L*EXISTENCE ET LA PENSÉE. PRINCIPE DE DESCARTES
163. Suis-je certain de nion p^iistence? Oui. Puisje prouver mon existence? Non, Toute preuve snppose un raisonnement, (ayt, raisjQnne;ment un priii-r
* Voyez la note XVI, à la fm du velume.
cipe solide sur lequel il s'appuie ; or, où prendre ce principe si Ton ne suppose l'existence de l'être qui raisonne? Comment celui qui raisonne sera-t-il certain de l'existence de son raisonnement s'il ne peut l'être de sa propre existence ? Donc, en dehors de cette certitude, point de principe sur lequel on puisse prendre pied. Tout n'est qu'illusions; que dis-je? l'illusion suppose un être qui se trompe.
164. Croire que nous pouvons prouver toute vérité à l'aide de la raison est une erreur grave. Les principes sur lesquels la raison s'appuie préexistent à l'emploi de la raison ; la raison elle-même et l'être qui raisonne préexistent à ces principes, comme à l'usage de la raison. Loin que toutes choses se puissent démontrer, on prouve facilement que les vérités les plus certaines échappent à toute démonstration. La démonstration est un raisonnement par lequel certaines propositions évidentes mettent en lumière une proposition évidemment hée à celles-ci. Supposer que les prémisses peuvent ou doivent être démontrées, c'est rejeter la difficulté sur le point de départ, lequel est ou n'est point évident par luimême -, et ainsi toujours. Ou il faut s'arrêter à une proposition qui ne se peut démontrer, ou procéder jusqu'à l'infini, c'est-à-dire renoncer à la démonstration.
165. Il est à remarquer que ce ne sont point seulement certaines prémisses qui se montrent ainsi rebelles à toute démonstration -, cette impossibilité se retrouve dans la nature même de tout raisonne-