‹ PhilosophieChapitre 12 sur 20 · AU · texte numérisé non relu

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là le ton doux ou grave, Icndre ou majestueux, etc. Il t'ait le caractère de la parole , comme il détermine tel genre de musique. Le souffle pectoral , qui enveloppe le son et le ton , leur sert de Téhîcule, perce l'air extérieur, le fait Tibrer et « produit ainsi des voyelles ou des von,

^ 123. La vovc'Ile la plus simple et la plus profonde, qui est la racine de toutes les autres, c'est V J, yi est l'expression la plus spontanée, la moins réfléchie , l'expression du premier mouyement central dans l'être; de là le sens de cette parole: « Je suis Talpfaa et l'oméga.» La voyelle j^est encore le type du centre en e.\j)ansion dans toute sphère naturelle, de l'unité principe des nombres, du ton Ibndamental ou de la note appelée prime ou tonique dans Tac* cord parfait*

§ 124. La voyelle O est la première dctii aiinalioii lormelle du premier son , sa forme la plus complète. VO dans son émission est le vouloir déterminé, le son et le ton harmonisés. Il est le symbole physique de la lumière en rayonnement, d'un monde développé. C'est le cerde en géométrie. Dans rarilLiiiiclique, c est le sijL^nc qu\ni appelle zérOy et qui ne représentant rien en particulier, est par cela même le type de l'existence en général. Dans la musique, c'est l'octave, terme ou pôle du son ou du ton développés.

% 125. et / sont la voyelle J, ou le son primitif restreint par le commenccmciU Ju gosier dans /i, parle haul du palais et le rapprochement des dents dans /. Si À est supposé au centre, O fait le haut ou le pôle supérieur de l'axe, i? et / foni les pôles relatifs du diamètre. 1/ voilé {OV) fait le bas, le profond, le mystérieux , tandis que le U ouvert désigne i'cxtréme opposé et pour ainsi dire la pro-

jcction de la vie au delà de la forme. Les qualrc voyelles qui marquent les quatre' d^rés principaux du développement de la voix, répondent aux quatre notes de l'aeoord parfait, prime, liercc, quinte et octave; elles sont l'Ame du cbant, comme du langage articulé. \JU (OU) exprime, soît le bouiilpnnement de ta yle dans le centre avant sa sortie, soit le refoulement de la vie au foyer, ou l'étouflPement et l'extinction de la voix. (?est le signe des ténèbres opposé à celui de la lumière. '

§ 126. Les exclamations, que les grammairiens appellent interjedioAt parce qu'elles sont jetées à travers le discours, sont dans toutes les langues des voyelles aspirées. Ha ou ah est toujours l'expression simple et spontanée de la vie dans sa généralité, le signe de l'expansion. Ho ou oh est l'expression de la surprise, de Tadmiration, de l'invocatioil , de la supplication. Hé ou eh est le signe de la contraction , de la réflexion , de l'appellation. Hi marque le rire, l'hilarité, la gaité. Hii, oiih! expriment l'aversion, le dédain, Tborreur, la terreur, l'effroi. Chaque voyelle a donc un sens propre; elle manifeste une affection spéciale, excitée dans le sujet par telle action objective qui pénètre en lui par tel sens , par tel organe. Fixée dans la forme littérale, la voyelle est toujours le signe de Ja vie, du sentiment ou de la sensation, et peut , comme tel, les rappeler et les reproduire.

§ 127. L'organe vocal , par la disposition naturelle et le mouvement accidentel de ses diverses parties , lorme certaines figures qui deviennent autant de moules où le son se verse et se façonne dans son trajet. Mais ces moules sont vivants; ils soiil mis en mouvement par la volonté» qui au

moj'cn de leurs battements ou de leurs touches, frappe, martelle pour ainsi dire et détermine les voyelles : de là les consonnes. La consonne est le second élément, rélément formel des mots et des langues;. elle est, si Ton peut parler ainsi , l'enoliàssure du son. En elle-même elle n'est qu'une forme vide, un plan géométrique, une Icllrc morte. Elle est à la Toyelle ce que le corps est à res|)rit, à l'âme. La voyelle est esprit et vie» et elle subsiste comme b vie et l'esprit. La consonne est l'enreloppe organique qiii se décompose, dès que TespHt la quitte.

§ 128. Le nombre des consonnes est déterminé par (a nature comme celui des vojeiles. Il est en raison du nombre des organes qui modifient la voix, savoir: les lèvres» les dents^ la langue, le palais et le gosier. Il y a cinq con* sonnes primitives, parce qu'il y a cinq louches organiques, comme il y a cinq voyelles, comme il y a cinq sens. De ces cinq louches, trois seulement sont pariaitement distinctes dans leurs mouvements : la touche labiale ou l'extrême en ddiorSy-^la touche gutturale ou l'extrême en dedans, eten* tre ces cleuv e\lr<}mes sont les li ois .iuLils qui semblent se conibodre dans leur jeu; car le palais et les dents n'ayant point de mouvement propre , il n*j a de consonnes dentales et palatales que paroe qu'il y en a de linguales. Chaque voyelle a sa consonne à laquelle elle s'associe de préférence, en raison de l'analogie de leur fornialiuii; les labiales aux labiales, les gutturales aux gutturales, et ainsi de suite.

S 129. Le langage articulé partant de la voyelle et du

ton, est à son origine y^oé^/t? ou chant, et devient prose cl sljrle dans le dernier degré de son développement. Ëntre

oes deux exlrémes, le chant ou la poésie pure et le style

prosaïqinj, il n a la mesui t ou la cadence tics syllabes cl des molâ , ou la prose poétique. Le chant pur el la mélodie viennent de l'âme; c'est le langage du cœur, de Tamour, de Falfectîon, de la passion. La prose et le style Tiennent de Pesprit ; c'est le langage de la pensée, de la réflexion» Le premier , plus subjeclif, s'exprime en hymne et musique; le second , plus objectif, se développe en phrase et discours.

§ 130. Le langage articulé » considéré dans sa formation objectÎTe ou par rapport à l'objet qu'il exprime, se compose d'un certain nombre de mots , formés d'un ou plusieurs sons, et dont la combinaison constitue la proposition ou la phrase. Les signes nécessaires de toute langue sont appelés les élémenii ou les parties du diteours. Leur nombre et leur sens sont déterminés par la nature même des choses que le langage doit représenter; carie disuours étant un type de la vérité et de la réalité, tout ce qui est nécessaire pour constituer une existence» doit avoir son terme correspondant dans le langage» à savoir: 1* L'être se manifestant ou la nature en développement, la substance; 2** la manière d'être ou la forme de la manifestation, la qualité; 3"* le rapport de l'être à la mauière d'être, de la substancé à la qualité ou le lien vivant qui les unit. Il n'y a donc, en toute rigueur, que trois parties essentielles du discours.

S 131. L'homme ue conmieuce point par prononcer une proposition complète. U discerne dès qu'il vit; mais il ne juge pas d'abord d'une manière formelle, el n'exprime point explicitement son jugement. Avant de composer le discours, il faut qu'il en ait acquis les matériaux; et ici se

relrouTe, pour la formation du langage, l'ordre nalurei et progressif ifiie nous avons remarqué précédemment dans

le développement des sens et de leurs ui j^aiies. La vue est le premier sens qui entre en exercice; l'objet correspondant à la Tue, c'est la lumière » la première et la plus générale des substances. Les premières conceptions de l'homme , dans l'ordre hiérarchique et dans Tordre du temps, sont celles qu'il acquiert par révidence ou la vision de leur objet; et les premiers termes qu'il prononce sont les noms de ce qu'il voit, les noms sttbsiantifi*

% 133. Tous les noms véritablement substantifs désignent (les objets qui correspondent à la vue. C'est pai la vue soit physique, soit intellectuelle, que Timage ou l'idée une et complète des objets.se forme dans notre entendement, les perceptions que nous pouvons avoir d'ailleurs supposant un objectif formel et substantiel, un objet visible et qui a été vu. Aussi toute connaissance, toute science vraie implique la vision de son objet; et toute doctrine, tout enseignement part du nom représentatif de l'objet. Ce qui n'a jamais été vu ne peut être connu, et ce qui n'est point connu n'a point Je nom dans les langues.

§ 133. Il j a dans les langues une multitude de noms dits substantif *s qui n'expriment ni des êtres ni des substances, mais seulement des manières d'être ou d'agir, des qualités et des modifications considérées abstractivement de leur substruium. 1 eLs sont les mots blaiieheuvy douceur, puissance, etc. Dans la réalité il n'jr a point de couleur sans un objet coloré, point de douceur sana un être doux, de puissance sans un être puissant, etc. Ces termes représentent donc des abstractions réalisées ou des êtres de rai-

son* Ce sont 6m noms artifioielA, ôm nom de sigiies pint6t que de cboses. C'etI pourquoi TenfaDt ne les comprend

pas d'abord ; il ne les prononce qu'à l'âge où il devient capable d'abstraire.

S 134. Le nom substantif doit être dans le langage ee que'son objet est dans la r^lité. Gomme dans la nature tonte qualité, tont mode, tout attribut, tout ce qui peut être aifirnié se lappurLe à une substance, à un sujet quef- ' conque, et que la diversité n'est que la substance elle-même, diversement et formellement modifiée; ainsi dans le diseouTS, le substantif est le terme auquel la proposition se rapporte; c'est lui qui la régit et qui inflige aux noms d'at- Iributs les uKHlificalions du genre, du nombre, du cas, etc.

§ 13Ô, Le nom étant signe de son objet, doit avoir des rapports de ressemblance ou d'analogie avee l'être qu'il représente, et oes rapports devraient se retrouver dans les noms écrits comme dans les noms parlés, car les signes * tracés représentent les signes pariés coaime ceux-ci rendent les impressions de celui qui parle. Le langage, qui est l'émission et la modification dè la yoix humaine, doit donc *par sa constitution correspondre à timpression de Tofalet suric sujet. De là la IbrmcprifuiLivcctosscnlielledes noms, leur racine, qui répond dans les langues à la première impression faite sur l'homme par l'objet, laquelle répond elle-même plus ou moins à la forme et à la vertu essentielle de la chose qui affecte l'esprit par la vue.

§ 136. loute racine de nom ou de mol se compose au moins d'une voyeUe, voilée ou manifestée, et d'une consonne qui modifie la voix. La voyelle est la base de la raoine, l'expression du subjectifrépondant à l'action de l'ob-

jéoUf. La consonne est la délerminalion de la voix, eomspondant à la modification imposée par la réfleiion à Tlm*- .presslon reçue. Ce n'est pas seulement par la forme extérieure , par le dessin el ronoiiiaLopée, que les mots se rapportent aux choses; c'est encore par leur food et par leur nature. On peut jdonc affirmer que primitivement il a dû exister une langue unique, vraiment naturelle, commune ' à tous les hommes existant alors, puisque tous ayant la même nature, la même organisation, vivant dans la même région, en faoe des mêmes objets, étaient affectés par ces objets à peu près de la même manière. Cette langue primordiale, brisée par la dispersion de la famille humaine, altérée par les changements de pajs et de eliiuai, par la diversité des relations et des inlluences, est encore au fond des langues multiples et dérivées.

$ 137. Après le sens de la vue se développe dans l'enfant le sens- du goût, qui le met en rapport avec les qualités intimes des substances. De même dans la formalion du langage, il commence par prononcer les substantifs, puis les noms qualificatifs, appelés, dans la grammaire ad» jectifs ou noms d'attribuU Comme les qualités naturelles sont des modes, des cai acLeres pai liouliers des snbsLaiices, ainsi les qualificatifs sont dans la proposition des modificateurs du nom substantif ou du sujet. Le premier qualificatif prononcé par Tenfant est le mot bon; car ce cpii importe le plus à l'homme dans cette période de son existence, c'est de discerner les subslaiices alimentaires analogues à sa nature , homogènes à sa vie. Or ce qui est homogène à sa vie lui est bon,

S 138. L'enfanl nomme le avant de prononcer le

Tioiu de mauvais. Ce n*cst même que dans le bon déjà goûté ou dans le goût du bon que réside la possibilité de discerner le mauvais, lequel n'est jamais, à tous les de-, grés , qu'un négatif, une nation. C'est que le premier acte de l*eici8tenoe de l'homme a été le résultat du triomphe lie la vie sur la mort; il n'a commencé à vivre que par l'action du principe vivificaieur. Les perceptions acqiïises par le goût s'allient naturellement aux conceptions qui se forment par la vue. Aussi l'enfant , recevant la sensation des qualités par l'action de la substance à laquelle elles sont inhérentes, lie insUnctivcment le qualificatif au substantif, et forme ainsi la première affirmation, le premier jugement. Ce jugement n'est point encore une proposition, parce que l'expression du verbe manque; mais il en renferme le sens et l'esprit, et de la première réiUxion (pie l'enfant fera eu lui-même, de l'objet, de sa qualité et de leur rapport, jaillira la lumière de la parole. qu'il exprimera par le verbe.

S 139. Pour affirmer explicitement que la qusfiité appartient au sujet, pour prononcer formellenjenl le premier jugeaient, il faut le verbe ou le mot par excellence, qui affirme en général la vérité , ce qui est. Or l'être en général n'étant perçu ni par le sens de la vue, ni par celui du goût, l'idée de J'être ne peut être formée dans notre esprit par le moyen de ces deux sens. Elle est développée en nous par la parole qui , en nous transmettant l'expression fondamentale du discours, le verbe, nous annonce i'Élre uni* versel qu'elle désigne. Aussi avons -noua remarqué que l'ouïe est le troisième sens qui se développe dans rcnfant, comme le verbe est le troisième ^erme qu'il emploie.

% 140. Toute lan^e, si imparfaite qu'elle soit, a nécses*

saircmeril l'expression du verbe être; autrement elle ne serait point une langue; car de même que dans Tunivers tout a été fait par Tidéal de tout verbe, par le Verbe substantiel de rÉtre du par la Parole étemelle, et que rien de ce qui enste n'a été lait sans Lui ; de même aussi que rien n*est conçu dans l'esprit qu'au mojcii de l'idée de l'être, idée absolue, nécessaire, vraiment innée à l'homme; ainsi rien ne peut être posé ni proposé dans le langage sans Texpressioii du verbe, sans le verbe substantif être, tjrpe de l'idée pure et de son idéal.

§ 141. Le verbe eire est dans la proposition, crilre le substantif et le qualificatif, ce que le rajon ou le cercle est entre le centre et la oiroonférence, ce que l'intelligenoe est entre l'âme et le corps, ce que la lumière est entre le ciel et la terre , moyen terme entre deux extrêmes. C'est le lien , la copule qui élablil loule relation, toute communication, tout rapport vivant entre l'être et Texistence formelle, entre le moi et le non-moi, entre la substance et la qualité, entre le substantif et le qualificatif. En un mot, le verbe considcic soit en lui-même, soit dans son idée, soit dans son expression, est le médiateur uniuersel,

§ 142. L'infinitif du verbe être est Texpression de l'idée la plus pure, la plus simple, la plus nécessaire, la seule . universelle. Il exprime la stabilité, l'immutabilité, la vérité absolue. Aussi cet infinitif ne convient-il comme nom qu'à Celui qui Est. Infléchie par les formes du temps, du nombre et de la personnalité, sa racine n'apparaît guère dans nos langues qu'au présent. Elle disparaît dans les passés et les futurs. C'est qu'il n'j a de passé et de futur que pour

la créature tanponiire. Cm tealemciit par rapport à elle que l'Être a été et aen. Eo hiUiiiénie il eit l'Être » toujours

présent, éternel, absolu, sans modification aucune.

^ 143. L'enfanl prononce le subsLauiir avant le qualifioatif, Tun et Tautre avant le verbe, le verbe être avant les verbes dérivés; et il prononoe le verbe être dans sa généralité, avant de le déterminer par le temps, le nombre et les personnes. C'est que partout riiomme voit runilc, la généralité avant la spécialité. Il voit la lumière avant de distinguer les couleurs; il goûte le bon et le vrai avant leurs contraires; et il pressent la nécessité de l'Être et de son Verbe avant de comprendre les actions des enstenoes particulières, désignées par la niuiiitude des verbes attributifs, qui ne sont que des qualiiicatifs verbalisés. En résumé le verbe être est le nécessaire dans la proposition, comme son idée l'est dans la pensée ét le jugement, dans la science et la doctrine, comme son idéal ou PÊfre luimême Test dans Thomme et dans l'univers.

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