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CHAPITRE IIL De la constitution de teêprit Immain

$ 1 9* Entre le ciel et la terre nous trouvons comme moyen terme la créature humaine, l'homme, abrégé de l'univers,

puisqu'il porte dans sa pei souuc ks deux natures et qu'il est un composé des deux substances. L'bouune, unité synthétique» est une existence universelle, qui présente en elle la vertu et la valeur de toutes les autres existences.

$ 20. Si la créature humaine subsiste en deux natures, elle a besoin de deux espèces d'aliments; car la vie de toute créature veut être nourrie, et elle ne peut l'être que de ce qui lui est homogène. Le ciel et la terre doivent donc concourir à l'alimentation et à la conservation de l'homme, qui ne vit pas seulement de pain ou de raliracnt physique, mais à qui il faut aussi la nourriture de Tesprit, la parole de i'intelligenoe et de Tàme. Mais si les deux natures réunies dans la personnalité humaine vivent chacune de la vie qui lui est propre; si elles reçoivent leur aliment de la source même dont elles sont, la nature terrestre de la terre et de

ses productions, la nature céleste du ciel et de ses yertus', et si en réagissant vers inaction vitale qui la pénètre, dia*

curie pose son propre esprit, il faut admcUrc qu'il y a un double esprit dans l'homme, comme il y a une double nature et une double vie constamment alimentées par deux mondes dîfiSérents. '

$ 2 1 . Le double esprit qui est dans l'homme correspond 'AU il()iil)!c esprit de l'univers, le céleste et le terrestre, desquels procède un troisième esprit qui s'exerce da^m la moyenne région entre le ciel et la terre, là où les influences des deux premiers se rèncontfent et se croisent; c'est le grand esprit du monde. Dans l*homme abré^o de l'univers, les deux esprits de ses deux natures produisent aussi par leur union et leur pénétration un troisième esprit, qui se pose entre la nature întèlligente et la nature animale'comme un moyen terme, les tenant à la fois unies et séparées; et c'est dans la sphère de cet esprit uiixte que les phénomènes du monde extérieur sont perçus dans leurs liaisons et leurs rapports, etquerfaommeen acquiert la conscience et ta connaissance. Cet esprit intermédiaire, produit roojen de l'es» prit intelligent et de l'esprit physique dans l'homme, constitue ce qu'on appelle la raison humaine.

$ 22, Sans Tâme et Tesprit intelligent qu'elle pose, l'homme serait sans raison comme sans parole; il ne serait qu'un animal, le caractère humain lui manquerait. D'un autre coté, si la nature psychique de l'homme n'était réunie à la nature terrestre, il ne serait pas un homme, mais une pure intelligence. Ce qui le fait être ce qu'il est dans sa condition présente, tel que nous le connaissons, c'est sa raison, esprit mixte qui suppose l'existence et l'action

de Tesprit supérieur et de l'esprit inliérieur, et qui procède de l'uD et de l'autre en vertu de leur oC^DjonctiOD et de leur pénétration réciproque; car Tesprit créé n'étant point substance, mais propriété essentielle de la substance, deux esprits peuvent se pénétrer, se modifier mutuellement et en constituer par leur union un troisième qui ne sera par» faitement semblable ni à l'un ni à rautre.» mais qui portera le caractère distinctif des deux.

§ 23. L'origine de la raison se trouve donc dans la double nature de l'homme. Il devient raisonnable^ non par suite d'un don spécial qui le rendrait accidentellegnient supérieur à Panimal, non par la partidpation spontanée ou réfléchie de son esprit à une raison objective dite universelle, de laquelle il recevrait ses inspirations et la règle de ses jugements; mats parce qu'il est constitué pour l'être « parce qu'il apporte en naissant toutes les conditions subjectives pour le devenir naturellement. Il devient raisonnable en vertu de sa double nature et de son double esprit, par les> quels il est en rapport vivant avec le ciel et la terre qui lui fournissent les éléments de sa pensée, en même temps tpi'ils lui montrent l'ordre légitime de son dévelbppeihent logique. Il devient parlant, pensant, raisonnant en vertu de la parole qu'il reçoit et par laquelle il émet ce qu'il a admis, eicprime ce que le monde et la parole ont imprimé en lui et expose ce que sa raison affirme ou nie*

S 24. Le rang de la raison ou son degré dans la hiérar-

chie des facultés de l'homme est donc entre la nature et l'esprit physiques d'un côté, et la nature et l'esprit phobiques de l'autre; entre l'homme animal et l'homme intelligent, entre le monde terrestre et lenHmde oâeste. Posée

ainsi par ses antécédents naturds comme aux confins dès

deux mondes, porlaiit dans les étéments constilutifs de son existence le caractère de tous deux, elle est xouchée^ sltmuiée par Tun et l'autre, bien ^ue ThOTome ne se doute point le plus souvent de oette double action et qu'il en ait' rarement la conscience.

$ 25. Si la raison est le produit des deux esprits qui sont dans Thomme, comme ceux-ci sont l'expression de sa double nature, il sera vrai de dire que la raison, déTclop* pée comme elle doit Tétre, est le sommaire de Fbomme, l'abréfi^éde lonie sa personne, comme il est lui-même i'abrcgé de Tunivers. Cest l'élément pbjsique qui fait, à proprement parler, la base subjectÎTe et objective du sens commun ou de la raison dite natureUe, laquelle devient par l'exercice de la réflexion , ce qu'on appelle raison spéculative, L'élé- ment céleste ou rintelligence devient dans son développement légitime raison morale, et c'est de l'harmonie de ces deux déments et pour ainsi dire du parallâisme de leur développement que résulte là perfection de l'bonmie. Car 1 humme est fait pour aimer, pour admirer et pour ;ii;irj sa destination ne peut s'acoompUr par la spéculation seule, mais par l'action lë^timj^, conforme à la loi de l'ordre et de la justice.

$ 26. La raison spéculative et la raison morale ne sont pas deux raisons différentes, deux esprits séparés l'un de l'autre; c'est le même esprit vu dans deux rapports divers. La raison , considérée dans son élément inférieur, n'est susceptible que de l'action de l'esprit terrestre, de celle des phénomènes et des images; et c'est pourquoi, quel que soit l'ettort de la spéculation , elle ne peut comprendre que ce

qui tombe sous les sens et oe qui esc déduit ou induit logiquement des perceptions ou des conceptions empiriques. Par sa partie supérieure ou comme raison mora[e , elle reçoit rimpressioo des objets moraux et des vérités iatelLigibies; elle goûte la parole religieuse, qui lui révèle l'existenoe du monde divin et lui annonce les vérité étemelles; elle la trouve belle, en hannonie.avec sa nature et son besoin ; elle y adhère, l'embrasse avec ardeur, et la défend contre les sophismes de la raison terrestre qui n'y voit que des inventions humaines ou des rêveries'.

§ 27. La raison est donc souvent divisée en elle-même, et tirée en deux sens par des objets d'ordre différent. Les ' images du monde, Tesprit du monde sollicitent son activité et l'attirent vers la terre. La conscience morale, le pressentiment de l'idéal et la parole religieuse la retiennent et la tournent vers une autre sphère. La lutte entre les cléments constitulifs de la raison commence, et ce n'est pas elle qui peut en décider l'issue , puisqu'elle se trouve des deux côtés* Elle n'est point <sompétente pour juger entre les deux mondes au milieu desquels l'homme est placé. C'est de la volonté, qui a son siège dans l'àme er non dans l'esprit, que pari toujours la décision, proclamée ensuite et motivée par la raison, ministre de la volonté. La volonté seule dioisit en vertu de sa liberté, soit qu'elle 9e détermine elle-même d'après ses penchants ou par des motifs que lui fournit la raison spéculative; soit -qu'elle s'appuie <sur une autorité supérieure, qui lui montre où se trouvent pour elle le bien et* le mal , la vérité et llllusion.

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