‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 563 sur 607 · CHAP. XVUI. — CAUSALITÉ FINALE · texte numérisé non relu

CHAP. XVUI. — CAUSALITÉ FINALE

quer; de faire l'aumône ou de dérober le bien d'autrui j d'être fidèle à son ami ou de le trahir 5 de mourir pour sa patrie ou de la vendre à l'ennemi 5 de respecter les lois de la pudeur ou d'insulter à la pudeur ; d'être sobre ou intempérant-, de soumettre tous les actes de sa vie au frein de la modération ou d(î suivre l'entraînement des passions les plus effrénées. Raisonnements, subtihtés, arguties, rien ne peut effacer la hgne qui sépare ces ordres de faits : le sophiste a beau s'agiter, appeler à son aide toutes les ressources de l'imagination, rien ne résiste à la puissance de la nature qui dit à l'insensé : Tu n'iras pas plus loin.

201. Admettons qu'il n'y ait point de diflférence intrinsèque -entre le bien et le mal : moraUté, immoralité, sont des mots vides de sens, ou du moins de pures conventions humaines ! — Mais exphqu(iz alors le calme du juste et les remords du méchant? D'où viennent l'amour et le respect pour ce que notre langue nomme vertu, et notre aversion pour ce qu'elle appelle vice ?

Eh quoi! l'amour paternel, le respect filial, l'amitié, la compatissance pour le malheur, la reconnaissance, l'horreur que nous inspirent un père cruel, un fils parricide, une épouse adultère, un ami déloyal, un traître à la patrie, une main souillée de sang, l'oppression du faible, le délaissement de l'orphelin, l'ingratitude; tous ces sentiments ne nous disent-iîs pas avec une invincible autorité que la main du Tout- Puissant a gravé, elle-même, dans nos âmes, les idées de l'ordre moral, qu'eUe en a fait, pour ainsi dire, une

sorte d'instinct qui devance la réflexion et nous conduit à notre insu ?

202. L'examen des fondements de la morale présente, j'en conviens, des difficultés graves -, la science du bien et du mal est un des points les plus mystérieux et les plus obscurs de la philosophie ; mais les difficultés ne prouvent point contre la vérité. On ne nie point Texistence d'un édifice, bien qu'on ne puisse découvrir la profondeur de ses fondements. Il y a plus; cette profondeur même est un indice de la solidité de rédifice, une garantie de sa durée.

Nous venons de démontrer, à priori^ par les sentiments les plusintimesdu cœur humain, la différence profonde qui sépare le bien du mal. Que l'on juge maintenant, par le contraste, la valeur de cette opinion et de l'opinion contraire.

Admettons Tordre moral et supposons que tous les hommes règlent leur conduite sur ce préjugé : le monde devient un Éden -, les enfants d'Adam vivent en frères ^ ils usent avec sobriété des présents du ciel, se faisant part de leur bonheur et s'aidant à supporter l'infortune-, l'individu, la famille, la société, tout est en harmonie ^ si l'ordre moral est un préjugé, confessons-le, jamais préjugé n'eut des conséquences plus grandes, plus salutaires, plus séduisantes; si la vertu est un mensonge, jamais mensonge ne fut plus utile, plus beau, plus sublime, plus consolant.

203. Mais venons à la contre-épreuve ; le préjugé s'est effacé de l'esprit et du cœur des hommes-, il est banni de Y entendement et de la volonté et des œuvres :

Page 1