CHAPITRE IX
DûVacte leplus pur de l'esprit, — Exercice de l'inielligenoe,
L'esprit humaia, qu'il ae faut pas coafondre avec ràme humaine, ëtant le produit du développement
des deux substances qui constituent Thomme, participe nécessair émeut à la nature de chacune. U tient à la fais de l'âme et du corps, et de là ses divers degrés, suivant l'influence prépondérante de l'une ou de l'autre à savoir: l'esprit inférieur, posé par la nature physique sous l'influence des agents qui liii sont analogues et dont la manifestation la plus brillante est ['imagination; 1 esprit, supérieur , posé par le dév^oppement de la nature psydiique dont Im première puissance est VintelUgence; et enfin Te»* prit moyeu ou mixte, qui résulte de l'équilibre des deux, Ou la raiton, L'iûtelligenee et la raison sont donc des facultés distinctes de Tesprit humain.
L'intèllîgeiMse est le i^ayonnement luminéon de
l'âme, pénétrée et iëcoudéé par la lumière ditine.
Elle établit autour de l'àinc comme une auréole et dëtei'mîne sa forme spirituelle, Veniendement pur, par lequel l'homme peut communiquer immédiatement avec le moade intelligible, avec la Sagesse divine. L'Être daos sa triple manifestation en Bonté, Vérité et Beauté, les idéaux et les idées, tels sont les objets de rintelligence. Les objets naturels de la raison, qui a été souvent confondue avec l'inteU lîgence sous le nom de raison supérieure ou de iaeullé de l'absolu , sont les phénomènes ou les images des choses, les faits de la conscience^ les notions abstraites et les signes qui les expriment. La raison, proprement dite, ne peut juger de ce qui est universel.
Nous avons dit au chapitre II ce que c'est que Fesprit en général, combien il y a de sortes d'esprits; et dans le chapitre 111 nous avons expliqué la constitution parti* culière de Tesprit humain , résultat des deux natures qui composent l'homme, et ainsi les représentant dans leur union. Nous n'y reviciiclroiïs point. Nous vouions seulement marquer ici d'une manière saillante, la distinction de Tintelligence et de la raison, confondues par la plupart des philosophes» au grand détriment de'la Pi;ychologie.
L*esprlt, nous Tavons vu, n'est pas Fâme; il lui appartient comme une propriété, une qualité, une faculté à sa substance; car l'esprit créé n'a point de substance en soi» et c'est pourquoi il ne peut suhsister par lui-même; it
lui faut toujours un substratum qui lui serve de base et Jui donne de la fixité. L'esprit humuo, complexe par ses éléments, est cependant un par la personnalité et dans la conscience. L'intelligence et la raison ressortent du môme esprit; elles en sont des puissances, mais des puissances distinctes; car elles diffèrent par les natures dont elles sont issues et qu'elles représentent. Dans l'homme adulte, l'intelligence, produit de la nature psychique ou rayon de 1 amc, se mêle avec l'esprit de la nalurc physique dont elle reçoit nécessairement l'influence, à cause du développement simultané de toutes les parties de l'homme. Le caractère intelligent domine tant que l'élément psychique est en plus; quand les deux éléments se balancent, la raison parait. Nous ne pouvons concevoir la raison , ni même les opérations des sens, de la mémoire » de fîmagination , de Tentendement exercées yolontairement et avec conscience, sans l'intervention dè l'intelligence; mais on peut cunuevoir l'intelligence sans QÇS facultés, et par conséquent sans mélange d'esprit physique et d'influence inférieure: c'est ce qu'on appelle l'intellîgence pure. Tels doivent être les êtres intermédiaires entre IHeu et Thommé actuel. Dans l'homme de la terre l'intelligence ne peut pas acquérir toute sa pureté , parce que râme est unie à un corps périssable et grossier. Mais dans une autre sphère d'existence, quand l'âme sera délivrée des impuretés qu'elle a' contractées ici-bas, quand le corps glorifié aura repris sa beauté originelle par le travail épu râleur de la mort et de la résurrection; quand le rapport, établi primitivement par le Créateur entré ces deux substances pour constituer l'hotnme pàrl3iit,')sera
restitué, alors l'intelligence ne sera plus entravée par la na- Ivre physique; elle en sera au contraire admirablemeat «enrle, seocfndée» «t elle j<niira de toiite sa piûssaitey redtréinte «ujourdlmt ptr les nëeeasitétt de lâ matière et du monde inférieur sous lesquelles l'homme est tombé. Déjà maintenant, à mesure que nous nous élevons au-dessus du eorps , de aea déiiro et des dioses qui les exoiteot, notre eiprit s'é|»ute^ notre raison sè tourne en haut; et rintotligenlce » éokiipée pat* ufie luibtère 6uf>ériettre , pressent lldéal et s'élance sur les aiita du la couleiuplation vers les vérités éternelles.
Si rintelligenee et la taîflon sont des fiicultés distiaotes de l'esprit, elles doivent différer panr leurs relations.
L'intelligence est en rapport naturel avec ce qui est analogue à i ame dont elle est le rayon , par conséquent avec ce qui est étemel, absolu, liniversel, nécessaire. Le monde divin et le monde intelligibiey voilà son objet Tout homme en qui l'intelltgénoe domine, oherdie en tout et par-dessus tout, ce qui ne passe point, ce ne périt point, la Vérité. Il se distingue par là des hommes vulgaires, chei lesquels prévalent la raison et les sens; Tbomme des flen4 ne jintànessant qd'à oe qui le fait jouir, rhomme de raison raisonnant sa joiiissanoe pour la tourner en Intérêt bien entendu. La raison d'ailleurs est étroitement liée à l'intelligence, parce qu'elle lui est immédiatement subordonnée; elle en r^itses principes et ses lois, qu'elle applique sans pouvoir les expliquer; et si elle les reftise oit tes met en question, elle s'ôte la possibilité de penser et s'annule par le fait. Son travail porte sur des matériaux Iburnis par l'eipérienoe; et ainsi toutes ses œuvres, si habilement
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combinées qu'elles soient, ont toujours le ctrrdotère de la'
contingence et du relatif. Les axiomes eux-nicmes, tels que la raîfion les formule, n'ont point une portée universelle; ils n'ont de valeur que dans la sfihère rationilelle et dantf le monde physique, partout où le temps et resfMce sont les conditions de Texistence. La loi de la substance, qui affirme qu'il n'y a point de qualité sans substance, n'est applicable que là où la substance se manifeste et se distingue par des qualités, par des acddents. Appliquée au monde divin, à Dieu, elle n'a plus de sens, parce que Dieu est Celui qui est, qu'en Lui il n'y a qu'èlrc et sulistance, rien d'accidentel, de contingent, de phénoméuique. La loi de la causalité qui dit: Tqutee qui existe a uneeau$e, s'arrête impuissante devant VÊtre, Prindpe de tous les êtres, àu éék duquel il n'y a plus de cause. En Outre Dieu, comme Créateur, ne peut pn^ être appelé proprement la cause des créatures; car si le Créateur et la créature étaient entre eux dans le tapport de la cause à Tefiet, ils seraient de la même nature; l'une eût été contenue virtuellement dans l'autre, comme un fait dans celui qui le produit, ce qui mènerait au panthéisme. Il en est de même des axiomes suivants: Bien ne vient de rien; le tout est plus grand que la partie; le tout est égal à la somme des parties; propositions évidentes, incontestables dans le monde physique et rationnel, mais qui, Lraiisportées dans le monde métaph^si(|ue et intelligible, donneraient lieu à des jugements absurdes et impies , ce qui arrive quand la raison humaine, voulant juger ce qui la dépasse, applique ses mesures à un ordre de choses où elles ne vont plus. Elle établît alors un dogmatisDie logique sans base ni sanction, qui compromet les
hautes vérités quil Teut défendre, comme II est sans force pour les â>ranler, quand il se tourne contre elles. La spéculation l alionnelle, appliquée exclusivement aux vérités transcendantes de la religion , de la morale, de la science et de Tart, a toujours produit ie scepticisme.
L'intelligence et la raison dinèienl nolableiiitnit par leur manière d'opérer* L'acte de riatelligence est simple comme Tàme dont il émane; c'est le r^rd de Tâme percevant ou appréhendant la vérité instantanément et aussi simplement qu'il est possible , c'est la vision pure : on l'appelle coniempiation. L'acte de la raison au contraire, ou la pensée, est toujours complexe, successif, iVaclionné. Elle part de données contingentes, de phénomènes , de faits , d'observations qu'elle compare pour en faire ressortir les rapports. Elle abstrait laboricusemeal, elle induit et déduit avec effort, et sa plus haute opéra- . tion, le raisonnement, est le signe de son imperfection, puisqu il prucèdc lentement du connu à Tinconnu, empruntant le secours des moyens-termes pour unir les extrêmes dont le rapport n'est point immédiatement saisi. La raison est à l'intelligence comme le temps à Téternité.
: La distinction de,la raison et de rtnleltigence a .él^.iftite
dans tou9 les temps paries phii<toaphes qui ont sii Observer profoAdémerit Pâme humaine. Elle ressort de tous cfttés
dans les ouvrages de PiaLoii, là surtout où il décrit les degrés d'ascension de l'esprit pour revenir par la purification à la eonlemplation. La doctrine platonicienne repose en grande parlie sur l'opposition de la science, fondée sur Vidée i et de la eonnàissaneè qui provient des seiis et de Tabstraotion rationnelle. Le gnostiqus ou le vrai savant, s'élevant par la vue de rintelligenoe Jusqu'à Vidée des choses , sait d'une manière certaine, immuable; tandis que celui qui ne connaît que par les sens et les facultés inférieures , ne saisit que des phénomènes, des ombres, et ne peut avoir que des opinions. Scire cl opmari étaient pour les anciens deux choses très dififérentes et même presque opposées. La fa* meuse all^rie de la caverne, dans Platon , Teaiprime d'une manière frappante.
«Représentez- vous une caverne où la lumière ne pénètre que par une seule ouverture. Dans cette caverne sont des bommes qui y ont été élevés depuis leur enfance et qui 7 restent la téte et les jambes enchaînées, en sorte qu'ils ne peuvent porter leur regard que sur ce qui est devant eux. Entre la lumière qui vient d en haut et eux, est un chemin par lequel passent des hommes portant des statues, des figures d'animaux et autr^ choses ; et les ombres de tous ces objets sont projetées sur la paroi opposée de la caverne. Nos prisonniers qui ne voient q|ie des ombres sont cependant persuadés qu'ils.aperçoivent les objets. Que si nous détaxions l'un d'entre eux pour le mener vers la lumière, et que nous lui fusions voir les dioses elles-mêmes , seron t* ce les dioses ou leurs images qui lui paraîtront ia vérité ?
Cel Kiomme exp(wé stibîtenmi i i'^al 4e la lumière en souffrira au eoipnienceiiieiit; il ne y^rra Hen à cause de la
douleur, puis il s'v habituera peu à peu , regardera d'abord les oiye^ pendant^ i^uit et à la lueur des astres, et finira par Im contempler ep plein jour; et alors» toutes les fois qu'il <e rappellera sa vie pasaée, il la trouTera bieii ipiaérabte auprès 4ç sa vie présente. Supposes maintenant qu'il rentre dans la caverne, et cpie parlant de ce qu'il a vu, des choses véritables, à ceux qui n'en sont poiut dorais» il leur a£Krme qu'ils ne voient que 4^ ombres^ oeuxH» ae moqu^ ront de lui, ils le regarderont comme un foui ila dii9ont que personne ne doit chercher à s'élever aux choses supérieures, el que si quelqu'un le tente, il faut le tuer. Telle est l'image de notre vie. Tant qu9 i¥>us nous servons seu- • lement d^ senB * nous ne voyons que les ombres des étm« Mais quand nous dirigeons le regard de Tâmeen haut, nous conleniplons les choses intelligibles et vraies. Ceux qui redescendent de cette contemplation n'aiment point à se mêler des choses humaines, et il n'est pas étonnant quA les autres hommes se moqn^t d'eux et persécutent, parce qu'ils ne peuv^t plus s'habituer à leurs ténèbres. > (ItepubLj liv. 7.)
Cette caverne est Tentendement humain. Leurs sens et leurs oi^es sont l'ouvierture par où la lumière pénètre, les images qin se pei^gnent sur le fond sont les conceptt^wi des choses sensibles dans l'ipntendement; ceux qui prennent les ouïbres pour la réalité, qui composent leur connaissance avec ces /antom^s et repoiMsent l'annonce des ohos^^aupérianm, «p«| bomwes de raison s'enleop^nt dans Ifur esprit propr«t et faisant de lu science avec des
absIraclioDt. Celui qui a été délivré de sea Kéni, oonduit
a la lumière el mis par elle en rapport direct avec la vérité, cest l'hx>miue d'intelligence qui, ^yant goûté les choses étenielles» n'a ptua de gotk pour les péritsaUe»; o^t rhomme transoeDdant dont ae moquent les hommes positîfiret Tulgaires; c*esl ic génie aux prises a^eç le sens coa\mun et Thabitude.
Voici un autre passage de Platon où les deux tmes de Fesprit sont parfaitement dist«giiées.
« L'ârae Toit de âenx inamèm; ou elle voit par le oorps', par les organes des sens; ou elle voit purement par ellemême. Dans le premier cas elle est entraînée par les organes tm ce cpii change toujjours ; elW s'égare , se trouble comme wvrée» eHe ne toucheles cboses qu'en vaolllam. Mais quand elle yoit purement, par elle-même, rans intermédiaire, alors elle se dirige vers ce qui est pur, éternel, immortel, immuable, s'y attache fermement, epmme étant de la même nature; die cesse d'en«er, et une fois qu'elle a toucbé tsc qui est étemel et immuable, die y reste fixée. » (Phadan; chap. XXVII , ediL. Je Vittenbach. — P. 1 88 de ceiie de Deux- Ponts.) ' .
En voici un autre qui marque les degrés par où l'âme a'élève du sensible à l'intelligible, de la sensation à l'idée.
« Celui qui veut s^élever à'I'amour parfirit, à famour sublime, doit passer par tous les degrés de la beau lé. D'abord il considère les beaux objets de la nature, puis il reconnaît que la beauié cpii est dans tous les teiape, est une Seule et même beauté, et alors il' ne s^btlache plus A un seul objet beau , mais il devient amateur de tous les beaux objets en général. Ensuite il trouve dans les âmçs
une beauté supérieure à edle de» corps; il la considère dans les actions, dans les caraclères, dans les institutions
humaines , tlans les lois; et il IrouTC que cette beauté morale est une et la même. De ià il passe aux sciences, et trouvaut en elles une source abondante de beauté , il n'admire phis servilement telle diose, telle action ou telle institution; il ne reste plus esclave d'une beauté ffortienlière, mais se plongeant par le regard dans la mer profonde du beau, il contemple; et en contemplant il enfante des idées et des pensées merveilleuses, jusqu'à ce que, se fortifiant et se développant davantage, il pénètre dans la science une du Beau lui-même. Celui qui est ainsi conduit par l'amour à travm ces degrés, et qui voit les choses belles dans un ordre convenable, quand il parviendra au terme de Famour, contemplera tout d'un coup une Beauté admirable par sa nature..... C'est quelque chose qui a toujours été, qui ne deviciil point, qui ne périt point, qui ne croît ni ne décroit, qui n'est pas beau en une partie et laid dans une au tre, beau dans un temps et laid dans un autre temps, beau pour l'un et laid pour l'autre. Ce beau en soi ne peut pas être représenté par Timaginalion , comme un visage, un corps, un discours ou une science; on ne peut point le pla> oer en autre chose qu'en lui>méme, comiiie dans un animal , sur la terre, dans le ciel; mais il est étemel, absolu, uniforme, étant lui-même, par lui-même et aTCC lui-même. Toutes les choses belles le sont }>;ir sa participation, tellement qu'en donnant à toutes, il ne perd rien. On ne peut non plus lui Jien ajouter et il ne souffre aucune modification. L'homme monte donc graduellement du beau pbjsi que au beau moral, du beau dans les mœurs au beau dans
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les scienoes» puis au beiu dans la soîenoe une ou à la aeienoe do beau, el enfin il contemple le Beau lui-même. Alors en aspect avec le pur, le parfait , le simple, le divin , il s'y attache de toulesa force, et il enfante en lui non plus les ima* ges d'une Tertu encore au-dessus de lui, mais la vertu ellemême; car il toucbe la chose et non plus son simulacre, et en cui'antantet développuiiL en lui la veriii, il devient ami de Dieu et participe à rimmorlalité, » (Banquet, éd. de Deux- Ponu,p.246>
L'école néoplatonicienne d'Âleiandrie, éclairée d'un rayon èbrétîen tout en repoussant le Christianisme, a signalé rintellîgence d'une manière encore plus éclatante.
« Pour contempler la Bisauté étemelle, il faut fermer Tceil du corps, et ouvrir, exciter cet autre œil que tous les hommes possèdent, mais dont bien peu seservenL II faut tourner cet œil intérieur vers les choses lumineuses; car c'est par lui seulement qu'on s'élève au monde intelligible pour y contempler ies.idée8. (Plot* Enneade I, liv. 6).
« Si vous êtes pur, un en vous-même et s'il n'y a plus rien d'hétérogène en vous, alors vous devenez vou8»méme lumière vraie et pure, lumière incouimensurahle, non plus restreinte dans une forme, mais immense, au-dessus de toute mesure et de toute quantité. Dans cet état vous n'êtes plus qu'œil , que vue, et n'ayant plus besoin de guide, vous fixez votre regard et vous contemplez la Beauté éternelle, voile, tente, vêtement ou revêtement du liien absolu. » (Plot, Traité sur le Beau,)
11 n'y a pas jusqu'à Aristote qui n'ait posé nettement la distinction de l'tntelKgence et de la raison dans les paroles suivantes tirées Je \ Ethique , liv. 6, cbap. I, a medio, H. 24
« Soientificum atiino», quo aninMi oognotoit neoesnria, ttt alîftd prineipimn et alia pars anime ab opînathro et ratio-
cinativo, quo cognoscit contingcntia. »
On sait qu'Aristotc avait été le disciple de Platon , et bien que la tendance toute positive de son esprit l'ait surtout , porté vers les choses terrestres et ainsi vers les parties de la connaissanoe qui y répondent, cependant il admettait, ainsi qu'on le voit dans ses livres sur la métaphysique, des principes nécessaires et éternels comme bases de la science, et il les rapportait à Tintelligence ou à cette faculté de l'âme qu'il nomme la puisMOtusê seieniifique, pour la distinguer de la faculté opinaiiuejeii raisonnante.
S. Augustin, dans le livre de spiritu et aninui, t. I, cbap, XIV, dit: «Cum ab inferioribus adsuperiora ascendere volumus, prius occurrit nobts smuus, deinde intaginaiio, deinde ratio, deinde inteUectuf, poslea inteUigen'
Il dit ailleurs: « Eadem in homine est ratio et intellectus, licet inteUigere sit simpliciter Teritatem intelligibilem apprebendere, ratioeinari autem prooedcre deuno intellecto ad aliud, hoc enim imperfectè, illud perfeclè est. »
Dans son Traité sur la Trinité, chap. VII in fine : «Pars rationis superior intendit aeiernis conspiciendis et consulendis; ratio infertor intendit tempoi^libus disponen* dis.»
S. Thomas dit dans la Somme, QuaesL 64, arL 2 : « Diifiert
autem apprehensio angeli al) apprebensione hominis in boc, quod angélus apprehendît immobiltter per iiiteilectum, sicutet nos apprehendimus prima princtpiay quorum est intelleotus: Homo vero per rationen apprehendît. mo*
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bilitflr discurrendo àt uno ad alhid, habeos Tiam proee^ dendi ad «tnmiqiie opposit)oniiii« *
Et ailleurs: « Et hoc est in angelis, quia statim in illis qu» primo iiaiuraliter cogaoscuat, inspiciunt oumia quiconque in ets eognosei posBuni, et idco diciintur intd- Uetwdes; quia etiam apud noa ea qu» atatim naturalîber apprebenduntur, inteUi^i dicunlur; unde intellcctus dioitur habitus primorum principioruro. Aoiinse vero bumansB^ qtue veritatis nottliamper quemdam discursum aoquirunt» rationales Tocantur. Quod quidam aocldit ex debilttate întellectualia luminia in eia.» Sum. Quaest. 58, art. 3.
« Ratio est vis anîmx cognoscitiva, deductiva conciusionum ex pnemissia, elioiti?a quoque insensatorum ex senaatia et abatraotiva quîdditatum, nulle organo in operaUone svk egens. Hxo descriptio per ultimam partieulam notât
ditlVr rc rationeiià a sensualitate, quae ulitur organo. Per alias aulemab intetligentîà simpUci secernitur; cujus operatio magta attendttur in receptione cognitionia simplieia a ftuperiori luce, I>eo, quam attendatur in deductione conclusionum, quod est propriumralionis, wwe principia suscepta sint ab experknlia per sc nsLis; sive illa sibi priesentaverit ab alto simples intelligentia.*.. » Joau. Gerson. de myaticftTheologiâ apeculativà. Conaidi XI, p, 371.
«Trea oognoaoendi modi aunt, quorum unua animalia dicitur, uiens maxime ociilo carnis; alius rationalis, utens plus ocuio rationis; alius spiriluaiis , utens oculo contemplationia, aiout dialinxenmt divini homines très oculos et très TiVendi modoa. »
« Videmus itaque qiiosdam ex hemintbiia vivere non de»
Tatiùs qiiam brata : solis enim seiuifaus utunlur , M eos
solos inscquuntur. Alii raagis insequuutor rationem, intelligentes abstractas régulas ariium et scientiarum. Tcrtii iiltrà bao omnia élevant se supra rationem in quamdam regionem ntemitatis et perspicabilttatis et super omnem fhiîtationem et confnsionein infinitam desideriorum et cogitatimiuin in auiam quamdam libertalis serenam assurgunl et evolant, et jam non minus videtur differre eorum ▼îta a csBleris bominibus, quam distant bomines a peoorîbus.» Id. Consid., XXVI, p. 383.
Mais nulle part notis n'ayons trouvé cette distinction aussi netlement et aussi philosuphiijuemiint posée que dans cette pbrase de Boëœ. « InteUectus comparatur ad rationem sicut «temitas ad tempus. » (De oonsol., Ub. 6, ex prosâ 4.)
Si maintenant nous rentrons en nous-iâémes pour conslater par noire propre expérience cette distinction fondamentale, nous trouvons en effet deux manières de voir, comme dit Platon, Tune par les sens et au dehors: c'est la vision organique; l'autre par l'esprit et au dedans: c'est, la vision intellectuelle ou le regard de l'intelligénce. Dans Vune ni l'autre il n'v a aucune réflexion acLive, aucun mélange de pensée* Quand je regarde un objet, j'observe, je considère, mais je ne pense point; et aussitôt que je pense, je ne vois plus l'objet au débors, mais son image dans mon entendement. Il en est de même dans la contemplation de la vérité ou d'une idée; je vois, je regarde, j'admire, je suis pénétré de la lumière de la chose et la sens délicieusement, mais je né pense point; et si la réfleiion intervient, la contemplation cesse et la jouissance avec elle. Rien n'est plus simple ni plus subtil que la vision de i intelligence :
c'est le rayon qui fa d'un point à un autre. L'homme intelligent n'est pas toujours celui qui raisonne le mieux , et
un homme très fort en raison peut n'avoii jjas beaucoup d'intelligence. Ce sont deux procédés différents, et suivant la prédominance de l'un ou de l'autre, l'esprit a une autre allure, un autre caractère. L'intelligence saisit la vérité instantanément, souvent quand on y pense le moins; c'est une illumination soudaine qui la lui découvre; et nî la persévérance (U: 1 allcniton, ni la patience, du travail ne peuvent suppléer à ce don du ciel* Les hommes très intelligentB ne fixent pas longtemps leur attention sur lé même objet, mais quand ils l'y appliquent, elle a une extrême intensité, elle perce eu un moment jusqu'au fond, et ils voient plus d'un coup d'œil que d'autres par une longue observation. C'est pourquoi ils travaillent moins, à mesure qu'ils ont plus de facilité, comme on le remarque déjà dans les enfants, où le progrès et le succès sont plus en raison de rintelligcnce que de rapplicaiîon et de l'assiduité.
L'acte de la raison, s'exerçant sur les choses pbénoméniques et sous la condition du temps, est succiessif; car l'esprit ne pouvant regarder qu'une chose à la fois, doit, pour comparer deux objets et en saisir le rapport , aller de l'un à l'autre; et ainsi la perception d'un rapport suppose plusieurs opérations rationnelles. Id se trouve le point ou l'anneau par lequel la raison's'attache à l'intelligence. Percevant un rappoiL entre plusieurs Lernies, l'esprit embrasse en uoe seule vue ce qu'il y a de commun entre eux, ou ce qui les rapproche. L'exercice de la pensée se résout donc en dernière analyse dans un acte d'intdligenoe, dans cette vue simple qui saisit Tunité dans
la mullipliclté; et en effet, nous savons par la maniât dont te raison est constituée» qu'ils a de HnteU^i^enoe en elle. Quand le rapport est perçu immédiatement, d'un
seul coup, c'est l'iiiLclligence qui domine. Quand il est àég9^é à Taide de termes intermédiaires el par la démonstration, Topération est surtout rationnelle; et l'tntelligenoe, qui y prend toujours part parce qu'aucune connaissance ne peut être formée sans elle, est entravée par Ic^ iotmes, par les signes, par tout l'attirail du raisonnement. On ne raisonne que là où il n'y a point évidence; ce qui se Toit n'a pas besoin d'être démontré, et l'aperception simple et instantanée du vrai est l'acte le plus parfait de Tespril. La pensée et le raisonnement analysent, exposent, démontrent: mais pour qu'il y ait lieu à dcuionstration , il faut que la vérité ait déjà.été vue, conçue ou pressentie. L'acte de Tintelligence précède nécessairement l'exercice de la raison.
L'âme, dit Platon, est un œil fait pour contempler la vérité. Elle est immortelle et la vérité est éternelle; elle pourra donc toujours la contempler , et ainsi l'exercice de TinteUigence est immanent comme le siyet et l'objet entre lesquels il intervient* La raison au contraire est- temporaire; car la pensée est successive et porte sur des choses passagères, sur le développement des ejùstences, ou sur le passage de l'être à i'existenee. Or quand ce passage sera opéré^ quand l'être aura manifesté ce qui était en lui, quand le développe^ ment des existences sera accompli par la réalisation des idées divines, et que Thomme sera glorifié dans son corps et dans son âme, 41 n'y aura plus lieu à pensée, puisqu'il n'y aura plus de temps; il n'y aura plus de faculté mixte ou in-
termédiaire eolre le temps et réCernité, entre ie ciei et la terre, entre oe qui est et ce qui parait; la raison sera absorbe par l'inteltigsiM» » conme la temps par rétemité et lamortpar kl
Les produits de ces facultés sont divers comme leurs actes. D*ua côté ce sont les idée», types ou vh-
flets daas reutendemeiil de ce qui est , des choses véritables et éternelles, agissant sur Tâme humaine au moyeu- de la lumière intelligible. Les idées sont pour la science ce que les idéaux, qu'elles représentent^ sont pour les existences réelles, prin* cipeSy bases radicales ^ plastiques pures. Elles se produisent en nous aveo une certitude absolue , fruil de Téridence la plus complète ou du sentiment le plus intime. C'est la certitude métaphysique. De Tautre cAté, ce sont les notion» abstraites et les opinions , systèmes et tlitiui ii3s qui en proviennent; partie contingente et variable de la connaissance^ toujours relative* aux faits , à Tobservation des faits ou aux principes de la démonstration.
Il n'y a de eertîtuile absolue que par l'idée vue ou sentie, La certitude morale, qui serait iiitoujL appelée croy ance ralio/meiie, bien qu'elle soit complète en son genre» puis-
qu'elle eiclur le doute, a cependant toujours de la conlio-genoe. La oertiiude physique est toute rehtÎYe; car elle.se rapporte à notre état présenl, à notre organisation, à nos
conditions d'existence en ce monde; elle varie avec la disposition des organes, la situation et les circonstances. Néanmoins elle est aussi complète à son degré ; car elle porte en elle une évidence phénoménale/ que le raisonnement ne peut loi donner ni lui 6ter. Toutes les fois en cfloL t|ue la laisun veut déraonlrcr ce que les sens témoignent , elle s'embarrasse en des ditlicultés inextricables; elle tourne dans un cercle fioieux, invoquant ce qui est en question pour le prouver, sous peine de n'avoir ni bases ni données. La vue de rintelligenoes'appliquant à des vérités éternelles, que l'àme voit îmmédiniement par ellemême, dit Platon, et non par des images, produit la certitude absolue. Aussi les idées, fruits de la contemplation intellectuelle, sont les principes de la science; il n'jr a poinl de science véritable sans idée.
Il arrive quelquefois que l'idée est sentie plus que vue. La lumière supérieure, qui doit la produire, descend dans la profondeur de ï'àme^y est absorbée et ainsi ne peut se . réfléchir dans lintelligence non encore assez développée. eL par lu incapable de concevoir l'idée et de comprendre la science. Il en résulte ce qu'on appelle la Joi, qui est la radne de Tidée, comme Tidée est le principe de la science, comme la science est la base de la doctrine* Mais cpi'on ne s'y trompe pas; la foi tout obscure qu'elle est par sa prolontieur, est intelligente; c'est une iiuelligence pénétrée par l'action de la vérité, mais qui n'a pas encore conscience d'elleanéme et de ce qui la pénètre ; c'est une lu-
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mière non réfléchie, et par oeia moins éclatante. La foi tourne tout enlière en acnliment et en acte; elle est le mobile le plus puissant de la Yolonté; c'est un levier qui a son
point d'appai dans rûlernité. De là les merveilles qu'elle opère, et par le commerce intime qu'elle établit entre le ciel et l'âme, où s'épanchent alors les yertus et les trésors célestes, et par la conyiction profonde, invincible qu'elle lui donne des vérités immuables: conviction qui rend l'hoinme capable de sacrifier le monde entier et lui-même à ce qu'il croit, à ce qu'il sent, à ce qu'il aime par-dessus tout. Dieu et sa parole.
L'mteliig^noeest plusou moios pure, plus ou moins lumineuse, selon les objets yers lesquels Thomme
'tourne habituelleaieat son regard et son amour. £Ue est toujours le rayon yîsuel de Tàme , et comme tel, rinstrument nécessaire de toute science et de toute connaissance. Mais ce rayon se dirige d'abord par les sens et leurs organes vers les objets sensibles, vers le monde des corps où Thomme vit de la Tie animale. Plus tard l'homme se replie sur lui-môme et crée eu lui un monde spirituel où il vit de la TÎe réflexive, en être raisonnable. Plus tard encore, il abandonne de gré ou de force le monde factice de sa raison propre; et heureux aloi*s s'il s élève vers la lumière intelligible, pour redevenir par elle plus
puremeat iateiiigent! Les théories platooicieaaes de la réndniêeenee et de la purification expriment le re>
tour de l'âme aux idées, ou le détournemeat de sou regard des choses <jui passent ^ pour le diriger vers celles qui ne passent point. Cest la transition de la vision organique à la contemplation.
Quand nous distinguons les diverses facultés de Tâme, rinlelligence , la raison, les sens, il ne faut pas croire que nous les regardions comme autant d'êtres séparés. Il n'y a d'esseoUellement auire dans l'homme que les deux natures qui le constituent et qui sont irréductibles; mais les esprits qui émanent de ces natures se pénètrent, vi dii la proportion de cette pénétration résultent les degrés du développement humain. L'homme étant constitué par l'union d'une âme et d'un corps» il y a quelque diose de physique dans tout ce qu'il sent, dans tout ce qu'il fait, même dans l'acte le plus élevé de son liileiligence, dans le mouvement le plus pur de sa volonté; comme aussi r&me a sa jiart dans les opérations des sens et jusque dans les fonctions organiques du corps. Les facultés sont unes au fond , puisqu'elles sont l'âme agissant ; elles sont distinctes par la Ibrme ou par la diversité de la manière d'agir; de même que dans l'organisme une seule vie fonctionne par différents organes; et dans le monde les forces qui se manifestent par plusieurs espèces d'agents dynami* quts ou mécaniques, sont les expressions multiples d'une force générale. Il ^ a certainement de l'intelligence dans l'eierdce des. sens de l'homme; car par tous les sens il
peut être attentif, et i'atlenlion est la dkeclioii du i^yon deTâme» lequel dans œ cas est atténué, modifié, brisé par les milieux psychiques , organiques et physiques qu'il traverse pour atteindre son objet. C'est ce qui dislinguc la perception sensible dans i'hoiuine et dans l'animai. L'animal a aussi des sens; il voit, il entend, il palpe; il est même attentif jusqu'à un certain point; mais ses sens ne lui servent qu'à recevoir les impressions et les impulsions des objets, d'où proviennent ses mouvemens instinctiis. Les sens ne sont pas pour lui sources de connaissance , moyens d'observation; il ne connaît les choses qiie relativement à ses besoins , et nullement dans leur rapport ;\vcc hi vérité, parce qu'il n'y a point île vérité pour lui, ou plutôt parce que la faculté pour la saisir lui manque. Aussi quelle immense différence entre le regard de l'homme le OHMns intelligent et odui de l'animal qui le parait le plus! Dans l'enfant au berceau, même quand son œil est encore terne, vague, incertain, il y a déjà une aurore de rintelligeoce humaine; l'a me immortelle point au milieu des mouTcmenis de Tanimal, sous l'enveloppe épaisse qui la recouvre; elle brille déjà à travers les ouver* tures de sa prison.
Dans la raison, il y a plus d'intelligence que dans les sens et les facultés qui en ressortent; mais ici le rayon de ràme subit une autre espèce de modification, non plus un réfirangement comme dans les prismes sensibles, mais une réflexion «jui lui est iiiij)runée par le moi eu vertu de sa force attractive, par laquelle îl replie son regard sur luimême pour se fiiire l'objet de sa propre considération. Ainsi l'esprit humain acquiert la conscience de lui et constitue
son entendement. Que si l'âme se tourne volontiers en haut, yen les vérité intelligibles, dès lors elle revendra moins sur elle, elle réfléchira moins, elle perdra peu à peu l'habitude (le se regarder et presque la conscience d'elle-même ; sa raison sera moins exercée que son iaLeiiigence, el die vivra plus par la contemplation que par la pensée. Dans ce cas l'homme devient plus purement intelligent, et il faut qu'il le devienne tôt oti tard, s'il doit rentrer dans l'ordre; il faut qu'il dépouille l'existence fausse que le péché lui a faite. La division par la mort des deux natures qui nous constituent est devenue nécessaire, parce que leur rapport hiérarchique a été bouleversé dès l'origine, et qu'il né peut être rétabli, tel que Dieu l'avait institué en créant l'homme, qu'après que chacun des deux termes, retrempé pour ainsi dire et renouvelé par le feu divin, aura été épuré des éléments hétérogènes qui ont mis le trouble et la discorde entre eux.
De là la néccssitéde la niorl pour tout homme qui naît icibas, et aussi la promesse de la résurrection ou de la reconstitution de l'homme nouveau dans ses parties intégrantes, dans ses deux natures, quand elles auront passé parleTeu de la purification. La mort détruit l'eustence sensible et l'existence rationnelle; car Tune et l'autre résul lent de l'union actuelle de l'âme et du corps; et la mort brise cette union. La raison propre avec ses réflexions, ses pensées, ses opinions, ses systèmes et tous ses produits s'évanouit, quand la -combinaison qui l'a formée se dissout. L'âme avec TespriL intelligent qui en provient va en son lieu; le corps et l'esprit physique qui en dépend , retourne à la poussière dontil a été pris. De là le malheur de l'âme qui, séparée
du corps par la morl, n'est pas toarnée ms les choses éter* nelles et n'y aspire point par son désir. Pleine de Tamour
de la leiTC et des vaines opinions qui s'y rapportent, elle tend de toute la force de sa Tolonté vers ce qu^eile aime encore; et comme elle ne pouvait s'y unir que par le çorps qu'elle n'a plus, elle se consume en un Tain désir, en des effints impuissants; elle est agitée par un esprit inquiet qui ne trouve pas où se poser et ne lui laisse point de repos. Cest un feu qui ne s'éteint point, un ver. rongeur qui ne meurt point Heureux l'homme dont l'âme élevée dès cette vie vers les choses divines , y fixe son regard avec amour,
et comnieiice à ;niiier ici-b;is le seul objet qu'il iloivi; <iimer toujours, se détachant volontairement des joies passagères du mond^ qu'il sera d'ailleurs obligé de quitter tout à l'heure! La religion chrétienne enseigne surtout à vivre en apprenant à mourir; elle y prépare avec tant de solliciLude, parce qu'elle regarde la mort comme une crise qui décide péremptoirement de notre avenir. Le Chris* tianisme seul a vu le vrai but de Texistence humaine sur la terre : l'homme vît ici-bas pour mourir, et il meurt pour renaître. Là est le sens profond de la parole de S. Paul : « La mort est la solde du péché. » Là se trouve la raison de l'efficacité merveilleuse d'une bonne mort, d'une mort chrétienne acceptée avec toutes ses conséquences, comme expiation du mal et moyen de régénération* Platon a entrevu jusqu'à un certain point ces grandes vérités, dont il avait recueilli des traces dans les sanctuaires de l'Orient. Telles qu'il les a comprises, elles sont devenues les vues dominantes, les id^e^ de sa philosophie; il les a saisies dans leur rapport avec la science et l'art; et la purification, l'ex-
piatîon n'ool été pour lui ifue des vuoyem de ranieiicr rboimne à la eontemplatioii du mi et du beau* Il y a dans
ranlinomie qu'il présente sans cesse entre les idieê et les opinions, la science et la connaissance , ce qui est et ce qui existe, les choses véritables et les phénomènes, un aperçu, ou sî l'on veut, ud prassenliment deee que PÉTaii« gile a annoncé plus tard à la terre, en opposant le royaume lie Dieu aux royauiiicë de ce aïonde, la vie étmielle à l'exis- ' tenoe périssable.
UintelUgenee naît dans Tenfant à la première réaction de son àme vers une influenoe analogue à sa nature. Cest par la parole que celte inlluence lui arriTe, et son développement intellectuel est en raison de la parole quî le pénètre. Si cette parole est puicmenl humaine, parlant des sens, deTimagiDatiou, de la raison, de la volonté propre, Tâme en sera faiblement actionnée, pénétrée; et alors sa réaction sera superficielle, son regard ne partira poiut du fond, rintelligence sera peu vivante à sou origine* Mats si la parole vient de Tâme, s'il y a du divin en elle, si elle annonce avec foi le nom sacré de Dieu, alors Dieu lui-même agit médiateoieut sur Tàme de Tenfant, et par sa lumière développe dans Ventendement le germe de l'idée uniterselle
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de VÈire* Cette lumière du ckl échauffe le cœur,
excile et nourrit l'intelligence , facilite le développement iutellectuei et moral, et produit dans reuikat les Tertus propres à son âge et à son degré, le tout en raison de son adhésion ou de sa foi simple à la parole qu il reçoit. La foi est lesigae caractéristique du développement de rintelUgence dans le premier âge.
C'est par la foi que l'homme entre d'abord en rapport avec ce qui est dÎYÎn. La foi, prise dans son vrai sens,
se rapporte toujuitis à quelque chose de sur-humain; c'est l'adhésion simple de l'esprit à la parole qui lui annonce ce qui est infini , éterna!» et par consécpient au-dessus de ses moyens naturels de connsttre. Elle nstt dans l'àme, quand l'objel (}ui lui correspond agit sur Fâme, c'est-à-dire Dieu lui-même par l'intermédiaire de la parole de l'homme* Là où il jr a . de la foi, il 7 a donc communication de l'homme arec Dieu; l'âme esttoudliée d'une impression supérieure, atteinte d'un rayon céleste, et elle réagit par son regard , par son désir, par son amour; puis par ses paroles et ses actes, autant que sa faiblesse le permet et selon ie degré de son dé?eloppemeDt. L'intellîgenoe de l'homme dépend en grande partie de cette première fécondation* Si elle se fait régulièrement, si l'enfant reçoit dès le commencement une parole de bien et de vérilé, une parole de loi qui pose en lui le nom sacré de IHeuj il en sortira une intelligence pure, lumineu^se, Tivante, qui plus tard s'élè^ vera volontiers et comme d'elle-même aux choses célestes
et tendra toujours yers la Vérité uMTeffselle^ vers Dieu son
principe. Si au contraire c'est une parole superficidie qui Ta irappée d'abord, il y aura encore une fécondation intellectuelle, parce que toute parole humaine contient un eaprit de vie; mais le produit sera faible » mesquin; Tesprit développé sous cette influence sera léger, porté à ce jqul frappe les sens et l'imagination, et il n'aura guère de compréhension que pour les choses et les intérêts de la terre. Si enfin l'enfant reçoit primitivement une parole corrompue par le mensonge ou le Tiée, l'esprit impur ou mauvais que la parole porte en elle s'insinuera dans son âme, la fécondera; et il en résultera une intelligence faussée dans sa racine, qui donnera naturellement dans les voies de Terreur, et qu'on aura bien de la peine à redresser plus tard. L'esprit ainsi perverti de bonne heure troublent les autres facultés; le développement intellectuel tournera au profit du mal. Comme un sang impur se transmet par la génération et dépose dans le sang du nouveau-né le vice qui l'infecte; comme un lait gâté devient mortel au nourrisson, en versant dans ses bumeurs l'âcreté ou le virus qu'il con- * tient, virus qui ne peut être entièrement expulsé quand une fois la constitution en a été imprégnée; ainsi l'intelligence de l'enfant est quelquefois empoisonnée dans son germe, et le venin se produit ultérieurement par les écarts et les désordres de l'esprit. Celui qui a été touché dans le commencement par une parole de foi , vit au cou ii aire dès le bas-âge d'une vie supérieure, de la vie de ràme; et c'est ce qui donne à son intelligence de la facilité pour saisir le vrai, de la capacité pour le comprendre, et à sa volonté le goût et l'amour du bien, le zèle et la force pour le réaliser.
Plus tard ces heureux commenceiuenU porteronl leura fruits. Le talent , ie génie sont surtout accordés aux esprits de ce genre; car oeux-là seuls peuTent entrer en commerce intime avec la vérité, qui ont été illuminés par elle de bonne heure, qui l'ont sentie et connue avant toute chose. Geuz4à seuls sont capables de conceroir des pensées vastes et d'avoir des vues élevées, qui ont reçu purement en eux dès Torigine l'action de l'Être universel , et dont la première idée a été l'idée la plus grande, la plus |)i (>ronde, la plus pure, ridée-mère de toutes les autres, ildée de Celui qui est, de TÉtre universel,- principe et terme de tout ce qui existe.
L'apparition de la conscience morale est un nonveau synaptôme du développenieiit de l'iatelligence. L'enfant ne distingue le bien et le mal , ie juste et l'injuste, que lorsqu'il reconnaît l'autorité d'une loi, devant régler ses actions comme celles de ses semblables et à la<]uelle dans son for intérieur il se sent obligé d*obéir. Or, la loi étant le rapport du supérieur à rinférieur, et Dieu seul étant le supérieur , uaturel.de Thomme, celui qui admet et observe la loi morale est par ie lait en rapport avec Dieu. Il reçoit l'action de Dieu en lui et réagit vers cette action, instinctivcmeut d abord, puis avec conscience. Ainsi se forme dans riiomme Tidée du bien et de la n. 25
justice, idëeuniyenelle, nëeessaîre, alraolue, fondemeat de la rakon morale et mesure des actes et des jugements moraux.
Dès que l'enfent donne signe de moralîté , un nouveau
tlcvcluppement intellccluel s'est (jpéi û en lui; car s'il d'is^ cerne ie bien et Iji justice dans les actions, si elles ne sont plus pour lui de simples faits velatife à ses jMsoios et lui procurant du plaisir ou de la douleur, c'est quil les compare 4 une autre mesure. Cette mesure est lldëe du Biem moral, à laquelle aucun objet physique, terrestre ou phéuoméuîque ne correspond; et puisqu'il n*y a point d'idée sans un objet qui la produise, cet ^bjet n'affectant point les sens, a dû agir sur l'àme humaine par une autre Toie, comme tout ce qui est métaphysique ou surnaturel. L'enfant en qui la conscience s'éveille, entre donc dans un rapport plus inlime avec cet ordre de choses qu'il a commencé à connaître par ia foi* Ce rapport se détermine en s'appllquant à ses actes, à sa conduite. Ce n'est plus seulement un pressentiment vague de l'auteur de son existence et du monde; c'est encore la conscience de Dieu comme législateur, imposant à sa créature la loi étemelle du bien, ou l'eipressîon de sa Yolonté dans son rapport avec les êtres créés. Ici se montre l'immense bienfait de la fol reli* gieuse, iiitplaiiice dans le cœur dès le berceau. Par elle le principe fondamafital de la moralité est posé, savoir la cro^anoe en Dieu, le supérieur naturel de l'homme puisqu'il l'a créé; d'où suit la conséquence facile à tirer pour l'enfant, que la Totonlé dinnc est sa loi , et que Dieu étant
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b bonté et la sagesse infinie, la Tolontë de Dieu ne pouvant
être que la manifestation du bien est à la fois légitime, toute puissante et immuable. Aussi quand on commande ou défend à renfam, çe doit toujours être» implieitement ou espUdtement» au nom de Dieu. L'autorité des parents a sa sanction dans l'autorité divine. Tout homme qui prétend imposer en son nom sa volonté à son semblable, fût-ce à un en4nt, fait du despotisme et il s'expose tôt ou tard à une réaction TÎoleote contre son usurpation/ Lli4nnine qui ne reconnaît rien au-dessus de lui , n*a ni
foi , ni lui; car là o\i il n'y a pas de supériem-, il uy a point de loi. C'est pourquoi ou est toujours obligé d'en appeler à la foi religieuse» quand on veut constituer une société ou la raSemiir. Une société ne peut exbler sans morale» c'est-à-dire sans l'exécution et la garantie de la justice, sans la distribution et Ta cco m plissement des devoirs, sans le respect de la loi, ce qui implique une autorité s'imposant lé^ gitimement à tous» Où la trouver parmi les bomfnes» slls ne reconnaissait rien au-dessus d'eux? Au nom de qui leur commander, puisqu'ils sont ég^ux en nature? La religion est le lonilt nient de la moralité et de l'ordre parmi les nations. La première période civilisatrice a toujours été une période religieuse» correspondante à l'époque de la foi naïve de l'en^nt La constitution d'un peuple, son oiganisation, sa législation, ses mœurs dérivent de ses croyances religieuses, ont leurs racines dans sa foi. Aussi quand cette foi s'affaiblit, tout chancelle, et si par malheur elle s'éteint, la société croule avec ses institutions comme un édifice sappé dans ses fondements; ou si elle est destinée à vivre encore, ce ne poui ra èu c i^uc par la réssurrection de sa
foi, par un développement nouveau de ses croyances, par
une régénéra lion religieuse.
L'individu n'a aussi de moralité que par sa foi , qu'il en ail donficiencc ou non; car la plupart ont plus de foi qulb ne le savent» parce qu'ils l'ont reçue dans l'enfance et que leur âme a ëté, pour ainsi dire, pétrie par renseignement chrétien dès i âge le plus tendre. A une cerlainc époque, quand l'homme s'exalte dans sa raison et fait l'esprit fort, quand par une sotte vanité il cherche de la glohre jusque dans le mal» entraîné qu'il est par l'amour de l'indépendance, il sent sa foi s'obscurcir et sa moralité faiblir en proportion. C'est l'àge des fautes, des écarts, de l'emportement des passions. S'il persiste dans cette Aiussevoie où son âme n'est plus en rapport qu'avec des influences grossières, avec les choses de la matière, sa conscience s'endurcit et sa conduite n'a plus de règle que son bon plaisir: il devient immoral. Il ne sentira de nouveau le prix de la justice et l'obligation du devoir, que s'il rentre en communication avec Dieu par un réveil de son ancienne foi, que s'il revient sincèrement à la croyance de son jeune âge, telle que la religioii l a imprimée dans son cœur. Plus l'homme est en rapport avec Dieu, non seulement par (es formes et les pratiques du culte, mais encore par le fond du cœur, par le sentiment intime, par la foi vivante qui reçoit avec respect la parole divine et porte la volonté à s'y soumettre ou à l'accomplir, plus aussi il ja de garantie de moralité, d'honnêteté, de vraie probité.
Dans 1 adolescent le signe caractéristique de Tintelligenoe est le âeatimeat et le goût du beau idéal* Il cherche partout hors de lui , dans la nature* et dans ses semblables y la réalisation de cet idéal, qui devient la mesure prépondérante de ses jugements. Ce qui distingue radolescencé où Tintelligence do* mine^ de celle qui est sous riuilucuce des sens et du corps, c'est la différence de l'amour idéal à la concupiscence charnelle. L'idée du beau se présente aussi avec le caractère de TunÎTersel et de l'infini; car elle est une forme de l'idée de l'Elre, l'Etre Luimême ou le Bien souverain, la Vérité absolue, se réfléchissant dans le miroir de l'imagination humaine.
A l'époque de l'adolescence il s*opère une espèce de révolution qui renouvelle l'existence humaine dans le corps, dans l'esprit et dans l'âme. Dans le corps le sexe se prononce, et alors les organes qui le distinguent, dominent par leur développement toutes les' fonctions vitales. Un li n nouveau se répand dans le sang pai' l'influence des iluides pro{H es à la reproduction et dont la sécrétion commence. De là plus de chaleur, plus de mouvement, plus de vivacité et une certaine exaltation physique qui retentît forlement dans la vie morale. Ici se présentent deux
directions» «uÎTant que la nalure supérieure ou la nature inférieure» l'àme ou le corps pr^ndèrent* Sî le corps remporte» l'esprit physique aura le dessus avec les instincts ,
les appétits, les passions qui en ressortentetpar conséquent la concupiscence charnelle , puisque le système sexuel prédominew Si l'îndiYÎdii s'abandonàe à cet entrakiemcnlt dès sens> il s'animalise à Taurore de sa vie» il pose son ftnse et son amour dans la draîr et dans ses jouissances ; il devient un homme charnel. L'habitude des choses de ce genre fane son cœur , obscurcit son inteUigence; il risque de s'abrutir. Mais si l'influence p^ckique triomphe des penchants grossiers , si l'homme résiste à la concupiscence et ne donne point de gage posilifà la sensualilé; alors par sonâme restée pure, par son inleiligence qui rayonne avec plus d éclat, il entre dans un rapport vivant avec le monde supérieur; il en sent plus profondément t'influence; son cœur sympathise avec ce qui est beau , grand, généreux; il devient capable d'impressiuiks religieuses et morales plus vives, plus inliines; ily a une nouvelle vie dans son intérieur , une vie du cœur 9 une vied'affection qui sedédare par le besoin d'aimer» et une viedelInteHigeneequi se manifeste par le besoin d'admirer. Tout cela se réfléchit dans l'imagination , forme dominante de sbn développement actuel; il en acquiert la conscience par un sentiment vague, et surtout par les nouvelles images qui se forment dans le miroir magique de sdn entendement; -car dans ces images, qui viennent en grande partie du monde sensible, il y a toujours quelque chose d'infini qui les transfigure et pousse la Torme à sa plus grande perfection» à l'idéal. L'adolescent aime la beauté par» dessus lout»nofli une beauté finie» particulière «déterminée» mais
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la beauté tnfinid» unÎTatelle» idéale y module de loul oe<{iiî eti beau et dont l'idée plane sans cesse devant lui , comme
le seul objet di<;iic de son aiiiour ut de ses recherehes. Dès lors iemoaUe exléiieur prend un autre aspect à ses jeux« Auparavant il u*y -voyait que des choses propres à sati»* faire les besoins du oorps» à sovtenir Teiistenoe physique en lui pTomirant du plaisir. Maintenant il considère la ioiiue plus que le fond, la vie plii!» que la matière, et dans cette foroae et cette vie il aime de préférence ce qui agrée à son imagination, ce qui se rapporte à son idéal* il commence à mépriser le corps et ce qui ne sert qu'au corps, il bravo jusqu'à un certain point la faligue, la douleur; il comuiande aux appétits et aux désirs grossiers <{ttattd riaslinct supérieur le demande; ses affieotions prennent aussi une dirootion nouyeile. Jusque-là elles étaient déterminées par les tiens du sang, par ses besoins, par ses relations habituelles, par les sympathies de sou âge. Maintenant elles sont excitées par un nouvel objet auquel il était tout à Theure insensible, la beauté. Son cœur s'élève et son imagination exaltée lui présente des scènes fanta^ tiques, des images séduisantes, des tableaux brillants où se déploie la magnificence du beau idéal et presque toujours SOUS la forme vague d'une personne qu'il aimera, dont il sera aimé, à laquelle il se dévouera pour trouver dan» Tunion des cœurs un bonheur pur et inaltérable. De là le goût de cet âge pour la poésie et h» llLiéiaLui c, pour les ouvrage surtout qui répondent le mieux à son exaltatioRf les romans qui sont en général l'expression de cet état fiévreux de Tâme humaine.
Tout homme à l'époque de l'adokisoeiioe, a'U a reçu
quelque culture et s'il n'est pas dégradé tout d'abord par le j)cnchaat de la chair, conçoit l'idéal jusqu'à un certain
point et en réve la réalisalion. C'est pourquoi il choisit Tobj et deson affection, et le choix même prouve qu'il n'obéit pas seulement à un instinct physique comme Tanimal, mais qu'il est guidé par un motif plus élevé, le goût du beau, et qu'il cherche une jouissance plus pure, celle de l'imagination et du cœur, ici encore il y a une grande dlilci Liice enti c les hommes. La plupart, après avoir passé par celle exaltation du jeune âge, reviennent à la vie réelle et s'y fixent par les liens de la famille, par la participation aux affaires publiques , par une fonction ou une profession quelconque dans la société; ce sont les hoiimies positifs. Mais ceux dont rintelligence est plus haute, parce qu'ils sont plus en rapport avec le monde supérieur, oeux qui voient et sentent plus yivement l'idéal et en qui l'idée domine, ceux-là ne peuvent s'attacher exclusivement à un objet fini, à une créature. Leur amour réclame quelque chose de parfait, la Beauté suprême et impérissable; et comme rien ici-bas ne peut la leur offrir, ils portent leur cœur et leur vue plus haut que ce monde et restent en contemplation devant leur idéal, qu'ils s\ïlli)rcent de réaliser par l'expression ou par l'action, par l'art ou par la vie. Il y a peu d'hommes de ce genre, mais enfin il y en a. C'est en eux que s'allume ce feu sacré qui doit être entretenu jour et nuit par une main viei^e; car l'âme où il brûle conserve la virginité de son amour et dédaij^ne les attachements terrestres; ou si, après avoir été consacrée par cette initiation et s'être donnée au culte divin de l'infini, elle se laissesédutre par l'attrait du monde et succombe à la ebair;
alors elle s'eif terre elle-méine toute TÎTante» comme la Vestale infidèle, et son corps qui Tient de triompher d'elle,
devient réellement son tombeau. Ces âmes d'élite , quand elles suiTeat docilement rinstinct céleste qui les pousse » sont appelées à faire de grandes choses parmi les hommes; car elles sont comme des réservoirs où llnfluenoe divine se
dépose, où la vie du ciel aftlue, pour se icpaudie de là par divers canaux sur l'humanité qu'elle féconde, sur la terre qu'elle renouvelle. Elles sont» suivant l'expression sacrée, des vases de bénédiction et d'amour; ou, pour employer encore une autre image, des miroirs réflecteurs de la lumière éternelle, qiû répercutant sur le monde la chaleur et Téclat du ciel , augmentent la gloire du soleil des esprits et le bonheur de ceux qu'il arrose de ses rayons. Heureux donc, mille fois heureux l'homme qui sent dès le bas-âge ce goùl, ce transport pour la beauté idéale et qui lui voue son affection l C'est un degré d'ascension pour son esprit dans cette vallée de ténèbres et dignominie; c'est une digne préparation à l'amour de la vérité et du bien. Plus heureux encore celui qui ne s'arrête point à ce degré et qui, entraîné par l'appel d'en haut cl par le noble instinct de son âme, fille du ciel, désire, cherche et aime Celui qui (ait la lumière ,1a vie et la substance du beau 1
L'homme s'aperçoit bientôt que la beauté physique est passagère, et que la beauté intelligible ne
se iiionlre à lui que par instants. C'est que le goût
du beau ii*e»l qu'an moyen trantîlolr^ pour réreîU ler le goât du ▼raî. Aussi le jeune homme et l'homme
fait, qui suivent l'impulsion de Tintelligeace, ne trouvant riea dans le moude qui puisse leur donner des jouissances durables et satisfaire au besoin de riafmi qui dévore leur âmé , s*élèveat au-dessus de ce monde , et réclameut , outre la beauté pour les sens et Timagination^ Téquité pour la raison , la Térité pour rintelligence. L^bomme à ce degré est saisi par Tidéal du vrai, transporté par laïuaur de la science. L'Être lui» apparaît comme la Yéntë une - et absolue; il Tinvoque, le cherdie, Tadore sous cette forme. La vérité devient l'objet de son amour et de son culte.
L'homme d'intelligence ne peut s'arrêter à la contemplalion et dans la reproduclion du beau. La beauté n'est jpour lut quune expression , un symbole de la vérité; et «prte avoir admiré la forme > il aeet d'autant plus tIvoment le besoin d'atteindre l'idée, d'arriver jusqu'à l'idéal. Pour cela il (aul se dégager jusqu'à un certaiu point des objets des sens et de rimaginalion, et c'est ce qui arrive naturellement par le progrès de Tâge, quand on de^ vient moins susceptible des impressions extérieures» et que l'imagination perd de son activité pour laisser plus de place à rexercice de la raison et de rinLelligcncc» Ce qu'on veut alors par-dessus tout, c'est la vérité , la vérité dans toute sa perfection, universelle, absolue, et cela dans la
( S'jrj )
s^enee oomme daM la pratique» Aussi esl<4Hi possédé, à cette époqaef du âéw d'expliquer toutes dioses, d'aller au fond de toutes les questions. L'enfant demande k cause
de ee qu'il voit; le jeune hommes l'homme mûr en cherche le principe, rorigine. L'esprit s'élève, s'épure, et se détachant de la figure du monde et des belles formes de llma^nation , il se diHge vers les dioses intelligibles , ar^ ohétypes des choses sensibles; il dépasse le cercle étroit de l'observaiiori cxltirieure, pour s'élancer dans une autre sphère. Ën toutes choses il est poussé à l'infini et n'est satisfait que s'il aperçoit dans chaque question, datas chaque science, le rapport de l'infini au fini et le lien vivant qui les unit. De là une direction scieniifiqnc bien diffcK nie de la méthode rationnelle. Celle-ci s'arrête presqu'au premier pas, après avoir abstrait de quelques observations des gënéralilés plus ou moins précaires, qu'elle veut bien prendre pour des causes eu pour des lois de la nsiure; l'aulre ne s'arrête qu a Tidée, soit à l'idée évid» ute, où elle voit tout le reste comme les conséquences dans leur principe, soit i l'idée sentie, et alors elle se plonge dans une foi profonde^ qui n'est jamais destituée de lumière, et qui donne alitant d'assurance que l'évidence.
Dès lors la mesure est ch nigée ; c'est le vrai et non plus le beau qui devient le critérium d'appréciation; et sans dédaigner la beauté, qui a toujours des diarmes pour l'homme intelligent , il s'attache de préférence à la vàîté, qui n'est ni fragile , ni superficielle comme elle. Il la recherche dans la vie comme dans la ^spéculation ; il la veut tout entière, sans mélange, sans restriction. C'est pour* quoi il devient si sévère dans ses exigences et ses juge* "
mentSy poussant toujours à la perfectioa idéale , à la réalisation de la yérité pure, et ne tenant pas assea compte
<les difficultés, des obstacles et surtout de la faiblesse humaine. De là des utopies, des systèmes inexécutables, et par cela même dangereux , bien qu'il j ait en eux de la vérité; mais cette vérité n'est point en rapport aTec i€S circonstances auxquelles on prétend l'imposer; bonne en elic-raémc, elle ne convieul [)oint à telle époque, à tels hommes. Ainsi les meilleures choses sont souvent compromises par une application intempestive ou trop rigoureuse*
Quand l'homme passe du goût du beau au goût du Mai, de l'aiiiour de l'art à celui de la science, il y a en lui un progrès remarquable; car par la science il tend à la vérité pure 9 il s'élève au-dessus*de ce qui est phénoroénique, périssable. Dans la beauté, surtout dans les œuvres de la ftature et de l'art, il y a toujours une partie sensible, extérieure, celle de la foruie qui fournit les moyerts de réalisation et d'expression. Les facultés inférieures en sont très occupées; et les sens , même dans le goût de la plus pure beauté, ont leur part d'activité et die jouissance. II n'en va point ainsi dans la recherche du vrai. Les.6ens y sont aussi employés pour en déchiffrer la lettre , pour en lire le symbole; mais ils en retirent plus de fatigue que de plaisir ; le mouvement de l'esprit est purement intellectuel, comme l'objet auquel il tend. Qu'il y ait de la beauté dans l'exposition de la vérité, cela ast iaevilable; mais elle n'est plus la chose principale, l'esprit ne s'y arrête point; , il en jouit par surcroît. La contemplation du vrai peut encore exciter dans l'âme de vifs et doux transports ; elle
la ravit dans une sphère supérieure, qui lui fait oublier notre monde avec ses fantômes et ses miâères. Ce qui raid la science si belle , ce qui fait une Ycrtu de san amour, c'est qu'en y employant sa vie, on la consacre à la vérité, c'esl-a-dii c à ce <jui est au-dessus des iiuérêts, des plaisirs, des passions de la terre, au-dessus des vues étroites du moi et de rindividualité» pour se remettre en rapport avec ce qui est un, uniyersel, absolu, avec Dieu lui-même. La science , vue de cette hauteur, est aussi une espèce de religion; car elle travaille à rétablir le lien entre Dieu et l'homme, à ramener l'humanité du temps à Téter* nité, de la nature à la sagesse divine, du monde à Dieu* Le vrai savant, le philosophe digne de ce nom, adore aussi Dieu en esprit cl en vciiié, en cherchant à le connaître par SCS œuvres , à retrouver ses idées cterDelies • dans toutes les sphères de Tunivers, dans tous les produits de la création; et si à une intelligence élevée il joint un cœur pur, détaché des désirs terrestres comme son esprit l'est des phénomènes, il arrivera au terme supérieur vers lequel il est poussé; il parviendra à aimer ce qui fait la substance de la vérité, comme il a aimé ce qui fait l'esprit de la beauté. Et la vue du vrai le conduisant au goût du bien, il trouvera enfin cette source inépuisable dévie avec laquelle il a été mis en communication dès son enfance par la foi, et à laquelle il doit être éternellement uni par Tamour.
L'intelligence, quand elle va jusqu'à réaliser par raction ou par rexpression la Tëritë perçue, produit les deux qualités les plus ëmineates de Tesprit hamain , le taloit et le génie. Le talent est une certaine tuauière de dire ou de faire, avec le scntuoeut de ce qui oonvieut le mieux. Il est naturel ou acquis. Le premier est le fruit d^uue disposition innée, provenant de notre nature et de notre organisation ; il a quelque chose d'instinctif ^ et par conséquent de naïf* Le second est cette même disposition dë^eloppée, perfectionnée par l'élude et par Te^ercice, ce qui donne ïart. Le génie est plus que le taleiit : c'est la puissance la plus haute de rintelligeoce; il suppose une lumière supérieure qui éclaire et lécoude l'esprit; la puissance d'apercevoir l'idéal dam cette lumière et d'en concevoir l'idée, et enfin unie inspiration qui le presse de réaliser ce qu'il a conçu. Le géuie est le flambeau de la science et du progrès de l'humanité*
Le talent est difficile à définir, bien quil soit très facile à reconnaître. Des exemples nous aideront à l'appréciler.
Il peut y avoir du talent dans toutes les œuvres de rhomme. Dans les plus graves et dans les plus futik&, il
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j a ua eerlata fmre avcQ mteUigeQOtt» el un fiùre «mm uiteMi^enoe. Or pour o[iérer «tcc iotdiligeiice , il faut dominer ce qu'on iait, et pour cchi il faut avoir en soi le aentiment » «inoa l'idée de la perfection de la chose dont on s'oGcupe. Il y a de l'idée dans le talent, et il ett dtautant plus marqué et plus efficace qu'il se rapproche dar Tantage de l'idéal par la réalisalîoti» L'homme sans talent imite , ou suit pas à pas la route tracée, pour apprendre à £iire; c'est un manœuyre, un ouvrier, un artisan. Là où eiiste le talent» il j a quelque chose de l'artiste » Akt-ce mâme dans un métier, dans une tratisformation grossière de la matière. C'est que l'homnie peut mettre de l'idée partout , et faire descendre jusqu'au plus bas degré quelque reflet du beau , quand il en aperçpit l'idéaL Le.talent CDusisle surtout dans cette application de l'idée au réeL Celui qui traTallle sans idée n*a point le sentiment de la perfection , et n*y asph e pas.
On peut, par exemple , parvenir par l'étude , par Timitation et par l'eiercîcey à parler correelement, clairement et même avec une certaine élance, sans avoir le talent de la parole. Mais celui-là seul possède ce talent qui rend vivement ce qu'il sent et qui force la langue à se plier à la manifestation de l'idée qu'il a conçue. Pour parler avec talent , il faut voir nettement dans son esprit ce qu'on veut dire, et discerner rapidement les mots et les combinaisons de mots les plus adéquates à la conception. C'est une espèce d'enfantement de paroles, quelquefois très laborieux, souTent aussi plein de douceur, quand la vie de l'esprit parvient à se mouler harmonieusement dans les formes du diseours. Il y a alors
quelque chose d'original, de miS dans la parole, qui la rend YÎvante, pénétrante, efficaoe, pleine d'inléi<ét; tandis qu'un discours disert, élégant mais sans talent, est toujours froid , inanimé, el amène au bout Je quelque temps i'inaltenlion et l'ennui.
Le peintre sans talent peut saisir la ressemblance jus* qu'à un certain point, à l'aide de moyens presque mécaniques ou même par l'habitude de décomposer les figures et de les recomposer sur la toile; mais la vie de la figure ou la physionomie, il ne la reproduira jamais. Le visage de rhomme est le symbole de son âme, et cette âme est une idée divine, une image de Dieu plus ou moins défigurée. Elle s'exprime par les parties si mobiles de la face, et surtout par les yeux et la bouche. Que de choses dans un regard, dans un sourire, dans un trait, dans un froncement de la peau, dans le mouvement d'un musdel Le peintre qui a du talent, doit entrer dans le caractère par la simple inspection du visajs^e; il doit pressentir, deviner l'àme par la physionomie; ainsi seulement il peut appro- ' cher de la perfection de son art, qui est d'idéaliser la nature tout en la reproduisant fidèlement. Un portrait bien fait ne doit pas être uniquement la ressemblance d'un individu , mais le type idéal du caractère général auquel cet individu participe. C'est pourquoi il peut y avoir plus de talent dans une simple esquisse, dans un carton informe où le type est indiqué en quelques traits, que dans un tableau'Soigné où il n'y a pas d'idée.
(I en est de mùme du musicien; on peut jouer assez bien d'un instrument, sans en avoir le talent. C'est une pratique qui s'apprend avec des maîtres, de l'exercice et
de la patience. Mais l'arliste de talent est celui qui possède son înslnimeDt, le domine et en tire tout ce qu'on en peut tirer pour l'eipression d'un sentiment ou d'une idée; en sorte que dans son jeu il y a quelque cliose de propre à l'insti inuenl qu'il emploie, à la chose qu'il veut rendre et enfin à luinuéme, en raison de ce qu*il est et senL Le premier est un ouvrier de musique, un facteur 4e sons, un artisan d'harmonie; il joue juste, mais il n'y a dans son faire ni esprit, ni intelligence, ni âme. Lé second a quelque chose à dire, qu'il le sent, conçoit et voit, et il j tend de toutes ses forces et par tous les moyens d'expression qui lui sont donnés. 11 chante avec intelli* genoe.
Descendons à un art mécanique , à l'art de laire des chaussures ou des vêtements, si l'on veut; el qui pourra trouver mauvais que nous alliions de tels exemples, quand Socrate les emploie si souvent dans les dialogues de Platon? Ces arts d'ailleurs sont aussi des produits de Tintelligencc humaine, élaborant la uàaLière et la transformai! L. Un cordonnier, un tailleur peuvent travailler avec ou sans talent; et c'est ce qui distingue les ouvriers qui sont des manijBUvres, de ceux qui tiennent vraiment de l'artiste. Le corps humain exprime par sa forme l'intérieur de riiomme; c'est un symbole. Cette fomte peut être belle ou laide, bien ou mal taillée, conformcment aux proportions du corps et à l'idéal de la beauté dont il est susceptible. Chaque corps a donc, en raison de la vie qui l'anime et de l'âiAe dont il est le véhicule, sa forme, son port, sa démarche, son attitude, sa grâce, et tout cela doit être manifesté par le vêtement, dont le but n'est pas If. 26
seul^ent de couvrir le corps» mais auasi^e Tomer. Le talent consiste ici à discerner ce qui convient le mieux à telle personne, en raison des aTantagpes ou des défauts naturels de sa conformation, pour faire ressortir par l'extérieur ee qui est au dedans, et contribuer à Texpression plus saillante de l'âme par le corps. Or il en est de chaque partie du corps comme du corps entier.
Le vrai talent a toujours un fond qui vient de !a nature, que l'art peut développer et qu'il gale quelqurfois. Il y a dans les hommes certaines dispositions organiques, qui les rendent plus capables d'exécuter une chose qu'une autre, en sorte qu'ils y réussissent tout d'abord et y prennenl goût aussitôt. De là les vocations naturelles, qui se montrent dès l'enfance. C'est l'aurore du talent, et féducaiion doit en saisir soigneusement les premiers indices. Ces dispositions ressemblent fort aux instincts particuliers des animaux, sauf que l'animal agit toute sa vie sans savoir ce qu'il fait, et que l'homme acquiert la conscience de son talent, même quand il n'en a pas le secret. Les abeilles, les fourmis, les castors, les araignées, les cbenilles, les oiseaux peuvent nous aider à concevoir comment beaucoup d'hommes exercent et appliquent sans iiiaitres des talents purement naturels. On voit quelqueibis des enfants de l âge le plus tendre déployer une capacité, extraordinaire pour le calcul, que personne ne leur a enseigné. Par des procédés intellectuels, que nous ne pouvons pas même soupçonner, et qu'ils ont appris naturellement, ils parviennent à résoudre en' quelques mstants les problèmes les plus compliqués, dont la solution demande de très longues opérations par les voies ordinaires de la
science. SouineUez ces esprits au niveau de l'enseignement oommun» et tous les paraljserei. Ili perdront h puissanoe .qile la nature leur a donnée* et ils n'acquerront pas la YÔire ; ils ne pourront sliabiluer aui méthodes lentes et
pesantes de l'école, qui ne vont pas plus a leur intelligence, que rarmure de Saûl n'allait au corps de David. Combien d'artistes distingués se sont formés comme d'eux-mêmes, sous la seule inspiration de la nature ou de leur géniel
En général les écoles sont peu propres à former le génie; c'est le génie au contraire qui forme les écoles, Icscpiellcs ment plus ou moins longtemps de son inspiration et de ses traditions.
Le génie est supérieur au talent. Dans le talent il 7 a nn
aperçu rie l'idée, un reflet vngue de l'idéal , et ainsi il est plutôt dirigé par un sentiment obscur que par une vue nette et complète de ce qui convient* Dans le génie il 7 a concept tion, enfantement de l'idée, et par cooséquoit de l'unité, de l'universalité, de l'infini, comme partout où une idée divine tend à se réaliser.
Le génie, son nom l'indique, a en lui une vertu génératrice, il est dans l'ordre intellectuel ce qu'est dans l'ordre physique la puissance de propaget* la Yie»
Pourtransmettré la TÎe, il faut l'aToir reçue ; c'est la condition de la paternité dans la créature. Dieu seul donne ce qui ne lui a pas été donné.
. Doncquaodl'esprithiunaiDengendre^c'est-à-dire quand il est empiqjé ik développer la vérité dans les âmes et k leur communiquer la vie qui vient d'en haut, il a été fécondé préalablement, il a reçu avant de donner.
Or l'esprit est lumière, et la vérité ne se/évèle à l'esprit
que par la lumière. C'est donc par un rayon du ciel » par
une illumination d'en haut que rinteltigence humaine est éciairec, pénétrée, quand clic a le don du génie, quand elle rend l'homme capable d'engendrer dans Tordre des idées et-au monde de la Térité.
La lumière, rayônnéepar la Vérité même, par les choses éteraelles, f)ar iis idées divines, arehétvpes de louL ( c qui existe, féconde l'esprit; sous cette intluence, et par le^ germes qu'il porte en lui» rentendement conçoit des idées humaines, corrélatÎTes aux idées divines, et qui les reproduisent comme des copies leur original , comme des Images leur objet.
Alors se fait ce qu'on ajipelle V enfantement du génie. L'idée se développe comme le fc&tus, d'abord à l'étal d'em* bryon, puis s'oi^nisant peu à peu, se formant, jusqu'au moment où die sera mûre pour paraître à la lumière. C'est le temps d'incubation et d'organogénésie.
Or ce travail profond, mystérieux de la production, excite continuellement le génie à son insu, le tourmente; ainsi la mère, agitée par le fruit qu'elle porte, est 'd^à toute remplie de pressentiment, de joie, d'espérance, quelque^ fois de tristesse et de crainte, avant d'avoir vu son enfant et de savoir ce qu'il peut être.
La femme qui a conçu aspire à Toir son fruit |M>ur posséder un homme, comme il est dît de la mère des Tivants; tout la pousse yen le terme de l'enfantement. Ainsi dans le génie; il y a qnoi(|ue chose qui le presse irréi>isiiblement de se manifester , d'exposer ce qu'il sent, ce qu'il porte en lui , et de produire dans le monde réel, par l'action ou l'expression, l'idée dont il est plein et l'esprit d'en haut qui l'anime. C'est Vins^ratiùtu
lUtuninationj conception et intpimtion^ voilà les trois conditions essentielles du génies L'esprit d'un homme ne
peut engendrer dans l'esprit de son semblable que par la vertu de la lumière divine, reçue dans son intelligence et opénintau mojen de Tinspiration, par la parole ou par l'action.
L'acte du génie est le plus haut de nntelligenoe, parce
qu'il donne la vie, et que la vie est partout ce qu'il y a de plus sacré. Dans l'ordre physique la génération est la plus éminente des fonctions organi<]ue8, parce qu'elle reproduit l'existence; toutes les autres y aboutissent, s'y absorbent quand elle est en exercice, et elle réagît à son tour sur les autres et les anime; ce qui se uionlré surtout à l'époque de la puberté.. Dans la sphère inleHectuelle toutes les facultés concourent aussi à l'œuvre du génie» s'idoitifient en elle comme dans l'acte suprême de l'esprit; et le génie à son tour les stimule, les exalte par le surcroit de vie qu'il reçoit d'en haut, par la lumière et le feu qui le pénètrent. Des deux cotés tout converge vers Tacte générateur, qui est l'acte suréminent de la vie, et dans lequel se trouve le maximum de la puissance, de la jouissance et de l'amour.
Le génie est le ilambeau de la science. Il répand dans le monde la lumière dont il est enflammé, il se coitôume pour éclairer les hommes; c'est un phare entre le ciel et la terre. La destination du génie est de signaler et de frayer la voie du genre humain dans sa marche; il est l'cclaireur de rhumanité. Otez les hommes de génie du monde, et il n'y a plus que ténèbres et ignorance; plus de science, pas ratoe le soupçon de la science; car si la lumière divine
n'arrivait aux hommes pour exciter et développer leur esprit, ils resteraient brutes, sans raison, sans intelligence, oomme la terre serait st^ile, morte sans soleil. Cest par les hommes de génie, prophètes, poêles, apôtres, on comme on devra les appeler en raison de leur participation plus ou moins pure à l'esprit de Dieu, que la vie du ciel a été communiquée à l'humanité dès l'origine, et que cette communication est entretenue et renouvelée à travers les siècles. Ainsi se développe, se conserve et se restaure le monde moral, comme à certaines époques de l'année le monde physique reçoit des effîisions plus abondantes de lumière et de rosée qui le fécondent et le recréent*
Bnfin c'est te génie qui pousse partout au progrès. Plein de l'idéal et aspirant à la perfection, il veui toujours l'introduire dans le réel, et il n'^ point de relâche qu'il n'ait poussé la réalité en avant ppur la rapprocher de l'idée. C'est l'idée qui fiiit marcher le monde, et quand elle est ac* câblée par la forme, opprimée par la lettre, tout dans les affaires humaines reste sliitionnaire, inintol >iU', mort. Que si une nouvelle eli'usîon de l'idée arrive, l'esprit ranimé prend le dessus; il brise ses entraves et s'agite pour atteindre le nouveau but qu'il entrevoit. C'est pourquoi le vulgaire trouve toujours au génie quelque chose d'insolite, d'étrani^c. D'abord on se moque de lui, puis on Tadmirc quand il se met à Tœuvre, et enfin on le craint, parce qu'il remue nécessairement beaucoup de choses établies, parce qu'il inquiète les intérêts et les passions. Le sort commun de ceux ijui Si 111 1 eiiip lovés comme organes de la vérité et de la volonté divine auprès des hommes, c'est d'être bafoués, persécutés, suppliciés. Témoins les prophètes du
peuple de Dieu, tous mis à, mort depuis Âbel jusqu'à Za* d»rie; témoins les plus sages d'entre les païens et oelui que l'orade ayait déclaré le plus sage des hommes, Socrate»
buvant kl ciguë puur avuir auuoncé l'unité de Dieul Témoin l'Uomme-Dieu, qui comme liomme devait aussi accepter cette condition de Thumanité, de ne pouvoir instruire, guérir et sauver les hommes qu'en mourant pour eux et par eux! Depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, et il en sera ainsi jusqu'à la fin, tous ceux qui ont été choisis pour annoncer à la terre rétcrnelle vérité, ont dû en être les martjrs, c'estpà-^ire les témoins jusqu'à la mort. L'humanité n'avance vers son terme qu'à force lie souffrance et par une voie de sang; legtïuic ei lachariic fournissent incessamment des victimes au grand sacrifice eipiatoire qui doit réconcilier la terre avec le ciel*
La vérité est l'objet propre de l'intelligence; c'est par sa lumière pure et universelle que rinlelligence se développe et monte à son apc^ée, la oootem-. plation et la maniPeslatioa du vrai par la science et par l'art. Mais rhomme n'est pas seulement fait pour connaître et admirer; il est créé surtout pour aimer; et ainsi le développement de son intelligeuce duil amener le développement de sou ànic; la vérité doit le conduire à la bouté, la science à l'amour. Il ne doit devenir plus éclairé que pour devenir
meilleur. C'est dans le souverain Bieu et par Tamour que se consomme son perfectionnement intellectuel ;
car dans l'univers le vrai est l'expression du bien et le beau ia spleadenr du vrai. La vie de l'âme par la charité, telle que Jésus-Christ Ta enseignée à la terre par le précepte et par l'exemple, et dans cette vie, l unioii de Thomme avec Dieu et des hommes entre eux, Toiià la destination finale de Thumanité, la mesure de ses travaux et le but dé ses efibrts.
11 y a dans l'homnie un besoin plus profond que le besoin de connaître, c'est cdiii d'aimer. L'intelligence est à
l'ame ce que la vérité est au bien; et comme le bien est la consommation du vrai, Tamour est la consommation delà science* Savoir, c'est vivre par l'esprit; aimer c'est vivre par l'âme; vie plus profonde, puisque l'âme est la racine de l'esprit et que l'intelligence en est une puissance. Aussi ce qu'il y a de plus élevé dans la science, toutes les merveilles de la contemplation ne suffisent plus à une Ame en qui le besoin foncier de sa nature s'éveille^ La vérité, si belle qu'elle soit, lui paratt firoide, la science vaine, si elle ne
reçoit la vie en 6ubsLaiict', cL clic ne pcnil l.t recevoir ainsi qu'en aimant : car l'amour seul unit intimement à l'objet, et il n'y a de bonbcur que par l'union et dans l'unité.
Mais il y a des degrés dans l'amour comme dans l'intelligence, depuis le désir le plus grossier des sens > jusqu'à l'amour le plus pur. Il y a de l'âme clans luus les degrés de l'amour, car on n'aime qu'avec l'âme; mais tantôt elle aime purement, immédiatement ce qui est ana-
logue à sa nature ou ce qui lui est supérieur; tantôt elle ainoe médiatement, avec mélange, quand son 'désir n'arrive à l'objet qu^à travers le corps, les sens /rimagination ,
la raison , l'esprit; ou quand elle aime ce qui est d'une nature inférieure à la sienne. Alors son amour s'abaisse et elle se dégrade. Le seul objet digne de son attachement c'est le Bien suprême; la Source de tout bien^ l'Être par excellence. Aussi le cherche- 1- elle instinctivement par toutes les voies et en toutes choses, et lorsqu'elle se passionne pour une créature, pour un être fîni, c'est qu'elle croit j trouver le Bien infini qu'elle aime et la joie sans terme qu'elle espère. L'illusion de la passion humaine est de chercher le véritable Bien ou il n est p.is. De la le mécompte quelle éprouve par la vanité de son objet, dès qu'elle le possède, comme ces fruits de la mer morte, dont les couleurs éclatantes excitent la convoitise, et qui tonn bent en poussière dans la main qui les touche.
En Dieu seulemenL et dans l'amour de Dieu, l'âme humaine peut trouver le bonheur dont elle est avide, parce que l'infini, dont elle est, peut seul assouvir sa fiûm, combler le vide de son être. €'est pourquoi l'homme ne peut pat venir à la vraie félieité, comme à la vraie science, que par une ascension continue et soutenue.; passant successivement par les degrés de l'intelligence et de l'amour, son esprit et son âme s'éiargissant et s'épurant toujours davantage , jusqu'à ce qu'il entre en rapport immédiat avec la Vérité universelle, avec la lîonté infinie, avec Dieu manifesté dans son éternelle lumière. H commence par aimer ce qui frappe les sens, ce qui réjouit le corps: c'est l'amour animal. Il aime ensuite ses semblables, d'abord ceux qui'
lui sont unis par les Ueas du sang et dans lesquels sa frêle existence trouve leoours et protectioo; il let aime , parce qu'il est sorti d'eux, parce que sa faiblesse et ses besoins l'altacbent i eux. Dans le cercle de la famille, surtout
quand il en devient le chef, son amour s'étend , en se donnant à d'autres êtres pour lesquels il s'oublie souvent lui-même. Au-dessus de Tamour de la faipille est Tamour de la patrie, se dévouant au bien commun dans Tunité nationale, image inférieure, mais belle encore, du Bien suprême qui se donne à tous et n'excepte personne. Au degré supérieur est l'amour de l'humanité » qui, ne s'ap* pujant plus sur des motifs humains, n'a pu naître daus le cœur dès hommes qu'après qu'il leur eut été révélé ils ont tous le même l^èie daus le ciel. Ils doivent donc vivre en iVères; et de là la fraternité chrétienne que l'Evangile a établie dans le monde sous le doux nom de Charité. L'amour de Dieu et ds tous les hommes en Dieu, voilà le plus pur amour, l'amour par excellence, celui qui développe l'âme dans toute sa eupacilé, et qui peut seul la rendre infiniment heureuse, parce qu'il la met dans un rapport indestructible avec le principe même de sa vi& Le but de l'amour est de s'unir à l'objet aimé, pour devenir semblable à lut et n'être plus qu'un avec lui. La ten* dance de l'amour de Dieu dans l'homme, c'est d'agir comme Dieu et de réaliser, autant que l'humanité le comporte, la perfection divine. «Sojes parfaits comme votre Père céleste est parfait. 9 Tel est l'idéal de la charité dirétienne; idéal qui a été réalisé sur lu Lcne dans une vie humaine, par Celui qui nous l'a apporté du ciel , par le Verbe divin fait homme. Jésus-Christ nous a appris par sa parole et par
ses actes» par sa vie et par sa mort à aimér comine Dieu ahnô; il nous a appris à aimer quand mémei malgré les
ingratitudes, les outrages cL les pciséculiuiis. «Si vous «n'aimez que ceux qui vous aiment, vous ne faites pas « plus que les publicains et les païens. Aimez ceux qui « TOUS haïssent 9 bénisses oeui qui tous maudisseiit, faites «du bien à ceux qui tous Ibnt du mal; c'est par là que « vous ressemblerez à votre Père qui est dans le ciel. » Ce qu'il nous a enseigné » il Vn. fait; il a aimé les hommes jusqu'à mourir pour eux; il a donné son saog pour les sauTcr; et depuis ce teoaps l'homme sait qu'il n'aime bien que quand il est prêt à sacrifier sa vie pour ce qu'il aime. Depuis ce temps des tnilliers d'hommes, de femmes et d'enfants» ont pu, au nom de Jésus-Chml et par sa charité qui les pressait, se dévouer pour leurs semblables qu'ils ne connaissaient pas, qui ne les aimaient pas, qui souvent même étaient leurs persécuteurs v\ leurs bourreaux. Depuis ce temps il y a eu continuellement sur la terre, partout où la parole de Jésus-Christ a germé, des martyrs de la foi et de la charité, des héros de l'amour. L'Évangile, en appelant tous les hommes à l'unité et en trayaillant à les unir en Dieu par l'amour le plus excellent qui absorbe tous les autres, a montré au genre humain sa vraie destination et Tunique moyen pour y parvenir. «Qu'ils soient uni» Voilà le but; et c'est le dernier vœu du* Christ. « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.» Voilà le mojen; et c'est le commandement nouveau l
La parole de Dieu est donc à la fois la lumière de la science et l'âme de la civilisation. Le monde moral tourne autour de cet axe depuis le commencement et surtout de-
puis la Tenue de Jésus-Christ; et c'est pourquoi ia Phiioso-» phie, amour de la sagesse dans son vrai sens, et qui doit en
montrer le chemin aux hommes, doit aussi s'attacher de toute sa i'orce à la Parole qui a tout fait, qui porte en elle les idées de toutes choses, et qui ainsi peut seule fournir à toutes les sciences les principes étemels de leur développement. Il n'y a plus aujourd'hui. de philosophie platonicienne, (le philosophie .n islulélicienne, de philosophie Stoïcienne^ ces doctrines n'ei^isteni plus que dans This- - foire, comme des préparations à Tunique philosophie, parce qu'il n'y a qu'une seule sagesse , la Sagesse de Dieu, manifestée par son Verbe. Il n'y a de philosophie possible en nos temps que la Philosophie chrétienne : en clic réside Pespoir de la science, de ia civilisation et du progrès de Phumanité.