CHAPITRE XVII. -^PRINCIPE DE DESCARTES. iM
l'existence. - — Et cela, comment le savez-vc>us? ■^-- Ce qui n'existe point n'agit pas. — Et cela encore^ comment le sait-on ? Si vous supposez que l'on doute de toute chose, que l'on ne sait rien, on ne peut ad* mettre comme vrais les principes énoncés; en d'autres termes, vous portez atteinte à la supposition dû doute universel, vous sortez de la question. Que si l'un de ces principes doit être admis sans preuves , pourquoi n admettez-vous point sur-îe-ehanpifp votre propre existence, vous affranchissant ainsi du travail de k pFOuver par un enthymème ? »
En second lieu, comment savez-vous que vous pensez? Ne pourrait-on pas opposer cet argument au votre : « Rien ne peut penser sans exister ; or, vous doutez de votre existence, puisque vous cherchez à la prouver; donc vous n'êtes point certain de penser. »
168. Il est vrai, le principe de Deseartes, c<3»nsidéré comme un véritable raisonnement, ne se peut soutenir. Mais comment croire que cet e^rit lucide et pénétrant n'en eût point aperçu la faiblesse? Que l'on me permette d'interpréter sa pensée.
Après avoir, pour ainsi dire, fermé son jugement à toute certitude antérieure ou présente, D<^scartes, s établissant dans un doute universel, se reeueflkit en lui-même et cl^rchait au fond ée son àme im point d'appui sur lequel il pût établi* l'édifiice des connaissances humaines. S'il nous est possible de l'aire abstraction de tout ce qui nous entoure, nous ne pouvons nous dépouiller et de nous-mêmes et de notre
esprit, qui s'apparaît avec d'autant plus de clarté que nous nous détachons plus parfaitement des objets extérieurs. Dans cet état de concentration, d'absorption intérieure, le philosophe, se refusant à toute affirmation, abdiquant toute connaissance acquise, demandant s'il existe quelque chose de certain, une base, un point d'appui, se trouve en présence de sa propre pensée, dont il a conscience, en présence des actes mêmes de l'âme, enfin de ce que l'on nomme penser,
{( Je veux douter de toutes choses, dit-il intérieurement^ je m'abstiens de toute négation comme de toute affirmation 5 je m'isole de tout ce qui m'entoure, parce que j'ignore si ce qui m'entoure n'est pas une illusion. Mais, dans cet isolement même, je me trouve avec le sentiment intime de mes actes intérieurs, en présence de mon propre esprit ; je pense, donc je suis ^ je pense, et je sens ma pensée d'une manière qui ne permet ni doute, ni incertitude-, donc je suis, c'est-à-dire le sentiment de ma pensée me fait certain de mon existence. )>
169. Ainsi, Descartes ne présente point son principe comme un enthymème, mais comme la constatation d'un fait qui lui semble le premier dans l'ordre des faits, et lorsque de la pensée il infère l'existence, ce n'est point par une déduction proprement dite-, il l'étabUt comme un fait contenu dans un autre fait, exprimé par un autre, ou pour mieux dire, identique
à un autre.
J'ai dit identique^ car telle est la pensée de Des-