‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 569 sur 607 · La théorie qui précède donne la raison du · texte numérisé non relu

La théorie qui précède donne la raison du

double caractère que présente l'ordre moral : l'absolu et le relatif. La raison, le sens commun, tous les sentiments de l'àme nous forcent à reconnaître, dans 1 ordre moral, quelque chose d'absolu, tout à fait en dehors de la considération de l'utile. Cela s'explique lorsqu'on s'élève à un calcul absolu, de perfection absolue, et que Ton considère la moralité des créatures comme une participation de cet acte. L'(;xpérience et la raison nous enseignent que la moralité des actes a des résultats utiles; ce qui s'explique par cette considération, que dans cet acte absolu se trouve compris l'amour de l'ordre, sans lequel les êtres créés ne peuvent accomplir leurs destinées. Cet ordre est donc en même temps voulu de Dieu et en rapport avec la fin spéciale de chaque créature 5 donc il est en même temps et moral et utile,

271. Mais ces deux caractères se conservent toujours essentiellement distincts : nous sentons le premier 5 nous calculons le second. Le premier vient-il à nous manquer, nous sommes méchants; malheureux quand le second nous fait défaut. La conséquence lâcheuse qui nous atteint est châtiment lorsque notre volonté a sciemment violé l'ordre; autrement, elle n est qu'un malheur,

272. J'ose penser que cette théorie est plus aitisfaisante que certaines explications de la nature absolue de la moralité, données par quelques philosophes modernes. J'ai eu besoin de l'idée de Dieu, il est vrai, parce que je ne conçois pas l'ordre moral en dehors de cette idée. Otez l'idée de Dieu, la morahté n'est

qu'un sentiment aveugle, aussi absurde dans son objet qu'en lui-même. Toute explication scientifique de la moralité doit reposer sur Vidée de Dieu. La philosophie qui n'invoquera point cette idée devra se borner à constater le fait, la nécessité du fait-, elle n'ira pas

plus loin.

273. J'ajouterai une observation qui résume toute ma théorie et la distingue des autres systèmes qui reconnaissent pareillement Dieu comme fondement de Tordre moral, et l'amour de Dieu commele premier des devoirs. Ces systèmes établissent une différence entre la moralité et l'amour de Dieu -, et je prétends que cet amour constitue V essence de la moraUté. Ainsi j'affirme que la sainteté infinie est essentiellement l'amour que Dieu se porte à lui-même \ que l'acte premier et essentiellement moral de la créature est l'amour de Dieu-, que la moralité de tous ses actes consiste dans leur conformité explicite ou implicite avec la volonté de Dieu, c'est-à-dire dans l' amour de Dieu explicite ou implicite. L'un des résultats les plus remarquables de cette théorie qui place l'essence de la moralité dans l'amour de Dieu ou du bien infini, c'est qu'elle efface toute différence entre la forme des propositions métaphysiques et des propositions morales, en prouvant comment les formules on doit, il faut, des propositions morales, se résument dans la formule absolue est des propositions métaphysiques (V. 210, 211 ,212et 143). Voici l'application de ce résultat important. Cette proposition : a II est moralement bon d'aimer Dieu, » est une proposition absolue et identique, parce

que la liberté morale n'est autre que l'amour de Dieu.

Celle-ci : a Ik«^ bien d'aimer son prochain, . rentre dans la première, parce que l'amour du prochain est une certame manière d'aimer Dieu.

Cet autre : « Il est bon de secourir son prochain h rentre dans la précédente, parce que secourir, c'est aimer.

^ La proposition :« L'homme <i?oi^ conserver sa vie » s'explique par cette autre proposition absolue : « La conservation de la vie de l'homme est voulue de Dieu. « Ainsi le mot doit signifie : Nécessité pour

homme de conserver sa vie, s'il ne veut s'opposer à I ordre de Dieu.

Ces exemples suffisent pour montrer combien il est tacile de résumer les propositions morales sous une iorme absolue; or, je ne vois pas comment on pourrait l'obtenir, si au heu de dire : « L'amour de Dieu est la moralité même, » on disait : « L'amour de Dieu est un acte moral, >, en établissant une distinction entre l'amour de Dieu et la moralité.

274. Que l'on porte de cette exphcation tel iiiaement que l'on voudra, toujours est-il que, même dans 1 ordre purement naturel et philosophique, elle fait ressortir la sagesse profonde de la doctrine du divin maître, laquelle pose l'amour de Dieu comme le plus grand et le premier des commandements, et donne 1 accomplissement de la volonté divine comme le caractère spécial du bien moral.

275. L'amour une fois reconnu comme essence de la moralité, le bien moral doit nous apparaître dans

toute sa beauté sainte. Est-il rien de plus beau que ramour? Et parce que rien n'est plus délicieux que l'amour, le bien moral ne doit-il pas être doux à l'âme? Comprenez-vous maintenant pourquoi, dans Tordre moral, les idées de désintéressement et de sacrifice se présentent avec une beauté entraînante, et pourquoi nous repoussons d'instinct la tbéorie de l'intérêt personnel? Rien de plus désintéressé, rien déplus généreux que l'amour.

276. Ainsi l'égoïsme est proscrit de l'ordre moral : Dieu s'aime lui-même, parce qu'il est infiniment parfait -, bors de lui, tout ce qui est digne d'amour, il l'a créé. L'amour qu'il a pour ses créatures est désintéressé, parce qu'il n'en peut rien recevoir. La créature s'aime elle-même, et elle aime aussi les autres créatures -, mais son amour n'est point égoisme, elle aime en soi et dans les autres le reflet du bien infini. Elle aspire à s'unir avec le bien suprême, terme de sa félicité-, mais elle rattacbe ce désir à l'amour du bien suprême en soi, et elle ne l'aime point uniquement en vue d'une félicité personnelle.

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