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CHAP. XIX. — KICHTE ET KANT

ses principes. On peut lire dans cette note les paroles mêmes de Kant; je laisse chacun juge de la solidité de la défense.

148. Quoi qu'il en soit, l'opinion que j'exprime ici sur les rapports du panthéisme moderne avec les principes de la Critique de la raison pure est confirmée par les Allemands eux-mêmes. Voici comment s'exprime M. de Rosenkranz sur l'œuvre du philosophe de Kœnigsberg, la Critique de la raison pure : « Les résultats de l'esthétique et de la logique transcendantale tirent de ces profondeurs , relativement aux grands problèmes de la théologie, de la cosmologie, de la morale et de la psychologie, une importance que ne soupçonne même point l'intelligence alourdie de la plupart des admirateurs du philosophe. Ils ne comprennent point l'enchaînement d'idées qui rattache la Théorie de la science de Fichte, le Système de Vidéalisme transcendantal de Schelling, la Phénoménologie et la Logique de Hegel, la Métaphysique de Herbart , à la Critique de Kant

« On peut dire en particulier de l'Angleterre et de la France philosophiques, qu'elles ne comprendront rien au développement de la philosophie allemande depuis Kant, avant d'avoir pénétré dans la Critique de la raison pure , parce que nous autres Allemands, nous avons toujours nos regards tournés de ce coté.

« Pour s'orienter dans le labyrinthe des rues d'une grande cité, il faut s'aider des temples, des palais et

surtout des tours qui les dominent. — C'est ainsi qu'il est impossible de faire un pas, sans s'égarer, dans le labyrinthe de la philosophie et des opinions contemporaines, si Ton ne tient ses regards fixés sur la Critique de la raison jmre,

« Fichte, Schelling, Hegel, Herbart, ont fait de cet ouvrage le centre de leurs opérations, tant pour l'attaque que pour la défense. » (Préface de l'édition de Leipzig de 1838.)

149. Je ne veux point dire par là que les philosophes allemands postérieurs au professeur de Kœnigsberg n'aient rien ajouté à la Critique de la raison pure (voyez Liv. I, ch. vu). Fichte est plus obscur, parce qu'il a dépassé son maître, faisant abstraction de toute objectivité, tant interne qu'externe, et se plaçant dans je ne sais quel acte primitif pur d'oii il veut tirer toutes choses^ Kant n'anéantissait point d'une manière aussi absolue Tobjectivité du monde intérieur, et c'est pourquoi ses observations sont moins incompréhensibles et présentent même çà et là quelques points lumineux -, j'en ai dit assez pour mettre à découvert l'influence funeste des œuvres de ce philosophe. Loin d être le restaurateur du spiritualisme et de la saine philosophie, il a fondé l'école la plus désastreuse et la plus dissolvante. Rant serait un écrivain dangereux, le plus dangereux des écrivains peut-être, si l'obscurité de ses idées, augmentée de l'obscurité de l'expression, ne rendait la lecture de ses écrits insupportable à l'immense majorité des lecteurs, y compris les philosophes eux-mêmes.

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