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CHAPITRE vin. — l'identité UNIVERSELLE. 7â

l'acte de la pensée, soit qu'elle disparaisse et laisse à lui-même l'acte direct. Donc ces actes sont plus que distincts -, ils peuvent se séparer : donc la dualité du sujet et de l'objet n'existe pas seulement vis-à-vis du monde extérieur, mais encore dans le plus intime , dans le plus vif de notre àme.

95. Que l'on ne dise point que la réflexion a pour objet, non un acte déterminé , mais la pensée en général -, nous ne pensons pas seulement que nous pensons , mais que nous pensons à une chose déterminée -, et , dans les cas même où la réflexion pre^nd pour objet la pensée en général, la dualité persiste : l'acte subjectif est alors un acte individuel, existant en un point déterminé du temps , et son objet est la pensée généralisée , c'est-à-dire une idée qui représente toute pensée , une idée dans laquelle se trouve comme une sorte de souvenir de tous les actes passés, ou de ce que Ton nomme activité, force intellectuelle. Donc , la dualité se manifeste plus évidente encore , s'il est possible, que lorsque l'objet de la réflexion est une pensée déterminée. Dans ce dernier cas. la comparaison s'établit entre deux actes individuels ; ici , l'on compare un acte individuel avec une idée abstraite, une chose qui existe en un point précis du temps avec une idée qui fait abstraction du temps, ou qui contient, d'une manière confuse, tout ce qui s'est passé depuis le réveil de la conscience.

96. Ces raisonnements ont encore plus de valeur contre les philosophes qui placent l'essence de l'esprit non dans la force pensante, mais dans la pensée;

qui n'accordent au moi l'existence qu'en tant qu'il se connaît lui-môme , affirmant quil existe parce qu'il se pose en se connaissant, et qu'il n'existe qu'en tant qu il se pose, c'est-à-dire en tant qu'il se connaît. De ce système résulte non-seulement la dualité , mais la pluralité des actes et du moi ; car ce moi est un acte, et les actes se déroulent à l'infini comme des flots sur une mer sans rivages.

Ainsi, loin de garantir l'unité absolue et l'identité du sujet et de l'objet, on établit la pluralité et la multiplicité dans le sujet même \ et l'unité de la conscience, en péril, cherclie contre les sophismes philosophiques un asile à l'ombre de l'invincible nature.

97. Il reste donc prouvé, d'une manière incontestable, qu'il y a en nous duahté primitive entre le sujet et l'objet, que la connaissance serait un phénomène incompréhensible sans cette dualité \ que la représentation même est un mot contradictoire , si l'on n'admet, au plus profond de l'inteUigence, des choses réellement distinctes. Qu'il me soit permis de rappeler que le type sublime de cette distinction nous est oftert dans le mystère auguste de la Trinité, dogme fondamental de notre religion sainte. Ce dogme lumineux est recouvert d'un voile devant lequel notre raison s'incline \ toutefois, les rayons qui s'en échappent jettent un jour plein de merveilles -, si le mystère ne peut être expliqué , il est lui-même une explication sublime. Platon doit aux lueurs qu'il sut entrevoir et ravir à ce fover divin ses titres les plus légitimes à notre admiration \ c'est ainsi que

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