le mot ; au fond, c'est l'activité pure du moi ; c'est uniquement le moi qui est infini ; l'activité pure est celle qui n'a aucun objet, qui réagit incessamment sur elle-même.
« En tant que le moi se pose des limites, et se pose
dans ces limites, sa faculté de poser ne se dirige point immédiatement sur lui-même -, elle se dirige sur un non moi qui lui doit être opposé. »
Qu'on nous permette de résumer tout ce qui précède par les paroles même de Fichte : a En tant que le moi est absolu, il est infini et illimité -, il pose tout ce qui existe-^ ce qui! ne pose point n existe pas pour lui, et hors de lui il ny a rien. Tout ce qu'il pose, il le pose comme le moi , et il pose le moi comme tout ce qu'il pose ] par conséquent, le moi, sous cet aspect, embrasse toute réalité, c'est-à-dire une réalité infinie et illimitée. En tant que le moi s'oppose à lui-même un non moi , il pose nécessairement des limites, et il se pose lui-même dans ces limites. Il répartit entre le moi et le non moi la totalité de ce qui est posé en c^énéral (lll p. , Principes de la connaissance pratique , §5, 14, p. 199.)
143. C'est ainsi que Ficbte détruit en quelques mots la réalité du monde extérieur qui n'est plus qu'une modification, qu'un développement de l'activité du moi -, faut-il s'arrêter plus longtemps à combattre une doctrine aussi monstrueuse, que nulle preuve n'établit ou n'appuie? Je ne le pense pas, surtout après avoir posé, comme nous l'avons fait , sur des bases solides la démonstration de l'existence du monde extérieur, après avoir expliqué l'origine et le caractère des faits de conscience, sans avoir recours à ces absurdités (Livres 11, lll et IV).