DE LA CAUSALITÉ INTERNE
164. La conscience atteste l'existence, en nous, d'une faculté, laquelle produit certains phénomènes internes. Concentrons notre attention au moyen d'un
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acte libre de la volonté; l'image et la pensée naissent aussitôt. Les œuvres d'imagination prouvent in\ inciblement notre activité interne. Les sensations iournissent les matériaux, mais l'imagination les met en œuvre; l'imagination, c'est-à-dire nous-mêmes. Certes, si l'homme est dépourvu d'activité, il est le jouet de la nature ; pourquoi nous montre-t-elle à nousmêmes comme des êtres essentiellement actifs?
Nos souvenirs sont à eux seuls une preuve de notre activité. Nous voulons, et l'imagination excitée remet sous nos yeux, dans leurs moindres détails, les pays que nous avons visités. Ces images existaient déjà dira-t-on peut-être, il ne s'agissait que de les réveiller • mais au moins n'existaient-elles point en acte, puisque nous n'en avions pas une conscience actuelle, et que pour obtenir leur réapparition, il a été besoin en même temps qu'il a suffi d'un ordre de la volonté. Ce quelque chose qui a été ajouté à leur état habituel est le produit de notre volonté en nous.
Le mode de production nous est inconnu, j'en conviens; mais la conscience atteste que la production relève immédiatement d'un acte de notre volonté. Il en est de même de tous les souvenirs; si nous ne pouvons les évoquer à notre gré, cela prouve seulement que nos facultés actives ont certaines limites, qu'elles sont soumises à certaines conditions dont elles ne peuvent s'affranchir.
16S. Mais laissons les souvenirs; qui ne sait comment nos idées s'élaborent dans la méditation? Après
de longues heures de réflexion sur un objet, nos idées 1.1. 2^
sont-elles les mêmes qu'au début? Nous n'avons appelé à notre aide aucun secours extérieur-, et cependant, par la seule force de la réflexion, nos idées se sont dégagées claires et distinctes du sein de la confusion ^ on a beau dire que les idées nouvelles sont le résultat d'autres idées qui se trouvaient déjà dans notre esprit^ par là on n'infirme en rien l'existence d'une véritable activité dans l'entendement, parce que ce résultat, quelle qu'en soit Forigine, est toujours une cbose nouvelle : il s'est produit dans l'àme un nouvel état ^ d'une ignorance entière ou d'une connaissance confuse, l'àme passe à une connaissance parfaite. Le rapport de la sous-sécante à la sécante, et de la sous-tangente à la tangente dans une courbe sont des idées géométriques à la portée des esprits les plus ordinaires -, il en est ainsi de la ressemblance des triangles que l'on imagine afin de comparer les fignes entre elles, ou de l'approximation successive de la sous-sécante et de la sous-tangente. Mais qu'il y a loin de là au calcul infinitésimal ! Eh quoi ! les génies qui ont franchi cette distance n'ont rien pensé de nouveau, parce qu'ils avaient en eux les éléments dont la combinaison produit cette théorie !
166. Il n'est point de phénomène où l'activité productive paraisse avec plus de clarté que dans les actes de la volonté hbre. A quoi se réduit la liberté, si l'àme ne produit point ses volitions? Admettez qu'elles sont produites dans Tàme par un autre être, que Tàme n'en est que le sujet, la hberté n'a pas de sens. Il est contradictoire d'accorder la liberté de l'àme et de nier