CHAP. XXI. — ARGUMENTS PANTHÉISTES
conclut à l'unité, parce que l'idée d'être est absolue et embrasse toutes choses ? Pur sophisme dans lequel on passe de l'ordre idéal à l'ordre réel : le panthéiste convertit en un être absolu une idée abstraite et indéterminée. Pour avoir une notion complète de cette idée, et des rapports de cette idée avec la réalité voyez ce que nous avons dit au livre V, en parlant de l'idée de l'être.
166. Spinosa, Fichte, Cousin, Krause, tous ceux enfin qui professent le panthéisme sous quelque forme que ce soit, partent d'une définition fausse de la substance. On ne peut assez redire combien il importe d'avoir des idées claires et distinctes sur cette définition. Là est la source de Terreur des panthéistes comme aussi le secret de les arrêter dès le prtîmier pas.
Allez au fond des choses, étudiez les principes \ vous serez stupéfait en voyant dans leur nudité misérable les systèmes qui troublent le monde scientifique. Je prie le lecteur de ne point perdre de vue les doctrines que nous avons résumées au chap. xiv.
167. La définition de la substance et la notion de Tinfini ont une importance à peu près égale. On ne saurait croire combien Ton abuse de ce mot infini sans se donner la peine d'expliquer ni les sens qu'on lui donne, ni son origine, ni la légitimité des applications qu'on en fait. Les arguments que les panthéistes prétendent établir sur l'idée de Tinfini s'évanouiront comme la fumée, si vous comprenez à fond le caractère, l'origine et l'application de cette idée. (Voy. tout le livre VIIL)
168. Je terminerai par cette observation. C'est une conviction profonde de mon esprit que les systèmes les plus funestes en philosophie naissent de la confusion des idées, de la su perfici alité avec laquelle on traite les points les plus fondamentaux de l'ontologie, de l'idéologie et de la psychologie. Ma pensée dominante, dans le présent ouvrage, a été de prémunir contre ce danger la jeunesse studieuse de mon pays -, voilà pourquoi je me suis arrêté si longtemps sur les fondements de la philosophie^ négligeant autant qu'il m'a été possible les questions secondaires. Celles-ci se résolvent d'elles-mêmes lorsqu'on possède des idées exactes et claires sur les idées fondamentales de la science humaine ^
» Voyez la note sur le livre IX , à la fin du volume.