CHAPITRE IL Du monde, de la nature et de l'esprit de la nature
$ 6. Qu'est*ce que le monde? Selon le sens vulgaire du mot, le monde est l'ensemble, la totalité des existences
naturelles taht générales que particulières. C'est l'espace qui les contient; c'est la lumière qui les inrestit de son
celai el qui les rend visibles; ce sont les élément et loiis ie& résultats de leurs combinaisons, toutes les productions ' terrestres. C'est l'homme tel qu'il apparaît ici-bas, avec ses besoins et ses facultés, gouTemant la terre et jouissant de ses produits.
§ 7. Qu'est-ce que la nature? A cette question la réponse est moins facile. Suivant les uns, la nature est le monde même au sein duquel nous vivons. Suivant les autres, la nature n'est pas le monde, mais l'esprit, la vie du monde; c'est une force secrète qui pose les existences, opère leur développement, les enfante et les détruit continuellement. Pour ceux-là, la nature est un agent aveugle qui se meut au hasard. A oeux-d elle parait douée d'une certaine intelligence, avoir un but dans son mouvement. D'autres la luiiL tlcpendre d'une puissance supérieure qui la dirige dans son action. Tout cela nous montre la notion générale et vague que le grand nombre se fait de la nature, et ce que quelques hommes plus réfléchis en pensent , mais ne nous apprend nullement ce que la nature est au fond cl en elle-même, dans son idée; et c'est justement ce qu'il nous importe de savoir.
$ 8. Nous ne oonnaissons aucun objet en lui-même, mais seulement en nous par l'impression qu'il a faite sur nous, et au moyen de l'image que son actionna formée dans notre esprit. Celle ima^c pat licipe comme tvpe à la vérité de son original, et elle renferme en elle des idées en puissance : d'abord l'unité ou l'individualité de l'original, puis l'idée de sa base subjective, ou de sa substanoe et de sa
forme propre en Tertu de laquelle il est ce qu'il est, boinme, animal , plante, etc., puis encore l'idée de la Tie qui anime
l'objet, celle de sa capaciic |)tiur la recevoir, €t de son pouvoir de réagir vers elle; i iiiée de la nutrition , du développenîent, oonditions nécessaires de toute existence individuelk. Toutes ces idées se trouTcnt à Pétat de rudimentdans diaottne de nos conceptions, et nous n'en acquérons la conscience que par la réflexion.
$ 9. Mais si l'idée d'une forme une, substantielle et propre au genre de l'objet, est la base de son image dans rnoii esprit, connue le prototj^pe de cette idée est la base de l'objet qui existe hors de moi ; si je ne conçois dans aucune existence rien qui puisse elrc antérieur à cette base; si c'est cette plastique de l'objet qui l\iit son caractère générique, le support de ses propriétés, le substratum de ses qualités , il sera vrai aussi de dire que c'est ellèet non la
matière palpahU; cL visible <{Lii lait hi suljslaijce sous l'accident, le iwutnéne sous le phénomène, La plastique de ij^que être est son extrême dedans , la substance fixe , stable, indestractible; et ï extrême dehorê, c'est le phénomène qui Tarie, la forme qui périt* Cette plastique, la même dans tous les individus du même genre, et à laquelle le besoin de la vie est inhérent comme à tout germe, à toute forme créée, cette force centrale qui attire si puis* samment l'esprit de vie et qui est la racine du déreloppement de l'existence, voilà ce qui constitue la nature des êtres. La nature physique, soil générale, soit particulière, est donc en chaque créature la forme pure de la TÎe physique, ou la' capacité de l'attirer et de la reoeroir, unie au pouvoir de réagir vers elle.
§ 10. Gardons-nous donc de comprendre dans une même notioo ou de confondre dans notre pensik; l'idée de k nature aTeo Tmiage du monde; ce serait coufoudre Taf»parenœ avec Pétre, la substance avec Taocident^ Leoionde» tel qu'il nous apparaît, est le produit de la nature par l'esprit qui 1 anime, par la vie qui la féconde. C'est la nature objective ou passée en manifestation. La nature physique fournit les bases des existences physiques , elle en est la mère; mais ce n'est pas elle qui les anime, qui les fiiit ou les (lifltil; elle est plus passive qu'active, elle reçoit, conçoit, produit, mais elle n'engendre pas. Il faut qu'une excitation externe la porte à s'ouvrir pour admettre la vie, puis à sortir d'elle pour se poser au dehors; et par conséquent son premier mouvement n'est jamais qu'une action secondaire, une réaction. Aucune nature créée n'a l'initiative de son développement.
$ 1 1. Quel est cet Esprit analogue à la nature sensible qu'il anime? En général qu'est-ce que l'esprit? On a cru répondie a cette question par une distinction tranchée entre l'esprit et le corps. On a dit : les corps ont de l'étendue, des dimensions, ils existent les uns à c6té des autres dans l'espace; ils ont forme, couleur, figure, pesanteur, et l'esprit n'a aucune de ces propriétés , il ne ressemble nullement à ce qui artecte les sens, à ce que nous percevons par leurs organes : puis de cette négation ou élimination, appuyée sur des notions purement empiriques, on a conclu que l'esprit est un être simple, c'est-à-dire indécomposable, qu'il est subtil, actif, pénétrant, etc., ce qui revient à dire que l'esprit n'est pas le corps, parce qu'il ne présente pas les propriétés du corps. Cest tout ce que
non!» p<mTons obtenir par rinduction et en partani des phénomènes. U nous faut donc prendre une autre voie si nous voulons oomprendré ce qu'est l'esprit en lui-même »
quelle csl son origine et son caractère.
S 12. Une yérité fondamentale, reconnue dans tous les temps et ehez tous les peuples , et qtte quelques raisons spéculatives ont pu seules révoquer en doute en face du sens commun du genre humain, c'est que Tunivers, tel que nous le voyons, subsiste en deux natures ou en deux substances 9 et qu'il ne peut y en avoir ni plus ni moins. Ces deux natures ne sont point contraires ou ennemies dans leur essence , en ce sens qu'elles s'exclueraient l'une l'autre dans leur ï'ond ou tendraient h se détruire. Elles sont simplement contre-posées Tune a l'égard de Vautre, subordonnées entre elles et à leur principe vivificateur* Ces' deux substances sont ce que la Genèse appelle lé ciel et la terre. C'est d'un côté la substance ou la nature céleste, psychique, intelligente et intelligible; de l'autre la liature ou la substance terrestre, physique, matérielle, sensible.
$ 1 3. Chacune de ces deux natures, quand elle est atteinte et excitée par une action vitale analogue à son degré, réagit vers la vie; et manifestant sa réaction par des ellcis qui lui sont propres, elle montre ce qu'elle est au fond et ce qu'elle peut; car la loi de la vivificatton est une et ta même à tous les degrés, comme celle de la réaction et du déve> loppemenl. La substance sort d'elle-même sous l'action et la direction du rayon excitateur; elle pose quelque chose d'elle au dehors, elle évolue, irradie; et l'effet de cette réaction spontanée, toujours mystérieuse dans sa cause , ce
quelque cliosc |>osé par la nature sous Taction de la vie l'ait , à proprement dire, V esprit de ia nature soit psychique» 8oU pbjrsi(]ue| Veêprit des êtres et de chaque être.
$ 14. Si donc noua considérons ce qu'on appelle Vesprii dans l'ordre hiérarchique des existences et de leur développement, nous dirons qu'il est le premier produit de la nature, le résultat immédiat de Taction qui la féconde et de sa sortie hors d'elle, de sa position au dehors, de son ex-position. Le produit de la nature céleste, de Fâme, qui reçoit la vie et son aliment immédiatement de la Source de toute vie, est un esprit céleste, une iateiligeuce pure qui se connaît elle-même, qui a la conscience de son exifr> tence personnelle et de ce qui agit sur elle; et le produit de la nafure terrestre, à laquelle la vie est transmise par un agent terrestre sous une forme propre à son espèce, est un esprit terrestre, animal, végétal, minéral, un esprit physique tendant à se développer, à se yerser au dehors, à se manifester, mais ne pouvant jamais revenir sur lui-même, et ainsi n'ayant ni la conscience du moi, ni rintcUigence du non-moi.
S 15. Voilà donc deux esprits, deux existences spirituelles bien distinctes Tune de l'autre , tant par leur principe que par la sphère où elles naissent, vivent et s'exercent.
Les conditions de leur existence, les lois de leur développement sont les mêmes: leurs natures ne le sont pas; il y a une immiense distance entre dles. L'esprit physique ne sera jamais un esprit intelligent; la nature dont il est s'y oppose. L'esprit intelligent, bien qu'il puisse s'affaiblir en s'exa liant ou se dégrader par une alliance illégitime, ne peut Jamais se renier lui-même, renier son origine ni sa
iiaLun'. Il lie peut jamais [lerdre entièrement la conscience de sa digniié, de sa supériorité.
$ 16. Si l'esprit est le produit de la nature fécondée et alimentée par un agent vÎTant de son degré, on ne peut point dire qu'il soit en lui-même substantiel, mais il est essentiel à l'être vivant, comme propriété nécessaire de la substance appelée à la vie. Aussi l'esprit n'a-t-il point de consistance en iui-méme; il n'est point fixe, stable dans son existence comme les deux natures créées par Dieu, fi faut à tout esprit une base subjective et un icmit objeclil , nu objet déterminé au dehors pour ^ull puisse se développer; et comme il est léger» actif» et que ce qui l'entoure le sollicite de mille manières» il passe facilement d'un objet à un autre, et se trouve ainsi diversement modifié.
J 17. Produit de la naLure par la vertu de la vie, sprit de chaque créature est toujours une existence complexe, subsistant en deux éléments distincts. Propriété essentielle delà nature qui l'a posé, il lui reste attaché tant que celleci vit actuelicment; et elle vit ainsi, tant qu'elle csl en rapport actuel avec sa source et qu'elle en reçoit son aliment. L'esprit de chaque créature est moyen terme entre son fond ou sa nature, et le monde où elle vit; et dans les créatures les plus nobles, dans les êtres intelligents, il est le miroir ou tout ce qui est hois d elles et qui leur est analogue se représente et se réfléchit.
$ 18. L'esprit d'un être n'est donc ni sa nature, ni sa substance, comme le rayon n'est pas le foyer, comme l'inlelligence n*est pas l'âme, bien qu'elle soit posée par ràmc. C'est en confondant des mois dont la signification est très différente, qu'on est arrivé à ne plus s'entendre sur les
questions les plus imporlantes. On a pris le moude pour
la uuiurc cl la nature pour le monde, le mode poûr la substance et la substance pour le uiode, Tàmc ou la plastique humaine pour l'esprit, et l'esprit pour la base; et par cette confusion, on a été amené à soulever une foule de ques» lions embarrassantes, qui ont provoqué les plus étranges opniiolis pour expliquer l'union de Tàme avec le corps.