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La seule activité que nous puissions conce

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voir dans les corps, c'est un principe de changements propres ou étrangers, et il ne nous est pas donné d'en avoir une connaissance intuitive.

En effet, nous ne sommes en rapport avec les corps qu'au moyen des sens, lesquels nous offrent seulement deux ordres de faits par rapport à la nature physique : faits subjectifs, c'est-à-dire nos impressions, nommées sensations : on les attribue à l'action des corps sur nos organes 5 faits objectifs, c'est-à-dire l'étendue, le mouvement et les différentes modifications que nous découvrons au moyen des sens dans les choses étendues qui se meuvent. Ni la première classe de faits, ni la seconde, ne nous donnent l'idée intuitive de l'activité des êtres corporels.

Les faits subjectifs que nous nommons sensations

sontimmanents, c'est-à-dire se trouventennousetnon dans les choses ; en tant que subjectifs, ils ne nous disent pomt ce qui est hors de nous, mais ce qui est en nous. Supposât-on que les sensations sont véritablement un effet de l'activité des corps, cette activité ne se trouve point représentée dans l'effet lui- même. Lorsque le feu réchauffe notre main, nous avons une perception intuitive de la sensation de chaleur, en tant quelle se trouve en nous. Dans la supposition que cette sensation soit réellement un effet de l'activité du feu, nous connaissons le rapport de notre sensation avec cette activité considérée en général et d'une manière indéterminée comme origine de notre sensation , mais nous ne connaissons point intuitivement l'activité en elle-même, parce que celle-ci, comme telle, n'est

point représentée dans notre sensation. Il en est ainsi des faits objectifs, c'est-à-dire de l'étendue, du mouvement, de tout ce qui est conçu par nous, non comme appartenant à notre sensation, mais à l'objet même de la sensation; ces faits ne nous donnent aucune idée intuitive de l'activité des êtres corporels. Les modifications de l'étendue, à savoir les figures, le mouvement avec les accidents qui l'accompagnent, et en général, tous les phénomènes du monde corporel sont les changements et les rapports de ces changements, ils ne sont point le principe même de ces rapports ou de ces changements. Le corps A en mouvement choque le corps B qui est en reposa après le choc celui-ci commence à se mouvoir. Je ne m'enquiers point si le choc de A a déterminé le mouvement de B; mais ce que je puis affirmer, c'est que nous n'avons pas l'intuition de l'activité, cause efficiente du mouvement. Que nous apprennent nos sens sur le corps A? Qu'il s'est mùavec telle ou telle vitesse jusqu'au point M où se trouvait le corps B. Que nous apprennent-ils sur le corps B ? Qu'il a commencé à se mouvoir dans l'instant où le corps A est parvenu au point M. Jusqu'à présent nous n'avons que des rapports d'espace et de temps entre deux objets étendus A et B. Où donc est l'intuition de l'activité de A et de son action sur B? Elle nous manque d'une manière absolue. Nous pourrons, à l'aide du raisonnement, de l'analogie, et par des considérations d'ordre, de convenance ou autres semblables, nous pourrons, dis-je, étabUr avec plus ou moins de solidité que le corps A comprenait une activité, cause du

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mouvement du corps B-, mais nous aurons par là une idée indéterminée de l'activité 5 nous n'obtiendrons point une intuition de l'activité.

138. Les observations qui précèdent sont concluantes par rapport aux phénomènes physiques, quels qu'ils soient. Que Ton prenne celui qui nous semble présenter, de la manière la plus vraisemblable, une véritable activité^ l'analyse nous fera toucher au doigt que notre intuition s'arrête aux simples rapports de l'étendue dans l'espace et dans le temps.

Tous les corps sont pesants, c'est un fait d'expérience. Connaissons-nous intuitivement le ])rincipe de la pesanteur? En aucune sorte. Examinons ce phénomène dans Tordre subjectif et dans l'ordre objectif. Que trouvons-nous dans la pesanteur en tant (jue sentie par nous? Rien, sinon cette affection que nous nommons poids, c'est-à-dire une pression sur nos membres. Et dans la pesanteur considérée objectivement? Les corps se dirigeant vers un centre avec plus ou moins de vitesse, selon les circonstances-, lait purement interne, à savoir la sensation désagréable de poids ou de pression, ou purs rapports d'objets étendus dans l'espace et dans le temps.

139. Le feu brûle les corps et les réduit en cendres. Quoi de plus propre à nous donner l'idée d'une activité ? Toutefois, pouvons-nous dire que nous connaissions intuitivement cette activité ? D'aucune sorte. Dans Tordre subjectif nous avons la sensation douloureuse de brûlure, laquelle en soi est un phénomène purement interne : dans Tordre objectif, désorgani-

sation des corps brûlés, c'est-à-dire changements dans le volume, la figure, la couleur et les autres qualités en rapport avec nos sens : cela nous donne peut-être certains effets de l'activité, mais non l'activité elle-même.

i40. La lumière, en se réfléchissant sur un objet, vient frapper nos yeux et peint sur la rétine l'objet dans lequel elle se réfléchit. Avons- nous l'intuition de l'activité de la lumière ? En aucune sorte. Dans l'ordre subjectif, je constate la sensation que l'on appelle voir; dans l'ordre objectif, la forme, la figure et les autres rapports de l'objet dans l'espace j que si je veux considérer la lumière en elle-même, je me trouve en présence d'un fluide dont les rayons prennent telle direction , en vertu de lois déterminées , mais je n'ai pas la connaissance intuitive de l'activité de la lumière. J'ai besoin de me prouver l'activité par des raisonnements qui dépassent la portée de notre intuition.

141. Les quatre intuitions suivantes: sensibilité passive, sensibilité active, intelligence et volonté (liv. IV, ch. 22) , se réduisent à deux ; étendue et conscience ; en comprenant dans l'étendue toutes les modifications qu'elle comporte, et dans la conscience tous les phénomènes internes appartenant à l'être sensitif ou intellectuel, en tant que ces phénomènes se trouvent dans ce fond commun qui se nomme conscience. Ainsi nous connaissons d'une manière intuitive deux modes d'être : la conscience et l'étendue ^ la conscience a son siège en nous-mêmes, c'est

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un fait subjectif \ l'étendue est hors de nous, elle est attestée par les sensations, et en particulier [>ar les sensations de la vue et du toucher.

142. La classification de ces deux intuitions nous aidera merveilleusement à distinguer ce qui est actif de ce qui est inerte. La conscience nous offre un type d'activité véritable-, l'étendue, en tant qu'étendue, un type de véritable inertie; l'idée conscience révèle l'idée d'une activité, indépendamment de toute autre chose. Il n'en est point ainsi de l'étendue ; l'étendue nous apparaît comme pouvant subir de nombreuses modifications sans être le principci d'aucune de ces modifications ; pour avoir l'idée d'une activité corporelle, il nous faut sortir de l'idée pure d'étendue et invoquer en général un principe de changement ; ce qui n'a rien à voir avec l'intuition de l'étendue.

143. Ainsil'activité delà conscience estla seule activité dont nous ayons une connaissance intuitive ; nous n'avons qu'une idée vague des activités corporelles. Les mots action, réaction, force, résistance, impulsion, expriment des rapports indéterminés, hîsquels ne représentent rien de fixe, sinon dans leurs effets. Les mécaniciens apprécient et distinguent les forces par des hgnes ou par des nombres, c'est-à-dire par le résultat soumis au calcul. Newton lui-même, en établissant le système de fattraction universelle, confesse son ignorance sur la cause immédiate du phénomène, et se borne à constater les lois aux([uelles les mouvements des corps sont soumis.

144. Dans les êtres changeants, l'activité se présente à nous comme un principe de transformations pour rindividu lui-même ou pour les objets extérieurs, c'est-à-dire comme une surabondance d'être qui va se développant, et qui se perfectionne en proportion de son développement. L'esprit humain nous en fournit un exemple. L'enfant qui vient de naître reçoit , d'une manière confuse, les impressions de tout ce qui l'entoure, i^ répétition de ces impressions développe son activité ; ce qui était obscur s'éclaircit, ce qui était confus se coordonne, ce qui était faible se fortifie ^ la comparaison commence, la réflexion grandit , et cet être inintelligent et presque insensible s'élève, se perfectionne ; ildevient l'homme et son génie étonne le monde. Les matériaux lui sont venus du dehors ; mais à quoi auraient-ils servi si ce vivant foyer d'activité que l'on appelle l'àme ne les eût transformés et n'eût tiré d'eux des produits neufs et parfaits ? La nature présente les mêmes phénomènes à la brute grossière et à Newton ; or, ce qui , pour la brute, ne sort pas de la sphère des sensations, devient, pour le penseur, le point de départ des plus sublimes et des plus merveilleuses théories.

145. L'être actif implique virtuellement les perfections qu'il doit acquérir; un germe imperceptible contient l'arbre géant ^ le développement du germe tient à des circonstances de terrain et de climat -, mais l'être inaclif ne se peut rien donner -, il est dans un état et il y reste jusqu'à ce qu'un agent change cet état ', et alors il reste dans l'état nouveau jusqu'à ce

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qu'une activité nouvelle, venue du dehors, le lui enlève et lui en communique un autre.

146. L'activité est un principe de déterminations propres ou étrangères : ce principe peut agir de deux manières : avec ou sans intelligence. L'être actif est-il intelligent , son inclination vers le connu se nomme volonté. Cette inclination se porte vers l'objet, nécessairement ou librement ^ dans le premier cas, elle est spontanéité nécessaire -, dans le second , sponi anéité libre. Donc , il n'y a point hberté par cela seul qu'il n'y a point contrainte ^ il faut encore qu'il y ait absence de toute nécessité même spontanée ; la volonté a dû pouvoir désirer ou ne point désirer l'objeït; enlevez cette condition, vous détruirez le libre arbitre.

147. Il est à remarquer que notre intuition extérieure se rapporte uniquement à ce qui est inactif, à l'étendue \ et notre intuition intérieure à ce qui est actif, à la conscience. Au moyen de la première, nous avons connaissance d'un substratum de changement, puisque les changements semblent s'opérer dans retendue.

Par la seconde, ce ne sont point les sujets que nous connaissons intuitivement, mais les changements eux-mêmes. L'unité du sujet de ces changements nous est donnée par le raisonnement. Mais nous ne voyons point cette unité d'une manière intuitive. (Liv. IX, chap. vi, vu, ix, xi).

L'étendue en tant qu'étendue se présente à nous comme simplement passive : la conscience en tant que conscience est toujours active j car dans les circon-

sUnces même où elle nous semble plus particulièrement passive, comme dans les sensations, elle implique activité; c'est par elle que le sujet se rend compte à lui-même, tant explicitement qu'implicitement, de l'affection éprouvée.

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