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CHAPITRE VIII

De Vacte le plus complexe de la raisan,

Dès que la raisoa possède les éléments du iaugage articulé, si elle coDlintie à recevoir la parole d'instniction qui la stimule et la dirige, elle peut

s'élever à sa plus haute puissance et accomplir sa foactioQ la plus compliquée > celle qui compreud toutes lesautres, le raisonnement* Il appartient à la Logique d'expliquer en détail les diverses opérations de la raison, ou la ibnclion de raisoruicr sous toutes les formes qu'elle peut revêtir. Le but de cette science, dans l'exposition des conditions et des lois de Fexercice régulier de la raison, est de former Tespril à penser et à parler exactement. La Psychologie expérimentale se borne à constater par Tobservalion les faits rationnels, en tant qu'ils sont des modes distincts de ractivitë de Tesprit humain : elle lait uue statistique intellectuelle.

Le raisonnement estropéra lion sur-émineute de la raison, de laquelle il tire son nom ; c'est la raison dans son exercice le plus intense, dans la plénitude de son activité. Pour rai-

MBiMT, il iaut être «n pomsam du iMgage et bien coat> preadfare le aena deo mis, afin de voir eoBunent les uns sont

contenus dans les autres et peuvent en être aftirmés; cmle raisonnemenl ià'opcrc qu'avec des sigues, et il doit les combiner de manière à reproduire les rappor.ts des conceptions et des objets qu'ib expriment Qu'on induise ou qu'on déduise» c'est UH^ours, ou plusieurs signes qu'on réduit en un seul, lequel devient alors lenne géucral, ou un seul signe qu'on r^out en plusieurs, qui sont à son égard ce qbe les individus sont à l'espèce et au genre. Ou ne peut donc raisonner sans connaître la valeur des termes généraux. Mais pour comprendre ces termes, il faut saisir les rapports qu ils désignent, cl ainsi il laut 1 excicicc de la comparaison» du jugement, de labslraction , delà généralisation » en un mot tous les actes de la raison. C'est pourquoi nous disons que le raisonnement est la fonction ratîonnelle la plus compliquée.

Le raisonnement a sa constitution nécessaire, sa forme rigoureuse , son expression bien détermiaée. Il est soumis aux lois générales de la raison, dont nous avons recherché précédemment l'origine, et en outre il a des règles particulières, qui sont des applications spéciales des axiomes fondamentaux. Puis, bien qu'il ait une forme rigoureuse, la seule adéquate à sa nature» il peut cependant a'eacprimer de plusieurs manières» ou revêtir plusieurs formes secondaires et dérivées. C'est à la Logique qu'il appartient d'exposer ces choses et de les régler; elle est, à proprement dire, la législation du raisonnement. Elle suppose constatés et reconnus les feits psychologiques qui concernent la raison, et elle doit apprendre à produire ces

Ikîu avec ordiv, areo mélhode, et à les exposer coiiTenablement par la parole et dans le discours, f^ogrnatiqtte et

impéralive, elle pose les lois de la raison, les règles qui en découlent, et elle enseigne à observer les unes et les autres dans rexercîce de la pensée, pour disoamer la yérité de Terreur. La Psychologie expérimentale la précède néoessatrement dans Tordre de l'enseignement; car elle lui fournît les données tiont elle part. Pour imposer des préceptes à la raison et la diriger, il faut commencer par la connaître, au moins dans ses premiers développements et dânsses rap* ports avec les autres (acuités et le monde extérieur. Mais la Psychologie ne se mêle point de la partie l^slatÎTC. Elle est aux faits de Tesprît humain ce que la Physique est aux faits de la nature: elle observe, examine, constate, induit; elle établit une simple statistique, dont on pourra déduire des applications et des préceptes, qu'elle ne se charge point de démontrer ni d'imposer.

Il y a le même rapport entre la Psychologie intellectuelle et la Logique, qu'entre la Psychologie morale et TÉthique. La première décrit les faits , moraux, depuis les phâiomènes de l'hiatinct jusqu'à l'acte le plus sublime de ta liberté; elle étudie tous les sentiments , tous les mouvements de l'àmc comme faits, sans en apprécier la valeur morale. L'Ethique ou la science des mœurs, partant de ces. faits, déduit les lois morales des rapports de la volonté de l'homme avec son Principe, avec ses semblables, avec ce qui lui es.t inférieur; puis elle pose les règles de < ondnîtc qu'il doit suivre pour accomplir ces lois et vivi^ dans Tordre ; en d'autres termes , elle lui prescrit ses devoirs en lui montrant d'un c6té ce

qui l'oblige à les remplir el oe qui peut Vj aider, de l'aile tre ce qui tend l'en détourner el à l'entraîner au maL

L'Ethique est donc dogmatique comme la Logique; elle suppose des principes qui lui viennent de plus haut et qu'elle doit appliquer en bas. Gomme le juge sur son tribunal, elle est chargée d'appliquer la loi qu'elle ne fait pas et qu'elle ne peut défaire, ce qui implique une autorité supérieure dont la loi dérive et qui la lui impose. On retrouve du reste cette distinction dans toutes les sdences. En Médecine, la Pathologie n'est pas la Thérapeutique : l'une examine les maladies en tant que phénomènes, dans leurs symptômes, leurs périodes , leurs complications, leurs crises^ leurs transformations, leurs terminaisons, et elle tâche par ces faits de découTrir leur si^, de remonter à leur cause, de déterminer leur nature; l'autre s'efforce d'établir un traitement d'après ces observations, et elle prescrit en conséquence. De même entre l'Anatomie et la Chirurgie. Ji faut bien connaître toutes les parties du corps avant d'y porter le fer et le feu, et les préceptes' de l'art opératoire se fondent sur l'étude approfondie des faits anatomiques. La didactique doit toujours sortir de \a connaissance des faits, et la partie théorique de tout enseignement suppose une statistique complète des phénomènes connus.

La pensée est Tacte esseuliel de la raison. Penser c^est percevoir des rapports^ et resprit ne cherche les rapports que pour saisir un ensemble , pour enpi-

brasser les parties dans un tout, pour Toîr la multi* plicîtédans Tunlté. Le but de ce traçait de la raison

est (le connaître la vérité des choses dont elle peut juger; eu d'autres termes, de s'expliquer à elle-même et aux autres le monde où elle est placée et les existences qu'il contient. Elle cherche donc trois choses dans la muUiplicitë des phénomènes el des faits : 1^ des rapports , 2° un ensemble ou la réduction du multiple à l'imité, 3*^ les lois suivant lesquelles le multiple sort de Tunité et s'y laisse ramener.

• Les rapports sont perçus et affirmés par le jugement. Quand le jugement porte seulement sur deux

termes, le rapport est simple ou pailiculier: c'est la ligne droite unissant deux points. Lorsque le ju^ gement concerne un grand nombre d'objets, Tespi iL pai vieil L à l.i perception du rapport [>ar des opérations plusdiihcdes et plus compliquées, ïaùs- ^ traction et la généralisation. Abstraire , c'est considérer une partie séparément du tout aucpiel elle appartient , une qualité sans sa substance , un eilet sans sa cause, une conséquence sans son principe, une existence sans ses relations , un élément sans son composé, etc. La faculté d'abstraire est très utile à la raison , au milieu de la multitude d'ob-

jeu qui renlourait et à cause de la oompl^iité dea ' Aoses; «ir la-raMon ne connaît bien que ce qu elle a vu successivemeut et par parties. L'abstraction peut aussi lui derenir funeste , par la facilité qu'elle lui donne d'envisager les choses sous une seule face , d'une manière exclusive , et dans le point dç vue particulier de sa position et de sa convenance.

L'animal sent, perçoit, conçoit les objeU jusqu'à un eertaul point, puisqull les imagine et a une espèce de ré-

miiiiscence, par laquelle il reconnaît lieux et les personnes. Mais ce qui lui manque, parce qu'il n'a point de raison» c'est la lacuité de percevoir les rapports. Le rap^ .port n'ést point une chose matérielle, qui puisse se sai- 9tt par image ou se représcnLci- en figure; c'est quelque chose de virtuel, de métaphysique qui échappe aux sens , à l'imagination, et qui n'est perçu que par l'intelligence et la raison. C'est pourquoi il est si difficile, sinon impossible, de définir un rapport, à quelque ordre de choses qu'il appartienne, géométrique, arithmétique', physique, métaphysique, moral, social, politique, etc. C'est un des mots les plus employés, les mieux sentis et les moins eipliqués.

Le rapport le plus simple s'établit entre deux termes.

Mais si simpL qu'il j)araisse, il est encore complexe, car il se compose d'une action et d'une réaction, par conséquent de deux lignes qui se croisent, se pénètrent, tout en restant distinctes; sinon les individualités se oonfondraient

par Iflurs rapports, et un seul moi absorberait tous les autres. Dans chaque rapport les deux termes sontà la fois et

pioportiunnellcment actifs et passifs; ils agissent i un sur i'aulre^ ils mettent en communication leur vie respective, et le rapport n'existe réelieroent, ou n'est complet et fructueux, que s'il y a pénétration des deux. Si l'un agit sans * que l'autre réagisse, c'est une action perdue ou au moins affaiblie: il n'y a ni liaison ni union. Qu'une volonté cherche à se poser dans une autre avec affection ; si celle-ci ne réagit pas, si elle se détourne au contraire, le rapport ne s'établit pas. Quand un esprit veut agir sur d'autres esprits par la parole, comme dans l'enseignement, si l'esprit qui doit recevoir n'écoute point ou se laisse emporter ailleurs, la parole n'entre pas faute de réaction, et dès lors elle ne peut produire ni sentiraient ni conception* Il en est ainsi dans la constitution de tout rapport. Donc pour bien saisir un rapport, il laut conuaUte préalablement les deux termes entre lesquels ii existe, et la part que prend chacun à l'action commune. 11 faut d'abord les considérer séparément, puis les enYÎsager spécialement dans l'influence réciproque qu'ils exercent l'un sur l'autre, indépendamment de leurs autres propi i< lés et manières d'être, ce qui montre qu'il y a déjà exercice de laJacuité d'abstraire dans la formation du plus simple jugement.' L'abstraction devient.bien plus intense quand il s'agit d'un rapport complexe; car dans ce cas, outre la distinction des individualités qui peuvent être fort nombreuses, il faut un acte énecgique de l'esprit pour considérer tous les individus dans un certain point de Yue sous lequel ils.se ressemblent, en laissant le reste de côté. C'est ce qui anrÎTe dans

la foroMlion des doUods générales qui résument en une seule manière de Toir les caractères 4e plusieurs choses; opération propre à la raison humaine, et qui prouve que cette raison, toute faible qu'elle est, et quoique perdue en apparence au milieu de la multiplicité des phénomènes» est cependant fiûte pour dominer le monde.

La faculté d'abstraire est essentielle à la raison ; sans e1 le , îl n'y aurait ni raisonnement ni coniiaissance possibles; rhommc serait comme l'animai , qui ne profite point de ses expériences et recommence sa tic à tout instant, aiu milieu de circonstances semblables. L'absUraction estdu reste une opération toute rationnelle , qui n'a point de modèle dans la nature; elle agit, au contraire, en sens inverse de la nature, et c'est pourquoi elle tombe facilement dans Tarbi* traire et égare souvent la pensée« Elle tend à diviser ce qui est uni dans la réalité , et elle suppose séparés des termes qui ne peuvent subsister que par leur liaison. La vie ne s'entretient que par la communication; et Tabstraction s'efforce sans cesse de la rompre, pour donner à l'esprit la facilité de voir les objets en détail et plus distinclemeuL Elle opère sur les choses de l'esprit comme l'anatomte sur le 'corps; elle dissèque, divise, décompose, et par conséquent elle suppose la mort ou elle tue. C'est ce qui arrive quand on pousse l'abstraction trop loin et qu'on veut l'appliquer à tout On ne voit plus les êtres dans leur état naturel, à leur place, avec leurs rapports vivants; et pour mieux observer les parilcs et les détails, on perd la vue de l'ensemble et le sens de i'unité. Par l'abstraction Tesprit se met souvent dans une position Ihusse, et qiii ne vaut .que pour lui. Il se crée un monde factice, oli l'îma*

gination» se jouant des lois de la nature, transpose les étéments, les eombme suivant ses eaprioes , et invente des

formes bizar rcs l1 chimériques, comme dans les productions fantastiques de la poésie et des arts.

La faculté d'abstraire a encore de graves inconvénients pour les esprits systématiques et pour ceux qui se passionnent aisément. Les uns et les autres sont portés à ne voir les liotiiines et les choses que dans uu seul point de vue, y rapportant tout, n'apercevant ni les différences ni les oppositions, ou même les transformant par l'imagination en ressemblance et en identité. De là vient Pes|nît exolusif ou la partialité, qui consiste à mettre la partie à la place du tout, uu j>liiiot à voir le tout dans une seule partie. Celui qui s'engoue pour un objet ne le voit plus que du côté par où il lui plait; et tant qu'il lui{»lalt, Il n'y trouve ni vice ni inconvénient. Au contraire tout parait àé^tueux , matfvais , haïssable dans une chose ou une personne qu'on n'.unu' point. 11 est r.tre qu'on voie les bonnes qualités d'un ennemi et les déiauls d'un ami, et cependant amis et ennemis sont composés de bien et de mal, comme tous les hommes. Les parents reconnaissent rarement les vices de leurs enfants , et ils sont en général les moins propres à les instruire et à les diriger, malgré l'affection qu'ils leur portent, ou plutôt à cause de cette af* fection toute naturelle et par cela plus on moins aveugle. Leur esprit est sous W dbarme de leur amour; il voit à travers ce prisme. Dans les choses intellectuelles et dans les relations sociales, l'abstraction portée à l'excès peut nuire à la justesse de l'esprit et pousser la volonté ^ l'injustice. Les partisans d'un système scientiBque sont en-

dîns à n'adineltre conamii vrai que ce qui rentre dans leur nDanière de voir; ils tendent à l'appliquer eieluaivement à toutes chose», souvent su mépris de l'évidenoe et

en dépit de la nature. C'est ce qui se voit trop souvent en lïtédecinc. Au dire de l'auteur et de ses adhérents , le nouveau système est le meilleur de tous et même le seul bon ; il fera merveille dans la pratique s'il est bien appli* qué...... et ce système infaillible est bientôt remplacé par

un auli'c , touL .lussi parfait que lui, cL qui ne durera pas davantage. Daos les choses politiques, les partis sont presque toujours injustes les uns envers les autres, ne voyant que du mal dans leurs adversaires, parce qu'ils appellént m^\y ou tournent en mal, tout ce qui est opposé à leur point de vue, à leur iuLcrcL, à leur esprit. Ainsi Tabus des facultés les plus utiles les fait aller contre leur but, en sorte qu'elles entravent, obsourcissent et égarent la raison qu'elles devraient soutenir et fortifier.

La généralisation est l'opémtioa de Tesprii^ qui réduit les individus en espèoeset les espèces en genres* Le. genre et l'espèce diffèrent par le d^é de leur conipi tlu itëion et de leur extemioriy c'est-à-dire par la coUectioa des qualités comprises sous le terme général et par le nombre des objets auxquels il s*a|^ plique. 11 y a deux manières de généraliser: V à priori, à Tiostar de la nature qui dans ia génératioa

( aâo )

et le déreloppemeDl des dioees va toujours des antécédents aux conséquents, ce qui suppose daus la raison humaine ia connaissance préalable de principes supérieurs ou de données transcendantes; 7^ à

posteriori t d après l'observa lion des faits et eu prenant pour bases leurs caractères les plus importants. Cest la méthode suivie presque exclusivement dans les sciences modernes.

Les propositions générales, basées sur Vidée, donnent à la connaissance .humaine quelque chose de nécessaire, d*uniyersel, d'absolu. Elles ne se forment point par un travail lent de la raison , à force d'obserration, d'abstraction et d'induction. Elles se dé- ▼eloppent spontanément dans l'esprit de l'homme aussitôt qu'il entend les noms qui les représentent et à la première aperception des laits qui s'y rapportent. Ce développement^ obscur à son origine comme tout développement naturel, mais se 'posant de pi ime abord avec assurance, s eclaircit, se fortibe et se complète par Texpérience et par Tinstruction. Tels sont les jugements sur le bien et le mal moral , le juste et l'injuste , le vrai et le laux, le beau et le laid; telles sont les propositions axiomatiques qui énoncent les lois de la raison.

: Les deux manières tle généraliser dépendent du point de rue où est placée la raison humaine» Quand elle r^rde les cbosGS de haut en.blis, elle les voit comme la nature les produit; et si elle est réellement dans la voie de la génération naturelle, si au moyen d*une parole supérieure qui éclaire Tintelligence, elle saisit l'idée, et dans Tidée la racine des existences el le principe de leur développement, elle peut acquérir une connaissance profonde et sûre, qui domine les faits tout en s'y appliquant. Cette connaissance s'énonce en propositions générales dogmatiques, apodictiques, dont la certitude, complète au premier moment, n'est point due à Texpérience, bien que rexpérience-senre à la justifier. Les généralités de ce genre ne souffrent ni exception , ni diminution , ni augmentation. On ne peut pas même déterminer le temps de leur origine, ni leur assigner un commencement; elles se dé- Tçloppent avec la raison, parce qu'elles en sont les principes, les conditions nécessaires, et que sans elles la raison ne pourrait exister ni ojiérer. C'est pourquoi quelques philosophes les ont nommées idées innées» Telle l'idée de rÉtre, dont nous avons exposé précédemment la formation, et qui parait dans l'esprit au premier acte de la pensée, à son premier jugement. Telle l'idée du bien et du mal, du juste et de Tinjuste, qui préside à nos rapports avec nos semblables aussitôt que nous avons acquis la conscience de nous-mêmes, et sert de mesure à nos jugements moraux. Telle l'idée de la vérité, que l'enfant a déjà quand il rougit à son premier mensonge. Il passera peut-être toute sa vie à se demander, comme Pilate, qu'esuce que la vérité ? Et en attendant que sa rai- II. 22

•on ie lui explique» il eh a llntelligenoe et le sentimeni;

. car il n'j manque jamais impunément; il souflfre, il est troublé en lui môme tontes les fois 411 il la renie. Telle l'idée du beau dont tout liomme porte le germe en lui, et qu'il ne faut pas confondre avec la notion purement empirique de l'agréable. Telles enfin les lois essentielles de la raison. Quand avons-nous commencé à croire qu'un effet ne peut exister sans nne cause? L'enfant demanJe instinctivement le pourquoi de ce qu'il voit, et il le cherclie par la seule impulsion de sa nature raisonnable ayant de le demander. L'expérience peut lui apprendre à trourer les causes; mais le premier fait qu'il remarque lui donne le sentiment et la certitude de la causalité, comme la perception d'une qualité entraîne la conviction de Texistenoe et de la nécessité d'une substance. Il prononce beaucoup plus tard la proposition générale ou la formule; mais il en comprend le sens ( L il l'ijpplique aussitôt qu'il pense; car autrement il ne pourrait penser. Les idées londamcntales de la connaissance se forment si naturellement^ d'une manière si simple, et le- raisonnement y est pour si peu de cbose, que l'homme parait plutôt se rappeler ce qu'il savait déjà , qu apprendre du nouveau. C'est poui qiioi Platon appelait la science une réminiscence. Les idées, suivant lui, sont enfouies dans Tentendem^t de l'homme ignorant comme dans une mine, otï'oomme les germes des plantes dans le sein de la terre. L'art de. l'enseignement n'est pas d'apprendre à un homme ce qu'il ne sait pas, mais de lui faire retrouver ce qu'il sait; ou autrement, comme Socrate le dit avec complaisance, de le faire accoucher de ce qu'il porte en lui sans le savoir. Il y a certainement du

vrai dans celte théorie. Elle suppose un état antérieur à l'état présent, dans lequel Tboanue était plus en rapport avec la vérité, et jouissait par conséquent d'une science plus pure et d'une félicité plus grande; état dont il est déchu par sà faute, et de là son ignorance, sa faiblesse et sa mincie, quand il entre en ce monile. Ici paraît une limace du dogme du péché originel , défiguré par l'erreur, oorome il arrive toujours dans les traditions polemies. Cette erreur, contenue Tirtueilement dans les écrits de Platon , a été posée plus explicitement par Orîgène, qui y fut entraîné par la doctrine orienlalisle et panthéistique de Vémanation, Elle consiste à dire que l'existence actuelle de chaque hooime est la conséquence d'une vie antérieui^eet individuelle, dans laquelle son àme s'étant dégradée par le péché, se serait obscurcie, condensée, coagulée, et aurait ainsi formé la substance du corps qui lui sert aujourd'hui de prison et où elle doit expier sa foute.

Ce n'est pas le moment de nous arrêter à ces spéculations; nous les touchons en passant pour faire remarquer que dans toute philosophie un peu profonde les idées nécessaires, absolues, universelles, acquises dprfort et évidentes par elles«4némes, sont admises comme principes de la science, coniaie fondements de l«i moralité, de la législation et de la civilisation. U n'jr a de sciences véritables que par l'idée, témoin la science mathématique fondée, la géométrie sur Vidée du point, Tarithmétique sur Vidée de l'unité. D'où viennent ces deux idées? Ne sera* blc-l-il pas que nous les ayons toujours eues? Qui songe à les révoquer en doute ou à les prouver? Remarquez

que dans cette science» tout se déduit des idées premières, toute la doctrine en ioH à priori, sans que tes faits y soient pour rien , sans qu'on ait besoin de recourir é l'expérience.

Quand vous démontrez telle projtriélé des nombres ou îles figures, vous ne vous inquiétez nullement des individus et des substances; tous irsrvalllez sur des termes abstraits, et ce que vous concluez vaut universellement pour tous les cas du même genre. Le triangle tracé sur le tableau n*est qu'un type grossier et toujours inexact du triangle idéal qui est dans votre esprit; la définition que la science en donne n'est pas tirée par induction de Tcbdervation des triangles particuliers; elle est l'expreission dé Vidée même de la chose, idée qui a sui gi complète, quoique obscure dans votre entendement , à la vue du premier triangle, et c'est pourquoi la définition en est immuable, incontestable. Yoilà te tjpe de la vrate science* Nous savons bien qu'elle n'a cette rigueur et cette fixité que Si elle reste pure, et qu'en descendant dans la pratique et dans les applications, elle participe plus ou moins à la variabilité ' du monde phénoménique. Mais au moins la nécessité, l'immutabilité du principe subsistent, et-au milieu des oscillations et des vicissitudes de la réalité, l'idée reste entière, toujours la même, inébranlable comme un roc au sein de l'Océan: la science n'est jamais sapée dans sa base, ni bouleversée dans sa doctrine. .

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Les géiiéi aillés à posteriori ou les notions générales se foat par un procédé propre à la raisoa humaine et qui n'a point de modèle dans la nature. C'est la méthode d'ioduclioti el de synthèse , par laquelle la notioa est composée peu à peu au moyeu d'observations et de comparaisons suGcessives. L'ia*. duction part des faits et aboutit à une abstraction, à un èUe de raison, c'esl-à-dire à un lerme générai, qui doit signifier et représenter ce qu'il y a de commun dans les choses observées. Le caractère de ces géaéi alliés, c'est d'être toujours relatives, coutiugentes, hypothétiques. Extraites des faits, elles ne valent que pour les faits connus; elles ont une portée purement empirique. Aussi les doctrines qui les prennent pour base, n'ont ni unité, ni fixité*

Le second point de vue de la raison est celui où elle considère les cboses de bas en iiaul , à Tenconlre de l'ordre naturel, et rebroussant pour ainsi dire la voie par laquelle la nature pose et développe les faits. Dans ce cas c'est par les sens que s'acquièrent les élcinenls de la connaissance, el ces éléments ne peuvent avoir une autre valeur, que celle des facultés qui les foumissenti Les données premières du travail de l'esprit sont alors des phénomènes variables .et traiisitoires. et ainsi tout ce qui en sortira, tout, ce

qui sera coiutruit avec de pareils étéments sera marqué du même caractère. De là le peu de solidilé des systèmes de

connaissance ioi niés uniquement â posteriori. Les conclusioDS étaut fondées sur uu certain nombre de faits, leur valeur augmente ou diminue avec le nombre des fait» observés » et elle peut toujours être détruite par un fait nouveau qui ne rentrerait pas dans la généralité posée. Aussi les théories purement empiriques sont toujours instables. Yojrez nos sciences nalurelies qui se vantent de ne s'appuyer que sur des faits, et de ne rien admettre que oequi a été oonétaté par l'observation. Combien de systèmes danscbaeunel Et celui qui domine aujourd'hui, règnera-t-il encore demain ? Que de changements dans la partie théorique de la Chimie depuis cinquante ans y de Lavoisier à Berzéliusl fin Physique nous avons deux ou trois systèmes sur la nature de chaque fluide. Que d'obscurités, de contradictions, de choses vagues et hypothétiques dans la Physiologie, où l'on prétend expliquer la vie par les propriétés vitales, les propriétés vitales par la vie, sans qu'on ait Vidée ni de l'une ni des autres! En Pathologie et pour la' Thérapeutique, que d'opinions diverses ou contraires sur Jes causes, le siège et le traitemeiàl de la même maladie! Cette méthode aveugle et qui va toujours à tâtons, on veut rappliquer exclusivement aujourd'hui à l'étude de l'homme intelligent et moràll On traite son ftme comme un phénomène naturel: c'est un fait comme un autre, dit* on; ou ne peut le connaitre qu'en l'observant. Qu'en estil résulté? Qu'en ne voulant reconnaitre dans l'homme que ce que l'observation peut y saisir, ce que la raison peut expliquer, ce qu'il y a de plus profond en lui vous

^happe; tous avez vu ce qui est de rhommet ses facultés, ses formés, son eitérieur ; vous n'aves pas vu rhomme

lui-même. L'homme et sa destinée ont été abandonnés comme le monde à vos disputes, et sa vie a tourné au vent de toutes les opinions. 11 en est résulté que la Psychologie, dont on a voulu faire une science fondamentale, n'admettant aucune donnée supérieure, n'a plus eu pour bases que des sensalioiii» , des images et (jm lqiiLN iails de conscience; et dès lors la science et la conduite de Thonime sont restées sans principes. Les rapports nécessaires des facultés entre elles n'ont plus été aperçus, et il'n'a plus'été possible d'expliquer le dévelo|)peaient naturel de ces fa* cuUés, puisqu'on a méconnu l'ordre de leur génération et leur hiérarchie. Aussi la science de i'âme humaine est-elle aujourd'hui un véritable chaos, où s'accumulent et se heurtent toutes sortes d'observations, d'opinions et de petites théories, dont chacune se dit la vérité, parce qu'elle a quelques laits [)our elle; et toutes, après s'être combattues sans se vaincre, vont s'engoulfrer dans cet abime qui s'appelle éclectisme, et qu'on devrait appeler confusion.

Quaud la raisoa a acquis des idées et des notions générales, elle lesenoploie de deux manières: 1^ Elle

groupe les fails et les déLails autour d une idée ou d'une QulAOQ, comme autour d'un oealre, rattachaat les parties à uoe totalité, embrassant la

multiplicité dans une unité , afin de mettre de l'ordre dans sa connaissance: ce qui s'appelle sy^téma-

tisetj ayntlieser; 2' Les idées ou les notions élaol posées comme prémisses ou principes ^ elle en presse le développement pour en faire sortir les idées ou les notions subordonnées, qui vont à leur tour se résoudre dans les faits à expliquer *, ce qui s'appelle déduire ou analyser. Induire et déduire, synthéser et analyser,' tels sont les deux mouvemenls princi- ' paux du procédé vital de la raison, et par conséquent les deux méthodes de la pensée et du discours.

La raison, à mesure qu'elle se pose, toid à systématiser , sa connaissance, c'est^-dire à lui donner de rensemble et

de Tunité. L'unité est un besoin essentiel de l'âme humaine; ce besoin se manifeste par ses facultés et dans toutes ses tendances : c'est un des caractères principaux de rétre raisonnable* 11 ne croit comprendre et pouvoir expliquer les choses qu'en les ramenant à une certaine unité; car tout se tient dans Tunivers; il y règne une liaison et un ordre admirable, cl par conséquent nous ne pouvons le connaître qu'en saisissant les rapports des existences et leur solidarité. L'esprit systématique ou la tendance au système est donc fondé en nature; c'eÏBt l'abus de cette tendance qui en a discrédité le nom. Tout ce qui existe, vil et se développe, est le résultat d'un système, depuis l'organisation d'un insecte jusqu'à la constitution du monde. L'homme s'efforce de reproduire ces systèmes naturds par

le syslèiïie de sa pensée. Celui qui pense a nécessairement son système, tel quel, sur les choses qui l'occupent» car il a une oertaine numière de les concevoir, de ies coordon* ner et de les expliquer. Quand on commence à étudier une science, on ne voit d*abord que des fails el des mots qui flottent quelque temps dans l'esprit sans qu'on en perçoive les rapports; on se croit perdu au milieu de celte multiplicité. Peu à peu ces détails s'assemblent, se classent, se réduisent. Puis, à mesure que l'esprit les embrasse plus lacileiuent et pénètre leurs analogies, il les réduit encore , jusqu'à cequ'eniiu il arrive à tout voir dans une seule idée ou dans une notion. Alors il possède vraiment le système, il le sait. Il en va de même quand on lit un ouvrage; jusqu'à ce qu'on Tait résumé dans une pensée unique, on ne Jè connaît pas, et s'il ne peut s'y ramener, il est mal fait.

Tout système rationnel suppose donc une idée ou une pensée qui en est le centre. Si c^est une idée et une idée bien conoiu', et que les dévcIopi>rineiUs en sortent àpnori et rigoureusement, sans être altérés par les faits , nous au* roÀs une science véritable, n'avançant que par déduction et ne reculant jamais. Telles les mathématiques. Mais s'il s*agît de faits et de choses vivantes, la difficulté devient plus grande et les résultats sont aussi moius surs, parce • qu'il entre dans le système des éléments contingents, les faits et les réalités ne pouvant se constater que par l'observation des sens. L'idée' peut encore dominer comme principe, et il eu 6urUra quelques pensées secondaires qui se formuleront en délinitious plus ou moins exactes, mais 'dans l'application de ces définitions aux faits, il y aura

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toujours du plus ou du moins, et c'est là que oommence

rincertitude et la variabilité du système. Que s'il n'y a pas même d'idée au fond de la connaissance, alors tout reposera sur une notion générale, laquelle étant relatÎTe de sa nature, ne donnera qu'une théorie plus ou moins étroite et toujours précaire. Ici surtout l'esprit systématique devient dangereux, i'homme étant facilement poussé à l'excès par sa tendance à Tunité. Ën effet les notions générales formées par la raison, si larges qu'elles soient, n'exprimenl cependant que le point de vue d'une raison particulière. Comme elles sont un produit de l'ahsiraction et des phénomènes, il ne peut y avoir en elles l ien d'universel, rien de nécessaire; car en supposant même qu'elles soient adéquates à tous les faits connus , et qu'elles représentent complètement le passé de la coifliaîssance, elles ne peuvent engager l'avenir, et les faits futurs n'y sont point compris. Or quand un esprit est préoccupé d'une . notion de ce genre, il est pof té i j ramener tout, à tout expliquer par elle. Dès lors il observe les faits sous l'influence de celle préoccupation, avec le désir secret d*y voir cequ il veut; et la plupart du temps, comme il arrive dans l'illusion de la passion, il ne voit en effet que ce qu'il désire; ou bien l'esprit systématique dénature la réalité et lui ^it violence, si elle ne se prête point à ses vues* L'art de guérir nous en offre de tristes exemples. Il n'y a pns une maladie qui n'ait^ été traitée par les médications les plus contraires, et chacune dé ces médications a derrière elle un ^stème. Tel médecin explique tout cas morbide par l'irritation , par l'inflammation; il voit partout phlogose et phli^masie, il voit le feu partout; donc il faut Té-

leindi*e, et pour oela rafraîchir, affaiblir, tirer du sAng, et tout ce qui tient à la méthode diibiliiante. Tel autre voit dans chaque inaiadie une faiblesse, une atonie, un défaut de force et de vie ; donc ii faut stimuler, rédiauffer, fortifier; et de \k t'emploî général des toniques, des stoma- chiques, des asUingenls, etc. Ilj a du viai des deux côtés , et c'est pour cela que chacun a des partisans ; car les homiBes sont toujours séduits par l'apparence de la Té* rité. Mais ce qui est faux» c'est d'universaliser ce qui est relatif, c^est d'appliquer à tous les cas ce qui ne convient qu'à quelques-uns.

Ii en va de même dans la Psychologie, depuis qu'on veut la traiter uniquement par la voie expérimentale. Chaque observateur volt l'homme à sa manière , en raison de son point de vue et de sa propre individualité. N'ayant point l'idée fondamentale de rhomme, et par conséquent, ne connaissant point sa nature, il s'attadie de préférence à telle faculté qui lui parait dominante, et par die il veut expliquer les autres. De là un système psychologique partiel, exclusif, qui fausse la connaissance de l'homme; le Sensualisme de Condillac, par exemple, qui veut tout ramener à la sensibilité, en sorte que les facultés intellectuelles et morales ne sont que des transformations de la sensation. D^utres ont vu tout l'homme dans la raison, dans la faculté de penser; de là le Rationalisme, qui mettant la perfection de l'homme dans le raisonnement, le porte à ne croire et à n'admettre comme vrai que ce qu'il a jugé dans sa raison propre. D'autres, habitués par leurs éludes spéciales à considérer surtout le physique, ne voient en nous que de la matière organisée, de la

chair vivante > plus quelque chose de vague qu'on appelle b vie , et dont ils ne 'savent comment expliquer l'origiDe.

Ils ne tiennent aucun compte de l;i nature psychique et intelligente, ils melleut tout l'hoiume dans l'organisme, li y en a au contraire, qui dans leurs études psychologiques laissent de côté le corps et son influence, et négligeant la partie physique et ethnique , si admirahie dans son économie et si pleine de seus par ses rapports continuels avec le moral, s'enferment avec opiniâtreté dans la consctenoe de leur moi, dont ils espèrent tirer toute la seîence de l'homme. Dans le monde politique il y a toujours plusieurs partis qui se disputent le gouvernement et le pouvoir. Chaque parti a sa devise, c'est-à-dire sa pensée et son langage qui en est l'expression. Cette pensée est elle^néme la formule d'un intérêt, et cet intérêt, tendant à prédominer, afin de se satisfaire légitimement se donne pour l'intérêt général. C'est donc encore une partie qui veut se mettre à la place du tout. Aussi chaque faction se dit le représentant de la totalité, et parle avec assurance 'au nom de la nation; c'est le pays qui veut ce qu'ils veulent, qui réclame ce qu'ils demandent; donc s'opposer à eux, c'est résister aux vœux du pays, c'est se mettre en guerre avec la volonté générale, et de là leurs menaces et leur jactance«. Plusieurs sont de honne foi; ils croient ce qu'ils disent, et/souvent ils font d'autant plus de mal qu'ils sont plus sincères, mettant plus d'ardeur dans la lutte, à mesure qu'ils sont plus convaincus.

La seconde manière dont la raison exploite les idées et les notions générales, c'est la. déduction ou l'art du développement Il est évident que sans propositions générales

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le raisonnement serait impossible; mais ii est clair aussi que la vérilé des conséquences dépend de la vérité des pré* misses. Si les prémisses sont fausses, plus on raisonnera rigoureusement, plus on s'enfoncera dans Terreur, puisque d'un principe faux il ne peut sortir légitimement que de la fausseté. L'acquisition des idées et la formation des notions générales est donc ce qu'il y a de plus iniporlant pour la raison; car elles sont les l>ases de son traTail. Il servirait de peu de bien raisonner, si Ton n'avait la faculté de discerner la vérité et la fausseté des principes. Dans ce cas, au contraire, Tart de la dialectique devient une arme funeste, parce qu'elle sert à munir et à défendre l'erreur. Le logicien subtil, qui a l'esprit de trarers et le jugement faux, est le plus terrible adversaire de la vérité.

Dans ses coastructioas comme dans ses déductions le travail de la raison n'est légitime et fiructueiiic, qu'autant qu'elle opère conformément aux lois de la nature, c'est-à-dire si elle reproduit par sa synthèse Tordre même dans lequel les choses existent dans la réalité, ou si elle suit dans son analyse la manière dont les existences se développent objectivement. La raison humaine n'a point en eile^ même le critérium de la vérité; Il lui est donné de plus haut, et rexpérience seule peut monlrei" si elle le possède et si elle l'a bien appliqué. C'est par la.

pratique que 8*éprouTeDt les systèmes el les raisôn-

nements, comme Tarbre se juge par ses fï nits: dans les choses religieuses et morales par la conscience et par les actes; dans les choses naturelles par le sens commun et par Tutilité; dans les arts par le goût et le sentiment du beau; dans rinslitulion sociale par le bîeo-ètre ou le malaise des peuples.

Il en est des œuvres de rhomme comme de celles de la nature, elles se justifient par leur résultaL Les pensées

humaines sont vraies, justes, quand elles sont conrormes à Tordre objeclif, auv lois de la nature pour les choses physiques, au dessein de la Providence dans les choses morales. Comment reconnaître cette conformité? On ne peut que la pressentir, la présumer, la conjecturer à l'avance; elle se démontre par l'expérience et dans la réalité. "Le iiiLÎlIcur . juge de la vérité ou de la fausseté des opinions, des systèmes, des théories, des spéculations, c'est la pratique et le temps: il faut savoir attendre. C'est une erreur grave et malheureusement trop commune , de croire que la raison humaine ait en elle un critériimi ;il>solu de la vérité, en sorte qu'elle puisse, en pensant et en raisonnant, la discerner infailliblement. S'il en était ainsi, la raison serait au-dessus de la vérité, puisqu'elle posséderait ce qui la juge; die serait indépendante et ne relevant que d'elle-même, puisqu'elle aurait en elle la mesure du vrai et par conséquent de toutes choses; ce qui n'appartient qu'à Dieu. £lle devient «apable de discerner le vrai du feux par une lumière supérieure, qui lui arrive comme une grftce, comme un pur

don» et par laquelle ae forment dana Pinlelligenoe lea idées qui foumiaaentà la raison lea mesures de ses appréciations ,

de ses jugements, cl ks ppincipes de ses raisonnemcnls. Quand elle a appliqué ces mesures et développé ces priacipea, elle croit toujours aroir pensé juste. S'il s'agit d'une science de raisonnement pur, Teiactitude des résultats en donne la preure. Mais si des faits j sont mêlés, il faut l'épt cuvc de l't '\(iLTience; la pensée ne peut être jugée définîtiyement que par la réalisation de ses conséquences. Celle épreuve est dangereuse pour celui qui la tente et pour tous ceux qui y prennent part. Que de systèmes n'avons-nous pas yu paraître et disparaître 1 Ils s'essaient dans la réalité; s'ils n ont point en eux les conditions de la vérité, ils ne tiennent point; car il n'en va pas dans l'ordre réel comme dana notre entendement» où toutes les chimères peUTent trouyer place. Ainsi se sont jugées ces doctrines morales, politiques, religieuses, que la raison livrée à elle-même, a prétendu, dans son exaltation et sa grande confiance en son saToir*faire, substituer aux vérités chrétiennes, et qui n'étaient en défihitiye que de misérables parodies des idées profondes, de la sublime charité et des institutions divines de l'Évangile. El que n'a-t-on pas dit et écrit sur le saintsimonisme dans ces dernières années? Tant qu'il est resté dans la spéculation et dans les livres, la discussion était chaude; il y avait du pour et du contre aux j eux de beaucou ]• do niotjde, mais quand îl est descendu sur le terrain de la réalité pour mettre la main à l'œuvre , il s'est jugé par son impuissance; il s'est tué en voulant s'établir. Il en est de même de toutes les inventions de la raison , de toutes ses pensées pour l'ordre social, l'industrie, les arts, l'agri-

culture. Laissez paraître, laissez venir les applications et la pratique, et bientôt l'événement décidera. Ce qui est utilé restera après une certaine oscillation; ce qui est faux ou Tain sera emporté par le fleuve du temps, qui roule Foubli dans ses ondes. •

Il ne faut donc point su hâter de juger à priori un système, une invention, toutes les fois qu'ils ue présentent ni absurdité ni contradicUoni et qu'au contraire des s^ptômes de Térité s'y trouvent. Il faut voir la pensée à l'œu- . vre, se réaKsant par le fait, s'éprouvant par l'application. Ainsi doiuon le plus souvent conduire les hommes. On est obligé de leur laisser commettre les fautes qu'on prévoit, pour qu'ils acquièrent par l'expérience la conviction de leur erreur, de leur faiblesse ou de leur incapacité. Si vous le leur disiez d'avance, ils ne vous croiraient pas; ils se tourneraient contre vous, et vous les rendriez encore plus ennemis de la vérité. L'événement dira plus que vos paroles, qui auront une tout autre puissance, quand les résultats les auront confirmées. Voilà pourquoi le talent, la science, le génie même, ne peuvent suppltîer a 1 expérience ni à la pratique de la vie.

La raison ou la faculté de penser prend divers

noms suivant les formes qu'elle revêt, les objets auxquels elle s'applique et la manière dont elle s'exerce;, on la distingue généralement en raison spéculative et en raison morale. Le plus bas cfegré de la raison

spéculative est C esprit naturel qui ^ lorsqu'il est droit et juste, constitue le bon sens; appliqué à la perception des rapports, on le iiumnie discernement^ sagacité, perspicacité , pénétration. Renforcé par la réflexion, il àen&al méditation, spéculation; et alors ses principales qLuililés sont la pi olundeur, l'étendue et la rigueur logique. Sous le point de vue moral oudaus son application à la conduite, la raison morale , dont le premier degré est le sentimeru des convenances et cq qu'on appelle le tact, produit la prudence, la circompeetian, la sagésêe humaine ou Vesprit de eanduite. ,

La raison spéculative et la raison morale sont au fond la même raison , appliquée d'un côté à la recherche de la vérité, à r^cquisilion delà connaissance et de la science; de l'autre à ia distinction du bien et du mal, du juste et de rinjuste, et à la réalisation des dictées de la conscience dans la conduite de la vie. L'esprit naturd est la raison dans sa première manifestation, à son aurore. Tout homme, se développant dans les conditions de l'humanité, a de l'esprit naturel ; c'est-à-dire qu'au milieu du monde et de la société , il acquiert assez de raison pour percevoir les rapports de son existence avec ce qui l'entourey discerner ce qui peut être utile ou nuisible à sa conservation. Ainsi le sauvage qui vit avec sa tribu dans les forêts, aura un esprit naturel relatif à sa position; Thomme qui se développe sans instruction au milieu d'une société avancée, aura un esprit naturel analogue à la civilisation de cette société, II. 23

et il en sera de même pour chaque condition çbes un peuple. Ceux qui iuanqueot de cet esprit sont appelés iqibécilles ou faibles d'esprit, idiots , simples, et cette dernière expression est très juste en ce sens qu'ils sont dépourvus de la faculté de rénéclilr, par lat^uelie Thomme se double en lui-même, se fait sujet-objet pour se connaître et connaître en lui ce qui Tafifecte. Geux^u'on appelle spirituels ou gens d'esprit ont celte qualité à un degré émilient; et leur esprit est brillant, (juand il s'unit à une imagiiiaLion vive qui réfléchit en couleurs éclatantes les rapports perçus, et à une parole facile qui les exprime par saillies et d'abondance.

Le bon sens suppose la rectitude et la justesse de l'esprit naiurel; c'est urn m uiière spontanée, naïve, mais juste et nette déjuger les hommes et les choses dans une position donnée. Le bon sens est en général tout pratique et ne s'élève point à la spéculation. Il juge sourent mieux qiie la spéculation , bien qu'il ne puisse rendre compte de ce qu'il décide, parce qu il voit les choses pius simplement, plus droitement et non à travers les préjugés, les préventions et les opinions convenues qui embarrassent trop souvent l'esprit des savants* Il est renaarquable dans les enfants, les femmes, les ignorants. Il vise aux résulta tb, s'inquiète seulement de ce qui est nécessaire ou utile, et n'a de portée que pour ce qui se rattaobe à la position de Tindîvidu.

Le diseemement est l'acte de l'èsprit séparant les mm- *

traires, les différences, et nieUanl chaque chose à sa place. 11 suppose une mesure d'appréciation, et il est plus sur, quand sa mesure est nettenient déterminée et qu'il a plus

4'iiabiiude de l'appliquer. L'exercice le jreod {ftlii9 prcMppt» plus foilo» plii« fiitbiiU Qu{iR(iie diampmo^i porta Ai)r des rapports très éloignés, et quil décide de ce cpi'îl ïie voit pas par ce qu'il voit, présumant, conjeciui ant, induisant et devinant, ii s'appelle sagacité; et il a en eiièt quelque <^ose Û0 diyinatoire» qui loi fait, pour ainsi dire, prévoir rapports dm choses aTant de les saisir. C'estuneespèee dlns^ tinct de la raison, semblable jusqu'à un ceilain poiaL à celui de i'animal qui sent de loin sa proie et la suit à la piste» qui pressent ce qui lui est oécessaire, la oourriture qui lui convient ou le danger qui le menace.

La perspicacité Indique un autre mode de là raison; c'est le regard de l'esprit voyant à travers beaucoup de choses et distinguant tout juste dans le mélange celle qu'il «dierche* La perapicacité démêle ce qui estemhrouiUé» saisît firécisénient le point principal de diaque chose au milieu des détails et des acccssuiies, et su il avec constance la ligne qui mène au but malgré les voies diverses qui se oroi-* sent sous aei pas. Cest une qualité précieuse dana les re<» cherohes sdentilîques et dans la pratique des afiaifcs^

La pénétraiioH est le regard de l'esprit perçant les objets pour les voir dans leur fond et y porter sa lumière. La plupart des hommes ne voient les choses qu'à la surface. Un esprit pénétrant est loujours poussé à chercher ce qui est paiMiessous', à désoendve dans la profohdtiir; et jpour cela il regarde les objets directeiuciit, en face, afin que son rayon, tombant perpendiculairement sur Tobjet, ne aoit ni réfléchi ni réfracté, et passe tout entier jusqu'au centre. -

- Ces modes de la raison, ces nuaaœs de |a pensée sont

dësqualilés naturelles qui peuVent être perfectionnées par rcsiercice et par l'art Elles opèrent le plus souvent par instinct, sans que la volonté s'en mêle eipressément. Quand

la réflexion les dirige et les soiiticnl, quand la volonté les applique sérieusement et avec suite à un travail donné» la raison devient spéculative* Alors la pensée se nomme méditation, et elle tend au système, à la théorie. Elle a de la profondeur quand dans ses généralisations elle s'adresse aux caractères les plus essentiels, à ceux qui concourent le plus efficacement à la formation des choses et à la manifestation de la vie; quand dans sa manière d'expliquer il y a une idée première qui sert de base au discours , un principe qui donne aux développements de la solidité et de Tunité. Une raison profonde n'a point de relâche qu'elle ne soit arrivée au jtond des dioses, auUnt qu'il est donné à l'esprit humain d^ entrer. Une raison étendue est oellè qui a la capacitéd'embrasser beaucoup de ftiifs ou de pensées dans un même point de vue, comme Toeil qui aperçoit d'une hauteur un grand nombre d'objets et décrit autour de lui un immense horizon. Une raison étroite ressemble à une vue courte, dont l'horizon dépasse ih peine la circonscription de la personne. L'instruction, la lecture, la conversation, tous les moyens qui servent à acquérir des connaissances, tendent à élargir l'esprit, à fortifier son re^rd età donner à la raison plus de portée et plus de puissance. C'est un des principaux résultais de la communication active et inultiplicc des individus etdes peuples. Enfin la raison spéculative a de la /v^ftea/ quand, percevant nettementies rapports des choses, elle les enchaîne .dans leur ordre naturel et met chacune à sa place, soit dans la synlhèse» soit dans la dé-

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duotioti. Par oetté iMÎson inlime l'unîté s'élablit dans le

travail Je la l aison, el il y a de la conséquence, de la solidité et de Tensembie dans tout ce qu'elle pense, dit cl écrit.

Les qualités de la raison morale correspondent à celles . de la raison spéculative, et n'en diffèrent que par l'application. A l'esprit naturel répond le sentiment des contenances, instinctif à son origine, et qui suppose aussi pour son déTcloppement^ l'influencé de la société el cette instruction spontanée qu'on reçoit, par cela seul qli'on vit au milieu dt; la rivilis;jLioi) et dans une atmos[}li(Te sociale. De là, la pudeur, la bonté naturelle, la crainte de laire le mal, le remords quand on l'a commis, et tous ces faits mo^ raux qui prouvent que la raison est déjà munie d'une certaine mesure de bien , de justice , d'honnêteté, qui lui sert à apprécier les actions humaines. Ce sentiment des convenances, forlifié et affiné par rexpérience, proiliiii ce qu'on appelle figurément le tact, parce que cette faculté sert à nous conduire au milieu des bommes et dans la société , comme la main aide l'aveugle à se dirip^er dans l'espace; et que par cette espèce de touober moral, comme par les doigts, nous reconnaissons le mieux les choses utiles ou nuisibles. La prudence est le tact réduit en système, de* venu habituel et dirigeant la conduite d'après tel point de vue et pour une certaine fin. La circonspection est la prudence en acte ou appliquée aux circonstances du moment, de manière à ne se compromettre en rien et à se garantir de tous les côtés. La sagesse humaine est la perfection de la prudence; c'est la raison morale à son apogée, s'efforçant de réaliser dans sa conduite et par sçs actions ce qui

lui «enkble le plus oooYtoable, 1« plus utile ou le plue boBnéte. Elle se distingue par V esprit de conduite, qui en est

rapplicalion au milieu de la sociélc et dans les relations oompli<]uées et délicates que l'état social établit entre les boiDinês.

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