CHAPITRE VU
De l'acte le fhu timple de la pensée et de ses conditions,
§ 91. Dès que l'homme a acquis la conscience du moi jjar la réflexion aclivc de lui-même, quand il peut diriger volontairement le regard de son esprit sur les phénomènes extérieurSy sur les images qui paraissent dans son entendement, sur les modifications ou les actes de sa personne, alors il devient capable d cxcj cxii les fonctions de la raison , c'est-à-dire de penser. Pour cela il observe les iait^, les esiamine dans leur dévelc^pement» les décompose en'leuuB parties, I^ compare entre eux et les combine de toutes ma-
nièrcs pour en saisir les rapports et les diiVérence^, s'expliquer oommenl ils se produisent, et les reproduire avec le mdnie ordre dans son enteodemeAI et parle disomim» Les principes et les causes, les effets, les conséquences, les résulta ts, et l'enchaînement de toutes ces choses, voilà ce que i'étrc raisonnable est poussé par sa nature à m^ercher eurieusemenL Connaître ce qui est, eatpliquer ce qui se fiitt, tel est le but de toutes les opérations de la pensées
S 92. Toutes les fonctions de la pensée se ramènent à un seul acte, juger. On ne pense que pour arriver à un jugement, et chaque opération de i'esprit affirme ou nie quelque chose. Juger c'est percerotr un rapport ou une différence; on juge en «discernant. Discerner e^est distinguer, séparer, puis ;q>[M()uver ou admettre telle cliose de préi'érence à. telle autre. Le discernement qui est subjectif suppose diversité, opposition entre les objets sur lesquels il porte, et ainsi tous nosjugements se réduisent, d'après le nombre des oppositions possibles, à cinq classes: l'homme discerna lit cnlre ce qui est bon ou mauvais, beau ou laid, juste ou injuste, vrai ou faux, bien ou mal.
S 93* Tout jugement implique une comparaison. Comparer, c'est mettre en aspect ^eux conceptions, deux notions ou les signes qui les représentent. Lorsque l'esprit aperçoit ou croit apercevoir que les deux termes se con- ▼iennent d'une manière quelconque, par Tidentité, par l'analogie ou par la ressemblanoe , il les lie , les unit en lui par le^Tcrbe, il affirme le rapport et prononce «fit. Stau contraire il voit uu ci oit voir entre eux opposition de nature, diversité de lois, diflérenoes de formes, il les sépare en lui , nie le rapport immédiat, pronoiice le non ou la né-
gatîo». Cm ici que oommeiioenl à proprement dire les
fonctions de la raison.
S 94. Tous les jugements porlent sur ï'éire ou sur la menière d'être. Tous affirment d'abord qu'une chose est, et ensuite qu'elle est ou qu'elle n'est pas de teHe manière. L'enfant qui prononce un jugement quelconque, qui énonce la propo^illou la plus simple, montre que la conception de r^tre est formée en iuu li a déjà l'idée de l'être, vague, confuse, dbscnre, mais cependant asses déterminée dans son esprit pour qu'il puisse comprendre l'affirmation, de l'être et TaftirmcT à son tour, li a l'idée de l'être, puisqu'il emploie le signe qui en est l'expression nécessaire, le verbe être, le mot par eioellence, le Tcrfae unique, le kéyoÇm Cette idée se fiorme, comme toutes les autres , par l'actiott de l'objet sur le sujet, et ainsi elle sera d'autant plus pure, plus claire, plus CCconde, que l i uU-iideiiient qui la conçoit est en rapport plus prochain afec i'Jbirc lui-même, arec celui qui est;
S 95. L'idée de PÊlre est la prémisse oa la postulée nécessaire de tous nos jugements , la base de toutes nos affirmations, et c'est pourquoi elle est le principe de toute science, comme l'Etre universel est le principe de toute tnslenee, oomme te verbe éire est le principe de toute bngne. Chaque edstenoe a, si l'on peut parler ainsi , plus ou moins d'être en clic, ou csl en rapport plus ou moins prochain avec la source de l'être. De là son degré dans la
hiérarchie des êtres. Celui-là seul juge les choses au fond, qui les voit et les apprécie dansJeur rapport aveol'âtre, avec œ qui est étemel, avec-ee qui ne passe point
§ 96. Non seulement nous jugeons qu'une chose est ,
nuûs encore qu'elle est de telle manière, soit en elle-méaie, soit par rapport à nous, fin elle4nème, comme dans nos
jugements sur le bien el le mal moi al, sur le vrai cL le faux, sur le juste et l'injuste, sur le beau et le laid; par rapport à nous» oomme dans nos jugements sur le bon et le mauvais, Tagréable et fe désagréable, l'utile et le nuisible. Les premiers supposent comme mesures d'appréciation les idées du souverain Bien, de l'éternelle Vérité, de la Justioe immuable, de la Beauté suprême, idées universelles qui apparaissent à l'inteUigence par le refrangement de l'idée de l'Être dans le prisme de l'entendement humain.
^ 97. Le bien et le mal moi al se discernent priraïlivcjuent par le goût de Tâme, par le seoliment moral et uou par la sensation qui ne se rapporte qu'au corps, ni par le raisonnement qui ne fait que dégag^er et exposer après coup un rapport déjà perçu ou senti. Le vrai et le iàux dans les principes se discernent par la vue de Tintelligence , par révidence intuitive et uon par la sensation ou par la déduction. La justice des actions, la justesse des conséquences, sont discernées par Ja raison, juii^eant d'après la loi morale d'un côté et selon les axiomes et les lois logiques de TauU^. Ce n'est point non plus la sensation ni le raisonnement qui décident du beau et de ce qui lui est contraire; c'est le go&t de l'esprit, jugeant conformément à l'idéal de beauté qu'il porte en lui.
§ 98. Quant au discernement du bien et du mal physique, de Tagréable, de l'utile, ou du désagréable et du nuisible, le crîtérium pour les reconnaître, la mesure pour les déterminer, se trouvent dans l'organisation de chacun , dans les instincts qui en ressortent, dans les besoins el les
goûls naturels. C'est la sensation qui dans ce cas fait l'office de juge, et la sensation, comme l'organisation, est
diverse en chaque individu. Ce qui csL agréable à l'un et lui semble bon ne parait pas tel à l'aulre. Ce qui plaît à celui-ci et le cbarine, déplaît à celui-là et le dégoûte. Tous les jugements de cette espèce sont aussi Tarlables que l'état organique qui leur sert de base.
J 99. Outre Tidée de l'Eue, pj omisse absolue de toute affirmation, outre les idées universelles du Bien, du Vrai et du Beau y triple manifestation de Tidée une dé l'Être, et dont Texpré^sion diverse par.les formules du langage bumain constitue les définitions fondamentales de cbaquc science, il y a encore d'au 1res conditions à l'activité de la pensée. Ce sont les lois na^lurelies auxquelles la raison est nécessairement soumise dans son exercice, en sorte qu'elle ne peut a^ir légitimement et efficacement.qu'en s'y conforiiiauL. Foi iimkc'S en propositions générales abstraites, ces lois s'appellent axiomes. Elles sont innées à la raison, comme les lois physiologiques à tout être vivant, comme les lois pbj^ques à tous les corps. C'est pourquoi ellès paraissent à la raison évidentes, incontestables; ét les mettre en doute ou chercher à les prouver, lui semble également absurde.
$ 100. Les lois de la raison ou les axiomes sont les lois mêmes du monde physique dont l'inlelligence humaine doit subir les conditions , quand elle abaisse son regard dans la région des phénomènes. Pour bien penser les choses, elle doit les voir et les représenter comme elles se font. Or la première de ces lois, c'est qu'aucun être ne peut subsister en ce monde sans, être posé dans l'espace.
sans joocuper une plm^ nm y «fw une étendue propre, baie de son eniCenee et substhatum de ses qualités. Le
prnici])e de la substance est donc fa première loi delà raison. 11 lui est impossible d'admettre une qualité sans subêtnaum, un attribut sans sujeL Ce qpi'elle cherche d'abord, ce qu'elle affirme avant tout, c'est le rapport de la manière d'être à l'être, du qualificatif au substantif. // n"y a point de qualité sans substance, lei est rénoncé axiomaûqae de cette loi.
$ 101* Du principe de la substance ^i est la condition nécessaire de toutes les représentations de l'esprit, comme l'espace est la condiliun absolue de toutes les existences, dérivent des axiomes secondaires qui en sont des applications ou des transformations. Tels sont les axiomes logiques : Une diose ne peut être et ne pas être en même temps. — De deux propositions contradictoires l'une est nécessairement fausse. — On ne peut affirmer à la fois d'un même sujet deux attributs contraires , etc. Tels sont les axiomes géométriques : d'un point à un autre on ne peut mener qu'une seule ligne droite. — Le tout est plus grand que la partie. — Le tout est égal <i hi somme des parties dans lesquelles il a été divisé. — Deux grandeurs sont égales, quand elles coïncident dans toute leur étendue, etc.
S 102. La seconde loi de toute créature en ce monde, c'est qu'elle existe dans le temps, son existence étant une succession de faits qui s'amènent l'un l'autre et deviennent causes les. uns des autres. Tout développement part d'un principe et se produit par une suite d'effets, de conséquences et de résultats. 'Tout foit a sa raison ou sa cause dans uu auLie fait; expliquer un tait, c'est le ramener à
rantéoédent dont il dérive. L'esprit faiimiin ne peut donc' penser les faits que selon la loi nécessaire de leur produo*
lion. Celte loi appliquée à la pensée de i lioiïime ou se réfléchissaiil dans son entendement, s'appelle loi de causalité. £Ue se formule danjB cette proposition aiiowatique : Il n'y a point ^^et sans oatisç,
J 103. Du principe de la causalité» condition nécessaire de lous les actes de la pensée, comme le temps est la condition de Texislenoe ici-bas, dérivent des axiomes secondaires qui en sont des applications ou des traductions. Tels les aiiomes arilliniétiques : Il n'y a point de nombre sans unité. — Si à deux quantités égales on ajoute des quanlilés égales, il y aura encore égalilë. — Si de deux quantités égales on retranche des quantités égales, les restes seront ^aui. Tels encore les axiomes suivants usités dans diverses sciences : Il n'y a point de conséquence sans principe. — Les mêmes causes doivent produire les mêmes el&ts dans les mêmes circonstances. — Toute action suppose un agent* ^ Point de loi sans un législateur. ~ Tout phénomène suppose une force capable de le produire. — Tout verbe qui désigne une action efficiente doit avoir un régime, etc.
§ 104. Les êtres, subsistant dans l'espace et se développant dans le temps, sont à la fois mêmes et autres. Il y a en eux quelque chose de un, de fixe, dimpérissable sous
lo 11)11 lLi|>le qui passe. Leur fond reste identique, quoique leur forme change sans cesse. C'est Videntité des êtres, sans laquelle le développement de la vie serait impossible, et aucune existence n'arriverait à son complément. CSette loi domine la raison humûne, qui ne peut penser, si elle ne
croit que les objelB qu'elle pense restent les mêmes dans leur natut« et sont régis par des lois constantes; car toulas-
ses opérations tendent soit à faire sortir la muilipHcité de l'uDilé, o'est-à-dire à développer, à démontrer, à déduire; sbil à ramener à Tunilé la multiplicité, c'est-à-dire à réduire, généraliser^ résumer. La loi de l'identité se formuie dans l'axiome : le même est le même*
jÇ lOô. l a loi de l'identité, en vertu de laquelle une suhstanoc reste la raémc sous les translorma lions qu'elle subit par la causalité, un principe reste le même dans la multiplicité de ses conséquences, une'cause reste la même au milieu de la Tarifé de ses eifels, est le fondement nécessaire du raisonnemeiU deductif, par lequel la vérité contenue dans une prémisse pa.«se à travers des degrés plus ou moins nombreux jusqu'à la conclusion. Chaque proposition intermédiaire est une traduction de celle qui la précède; elle doit exprimer la même chose en d'autres termes, et toutes sont des énonciations diverses de la proposition principale. Si l'identité est altérée dans la progression , la chaîne est rompue et la conclusion n'est point valable, car elle n'est plus identique au principe. Tous les axiomes employés dans le raisonnement, toutes les règles du syllogisme sont des corollaires et des applications de cette loi.
$ 106. L'idée de l'£tre est la prémisse absolue du jugement; les axiomes sont les conditions nécessaires de l'acte de la pensée; les signes du langage en sont les moyens indispensables. Le but de la raison est de connaître les objets qui coexistent dans l'espace, et les faits physiques et moraux qui adviennent dans le temps. Les uns et les autres se réfléchissent en images dans l'entendement, et la
fonction principale de la raison , la pensée, consisie soit à lier ces images en saisissant leurs rapports naturels ou en établissant entre elles îles relations arbitraires, soit à con*
sidérer les fa ils dans leurs causes et leurs résultats. Or la raison ne pouTant opérer immédiatement^ sur les choses elles-mêmes, ni produire au dehors leurs types formés dans l'entendement, il lui faut des caractères matériels pour représenter ces types spirituels; il lui faut des signes pour exprimer, non seulement les objets et leurs propriétés, mais encore les rapports et les relations de ces choses entre elles.
$ 107. La parole humaine exprime la pensée et les conceptions, les impressions, les sensations, les sentiments, les désirs cl tous les .mouvements de la volonté. Elle expose tout l'homme, tel qu'il est au moment où il parle. Des intelligences pures en rapport immédiat entre elles se pénétreraient par le seul regard, liraient pour ainsi dire l'une dans l*aulrc ce qui les modilie; elles n'auraient pas
. besoin de langues pour se communiquer. L'esprit de l'homme, enfermé dans un corps, est dans un rapport médiat avec l'esprit de son semblable. Ils ne peuvent se comprendre que par un moyen physique et spirituel tout ensemble, par la pensée revêtue d'une forme sensible. Les signes du langage sont donc doublement nécessaires à la raison, et comme instruments de ses opérations , et comme moyens d'expression. Expliquer la formation du langage, c'est donc expliquer le tlévelujipement primitif delà i aisou.
J 108. Chaque existence a ion langage, son moyen d'expression par lequel elle se manifeste et parle à Thomme.
. Le minéral, le végétal, l'animal parlent par leurs formes, II. . ' 30
par leurs mouvements, par leurs qualités et leurs phénomènes. La terre parle par toutes ses productions Le soleil parle par la lumière et la chaleur qu'il verse dans l'at-
mosplicic. Le monde et les cieiix parlent par leur beauté, leur éclat et leur vastitude; ils racontent la gloire de leur auteur. Tous les êtres parlent donc, mais tous n'ont pas la conscience de leur langage sul^tif, ni rintelligenoe de la parole objective. Voir, percevoir, concevoir avec oonscit iice, puis exprimer avec conscience ce qui a été vu , perçu, conçu, c'est le propre de la créature intelligente, à laquelle la puissance de la parole est aussi naturelle que celle de la vision.
$ 109. L'enfant voit natureUement sans l'avoir appris. Il parle aussi de lui-même, c'esl-à-dire qu'il se montre sans effort ni déguisemeat tel qu'il est. Mais il faut qu'il apprenne sa langue maternelle de ceux* qui entourent son berceau, comme ceux-ci ont dû apprendre de leurs anté^ cédents l'art d'énoncer la parole de telle manière. C'est que nos langues ne sont que des formes artificielles, euvelop' pant le langage naturel, qui a sa base dans la parole une, pure, intérieure, condition absolue de toute proposition exiérieure, âme de tout discours. La diversité ou la multiplicité des langues suppose, comme tout nombre, une unité de même nature. Ce qui faisait dire à Uousseau : La parole parait avoir été fort nécessaire pour établir Tusage de la parole.
$ 110. Tous les hommes, ayant une même nature, des
facultés et des organes scuiblables, étant éclairés par la même lumière et voyant a peu près les mêmes objets, subjectivant et objectivant d'après les mêmes lois , ne de-
vraieni pas plus différer dans leur manière de parler que dans leur manière de respirer. Ils diffèrent cependant, non
seulement par l'idiome, qui ncsl que la niodilic alion malérielie de ia iaoguc , mais par le langage même. C'est qu'il y a deux eipéoes de langage» l'un spontané, qui est la réaction insttnctÎTe de Tâme vers ce qui raffeote, l'expression natureile et involontaîre de ce qu'elle sent; l'autre réfléchi, qui est compose par l'esprit, combiné par la raison* Or, la réflexion étant l'acte par lequel chaque moi se constitue en individualité personnelle et se distingue des non-moi, elle engendre par le Tait même toutes les diver> silés. Lii pensée est donc nécessaircmc iil ifidividuelle dans chaque homme, par conséquent diUerente dans tous, et il en est de même du langage qui rexprime*
$ Ui* Le langage spontané est respression naturelle de ce qui est senti par l'âme dans son fond , dans ses puissauces, dans les sens et dans le corps. L'àtne en face du monde ou de tet objet qu'elle considère, est passive, ou recevant l'aotion de ce qu'elle sent Le sentiment produit par la première impression d'un objet sur l'âme, est ce qu'il y a de plus simple, de plus vrai, de plus intime et de plu& mystérieux dans l'homme, il correspond à l'action, soit immédiate soit médiate, du bien et du mal entre lesquels l'homme se trouve placé sur la terre.
§ 112. Le langage du sentiment est celui de la nature même. Mali^ré l'opacité de la matière <jui enveloppe ici-bas l'Ame humaine, les afiièctions qu'elle éprouve apparaissent jusque sur sa surface organiquCi Ce qu'elle sent se manir feste spditanément , soil avec édat, soit d'une manière obscure, par les sons de la voix, dans les yeux-, sur le
front, sur le TÎsage et même par tout le corps* Ces exprès* sions, quand elles s'échappent par la voix, sont simples
comme le sentiment lui-même. Àh! oh! ouk! sont des voix ou voyelles pleines d'àmc, qui se relrouvenl dans toutes les langues et que chacun comprend. On les appelle exclamations, et on leur assigne ordinairement le dernier rang dans ce que les grammairiens nomment les parties du discours, quoiqu'elles soient les premières manifestations de l'âme, qui sent avant que l'esprit ne connaisse, qui aime ou abhorre avant que la raison ne calcule ou ne pense*
§ 113. Le sentiment profond, produit par Faction d'un objet analogue à la nature de l'àmc, et qui la surpasse en puissance, enchaîne les organes du corps ou- les fixe, au lieu de les mettre en mouvement, et suspend instantanément l'exercice des facultés de TespriL L'étonnement, Tad^ niiralion , l'effroi rendent immobile. Quand l'action des objets arrive à Tâme par les organes et au moyen du sang, c'est aussi par le sang, les organes et les membres qu'elle réagit. Toute impression vive, faite sur l'ofganisme, opère un changement plus ou moins notable dans les fonctions de la vie animale, qui i éside dans le sang.
114. Les modifications principales du sentiment s'expriment par la rougeur, la pâleur, le tressaillement, le frémissement, lés palpitations, etc., phénomènes qui sont produits par le mouvement du sang et par l'irritation du système nerveux. On rougit oi diiiaircmenl dans la joie; par la honte, ia colère et l'indignation, le feu monte au visage. La crainte, le reinords, une grande douleur de l'âme font pâlir. Dans le premier cas, l'âme réagissant avec force vers ou con-
tre l'objet qui l'émeut, chasse le sang à la surface du coqu*
Dans le second, elle se relire, se concenlre, et le sang reflue au cœur. L'cdrot rélléchi est senti dans les jointures des membres» et les.brise. C'est que la i^flesion, qui a lieu dans Tespril» est en rapport analogique ayec le système des articulations, comme le sentiment, qui est de l'âme, tsi en analogie avec les mouvemenls du caur eL la cuculalion du sang.
$ 1 15. L'âme n'a qu'une puissance restreinte sur lé corps*, son action directe ne s'étend pioint ordinairement au delà du système musculaire. Elle doit exercer sa puissance dans le uioiide, et elle rexercc en ttltl au mo^cn des organes de la voix, et par les membres qui sont des prolongements du plan radical du corps, des lignes externes faisant des brisures, des angles en dehors du tronc, instruments dociles qu'elle emploie à son gré. Le double prolongement de l'axe du corps lui donne la faculté de le transporter d'un .lieu à un autre dans l'espace; et par le prolongement de son diamètre, elle manifeste sa puissance à l'eitérieur, porte le sceptre, parle par geste et opère dan» le temps.
§ 116. Quand l'àme désire vivement un objet dont l'impression lui agrée, elle l'exprime par le mouvement physique; elle étend la main, le bras, même les deux bras ▼ers l'objet; die penche le corps de son côté comme pour s'unir à lui, et semble vouloir l'attirer à elle par son regard. Elle montre l adhésion de sa volonté par tpute sa personne; elle -dit Oui par tous les mouvements de son corps. Refuse-t-elle au contraire l'action de l'objet, elle en «détourne le regard, et autant qu'elle le peut, toute sa personne. Elle le repousse des bras , se couvre les yeux avec
ta main y dit Nim par tous sea mouveiiienls. Quand elle ett pourauiTie fMir une force ennemie qu'elle ne peut ériler,
elle élève a la ibis le regard el le^ bras vers le ciel, comnie pour se réfugier dans une région su|)érieure ou en faire dcaœndre un leooura qui protège aa iaiblease. Le langage du geate, spontané dana aeaeipreaaiont élémentaires, peut être perfectionné par l'art , et alors il devient un auxiliaire, quelquefois même un suppléant, du langage articulé ou réfléchi.
% 117» Le langage spontané pari de l'âme, et est Tespression sii6ple et naturelle de ce qui est senti. Le langage
réfléchi part de l'esprit, et est le produit de la réflarion que 1 ame fait d'elle en cile-méme. La réflexion porle, soit sur le sentiment ou la sensation, soit sur Tobjel qui les excite. La réflexion du sentiment et de la sensation» qui s'opère par le repliement du regard de l'Ame sur elle et sur son étal, lui donne la conseience de ce qu'elle éprouve, et la porte à dire : Je sens, je souffre ou Je Jouis. A la suite de la réflexion de L'objet, elle prononce : Ceia me ctmnmi ou- me répugne; eda eH bon ou mmmàê, bea» ou laid, vrai ou faux , bien ou mai* Le lang^age réfléchi exprime donc la |)errcj»lion des iajiporis ( nlre le sujet et l'objet, et les relations des objets entre eux. Il exprime la comparaison, le discernement, le jugement, le raisonnement, la pensée en un mot, qui est, dit Platon, le langage de l'âme avec elle-même sur les choses qu'elle observe.
§ 118. La réflexion se rapportant toujours au moi, au sujet réfléchissant, l'homme acquiert par elle, non la science de lui-même, tel qu'il est dans son fond, ou celle de Tobqui agit sur lui, mais seulemeni la conscianoe de son
état actuel» la conscience de la modiiicaUon qu'il subit par mhe de Paction à laquelle il est soumis. Le sujet ré-
fléchissant eL l'objet rénéchl sont un, identiques; c'est toujours le moi replié sur lui pour se considérer ou se contempler. C'est pourq[Uoi le langage de i'eSprit nomme constamment te moi en première ligne» Je ou moi, signe (le la pcrsoiinalilt , csi le j>reraier nominatif, le nom chef de toute langue. Je sens. Je veux, je pense, telle est l'expression du moi réfléchi par lui-même, de l'^olisme. C'est aussi le langage de la raison, et par eoiiséi{ttent de la disputaiion rationnelle, peu utile en général à la déoouyerle de la vérité, justement parce qu'elle est empio^'ée à poser la pensée et le vouloir propre de chacun.
$ 119. Dans le langage réfléchi » l'esprit se parle à luimême avant de parler aux autres. I| pense sa parole avant de parler sa pensée. C'est ce qu'il ne peut faire sans des signes, hervant à fixer les objets qu il distingue parla i-éflexion, et les rapports qu'il perçoit entre eux. Ces signes tiennent à la fois de la nature de l'âme et decelle du corps. C^est pourquoi ils peuvent être employés conmie intermé- ' diaires entre les deux mondes (ju'ils doivent unir. Spiriluels par leur signification , c'est-à-dire par le sentiment, l'idée ou la pensée qu'ils représentent » ils sont matériels ou sensibles par leur forme quand ils se réalisent par les organes de la Toix. Ils constituent alors le langage articulé et les, langues.
$ 120. Le langage articulé, devenu langue particulière, est la somme des mots emplo;fés par des hommes composant une même société, pour exprimer leurs sentiments,
leui's vues, leurs concepûons, leurs pensées. Les mois de
dbaque langue sont des types sensibles, des imslges de ce
qui existe dans l'esprit sous une forme intellîgible; et comme rien n'existe dans Tespril qui n'ait son original dans l'univers, les mots expriment à la fois la conccpiion et l'objet qu'elle représente; ainsi que la manière dont il a été yu, perçu , senti. Le langage articulé peut donc être eonrîdéré sous un double poini de vue: 1" dans ses éléments subjectifs ou relativement au sujet qui le forme; 2*" dans ses élé* menu objectils ou par rapport à Tobjet qu'il exprime*
S 1 2i. La parole humaine est d*abord intérieure , toute spirituelle dans l'âme et dans l'esprit Elle part de la poitrine, du cœur, du foyer de la vie physique et morale, dont elle est la projection, Icra^on. Elle se polarise dans la tete; puis quapd elle s'échappe au dehors, elle s'enveloppe à son passage dans le souffle; et, modifiée par les organes de la voix, elle se produit dans l'air sous la forme de son et de ion. Comme rayon ou émission de la vie humaine, la parole de l'homme porte la vie en elle. Ëlie doit donc se reproduire en image d'elle-même dans tout récipient analogue où elle est admise; et comme la vie est ce qu'il y a de plus divin dans la créature, il faut en conclure que la parole est la manifestation la plus pure du divin par l'humain, de l'absolu par le relatif, de Dieu par l'homme.
$ 132. Le son, le ton et le souffle constituent la parole extérieure, et rarticulalion la modifie. Le son vient de la dilalaliou de l'air dans la poitrine, de l'émission de l'air à travers les organes vocaux. 11 exprime en général l'état de l'âme, sa disposition. Le ton se forme par la contraction, par la condensation de l'air. Il répond à l'espèce d'affection dont l'âme est cuiue et au degré de force de sa v olonté. De