CHAPITRE IV
Du développement de Vesprit humain* ~^Dela sensibilité
et des sens,
§ 28. Pour expliquer le développement de l'esprit humain, il faut le eonsidérer dans ses rapports multiples avec' les mondes correspondant au double élément qui le constitue. C'est ce que nous ferons graduellement, en commençant par où la nature commence, par le développement physique; car la vie physique se manifeste la première et ce sont les choses sensibles que l'homme connaît d'abord. Ses facultés entrent successivement en- exercice, en raison des agents qui excitent son esprit: à savoir le monde terrestre et ses phénomènes , puis la parole et Taction de son semblable et enfin le monde intelligible et Taction divine.
S 29. Le commerce de l'esprit de Tbomme avec le monde extérieur amène deux résultats : 1* le développement de ses facultés; 2" la connaissance des objets avec lesquels il est en relation. Plus ce commerce est animé par l'action multipliée des objets sur Tesprit et par la réaction de Tesprit sur les objets , plus les facultés de l'homme prennent d'énergie et d'extension, plus la connaissance s'augmente et s'aflérmit, plus aussi son activité pratique ou Tapplication de ce qu'il sait à ce qu'il fait, sera sûre, éclairée, fructueuse. L'action est en raison de la connaissance, la connaissance en raison de l'expérience , l'expérience en raispn dé la communication du sujet et de l'objet.
S 30. £q réagissant ym l'objet extérieur qui Timpre»* sionne, l'esprit tend à sortir de lui pour se poser dans Fob-
jet, en même temps qu'il reçoit et absorbe ce que l'objet pose en lui. Il y a là deux mouvements inverses et siuiuitanés qui constituent le procédé vital de Tesprit, comme celui de toute existence animée. Par sa tendance au ddiors ou Factiytté à* expansion, Tesprit se développe et s'accroît. Par le retour au dedans, effet de la force de concentration, il est ramené sur lui-même pour assimiler' ce qu'il a reçu. €'est l'originelle la réfiexion qui pose la conseienoe et produit la eonnaistancè, La connaissance se forme dans le moi; elle se moule, se formule dans la subjectivité, et num elle dépend à la fois du sujet qui la conçoit et de l'objet qui l'engendre.
S 31. De là dÎTerses manières de Texpliquer et de l'apprécier, suivant qu'on accorde plus au sujet ou à l'objet dans la formation du produit. Selon les uns tout vient de ï objet; l'objet s'imprime tout entier dans le sujet, qui est considéré comme une table rase, comme une dre molle, n'ayant que la capacité de recevoir l'empreinte que l'objet y dépose. C'est la philosophie appelée réaliste. Selon d'autres, tout vient du sujet ^ et l'objet, s'il existe, n'est que la cause inconnue ou même l'occasion du développement du sujet, qui tire de lui-même toute la connaissance, et la pose au dehors par le besoin inné de se manifester, de s'objectiver, en sorte que l'uni vei*s n'est que robjectivisation des idées de l'homme. C'est la philosophie idéaliste,
g 32. D'autres ont nié ou infirmé la valeur de la connaissance que nous avons du monde extérieur, à cause de la manière dont elle se forme, disaul que le sujet ne per-
çoîl poinl l'ofajel lui*«[iéine, mais seulement une image, un phénomène produit par le concours der deux, et qui n'est en effet ni l'un ni l'autre. En outre les sens n'atteignant ni
principe ni nature, ni substance ni cause, la connaissance qu'on leur attribue se réduit à une succession de sensationiS et d'images, à une collection de modifications sans, liaison nécessaire entre elles; et si notre raison nous porte à su[)()user une cause externe à ces laits qui se passent en nous , et un subsiratum à cette cause comme au sujet impressionné par elle, elle ne peut cependant dire ce que ces substances ou ces êtres sont en eux-mêmes; ils restent pou^ la raison, sinon xéro* De U le Se^iieisme et le Cri* ticisme.
§ 33. Ën face des systèmes philosophiques se trouve le sens commun qui exprime la manière générale de sentir et de Tôir de tous les hommes jouissant de l'intégrité de leurs sens, de leurs organes et des facultés de leur esprit Le sens commun, sans s'inquiéter de Tobjet ni du sujet, ni de ki manière dont ils agissent l'un sur Tautre pour constituer la connaissance, aflfirme que les objets extérieurs «xistenl réellement, sinon tels qu'ils nous apparaissent, au moins tels qu'ils doivent être pour produire en nous les impressions qu'ils y font. 11 affirme que la perception sensible donne à notre esprit une espèce de co'titude que le raisonnement ne peut pas plus ébranler qu'affermir, et que le doute à cet égard ne peut exister qu'en théorie.
^ 34. La certitude de la perception externe est le fait primitii de uotre existence au milieu du monde physique,, comme la cértitude de la perc^tion interne ou du sens intime est le (fremier fait de notre exbtenoe morale. Nous
affirmons l'être en nous et hors de nous, dès que nous entrons ea rapport avec les existences et en jouissance de la vie» et nous raffîrmonê avec les fomies sous lesquelles il nous apfiaratt. Les sens externes ne nous trompent pas plus que le sens interne. Ils nous font connaUic du monde pi»jsique tout ce que nous avons besoin d'en connaître dans notre condition actuelle et en raison de notre organisation. L'erreur y quand il y en a» vient de notre raison qui tend toujours à conclure de la réalité sensible à la vérité métaphysique, des phénomènes à la nature des choses , tandis que la connaissance que donnent les sens et la certitude qui l'accompagné ne valent que dana Tordre phénoménah
$ 35. Nier la certitude de la perception des sens , c'est nier un fait évident, c'est une absurdité. Prétendre rétablir par des preuves rationnelles, c'est une autre absurdité ^ puisque tout argument de raison repose en définitive sur le témoignage des sens et le suppose valide. La discussion sur ce point est donc tout à fait oiseuse, et ce qui le montre, c'est que le oui ou le non de la conclusion ne change rien à la pratique. La question vraiment intéressante pour le philosophe est celle-ci : Gomment se forme en nous la connaissance des objets qui existent hors dé nous? Question psychologique et physiologique tout ensemble , et qui ainsi, pour être résolue ou du moins éclaircie, réclame le concours de l'observation interne et de l'observation externe.
S 36. Toutes les connaissances que l'homme peut acquérir par lui-même, toutes celles qui ont été acquises par d'autres et qui lui sont transmises par la parole, partent en principe d'une conception intellectuelle. La conception-
spirituelle coiDine ia conoeplîon physique est le produit de deux termes dont l'un est agent, l'autre patient; l'un donnant, l'antre recevant. Or l'homme étant placé en face du monde physique et des créatures de son espèce , comine les créatures et le inonde sont plsicés en fooe de lui, il est altemaliTement passif et actif, paMÎf ou mère de toutes les conceptions qui sont formées dans son entendement» acUr ou père de celles qu'il excite par sa présence ou par sa parole dans son semblable qui le voit ou l'écoute.
S 37. La conception étant le produit de l'action de l'objet sur le sujet, présuppose d'un e6té dans l'objet une certaine puissance d'agir, par conséquent quelque chose de vivant, un esprit de vie de quelque degré que ce soit, en communication avec le sujet : de l'autre coté dans le sujet, la capaeité^de recevoir cette action et d'en être modifié, capacité que nous désignons par le terme général de sensibilité; et en outre la capacité de concevoir, sous rinlluence derobjet,rimageou l'idée qui le représente^ ce que noiis appelons entendement. Nous parlerons d'abord de la sensibilité et de ses divers modes, en ce qui concerne l'acquisition 4e la connaissance.
§ 38. La sensibilité considérée de la manière la plus générale, est la vie elle-même ea eiercice, la manifestation la plus simple ou l'effiet pur de la vie; vivre et sentir sont absoluiiieiii iJeïiiicjucs au fond. L'être humain dormant dans son germe, est réveillé par l'acte fécondateur, comme un feu latent ou en puissance est allumé par un feu rayonnant ou en acte; Le germe fiScondé reçoit la sensibilité avec la vie par l'action oBjective qui l'exctte; il rayonne à son tour, se développe, se polarise. Le va et vient s'établit.
l'eiiatam se poM, l'organisoie se forme, et rhoiiiiiie*>fiDetiifi cpii ne sentait que sa mère dans sa mère et tout par elle ,
s'en (Jétachc, sort de sa prison obscure, et natt à un monde nouveau, où continuant à se développer il rencontre d*au^ très existences qui vivent et se développent comme lui.
39. La vie de rinditidu ou son rayonnement vital , rencontrant d'autres formes vivantes, d'autres rayons vitaux, les croise, les pénètre, et en est pénétrée, croisée. Cette action extérieure que chaque individualité subit, l'atteint et l'émeut jusque dans son foyer, et cette motion, cette émotion ou ce mouvement qui a lieu dans son moi lui donne à la fois l'expérience de sa vie propre et de l'existence du non-moi. Ces existences cl leur influence lui sont analogues ou contraires, agréables ou désagréables, et ainsi elle les. admet ou les repousse, die en jouit ou elle en soufire.
§ 40. L'homme est sensible df trois m;niicres, c'est-àdire que sa vie une en elle-même est susceptible d'être actionnée par des eiistences de trois ordres difiérenl6.Comme être physique et organique, comme animal, il éprouve des sensations sous L'impression des objets physiques, et cette impression reçue, conçue et réfléchie en lui et par lui, produit les images et la connaissance des objets. Comme être raisonnable, comme créature intelligente et morale, il sent par leur manifestation les êtres qui lui ressemblent, et celle manifestation par l'action et par la parole reçue, conçue et réfléchie en lui, lui donne la conscience et la connaissance de leur existence. Comme être psychique, comme âme, il est capable d'un seniliment plus profond encore; il peut recevoir dans son âme l'influence de ce qui
est supérieur à son corps et à son esprit, et celte influence reçue, conçue et réfléchie en lui y produit Vidée et la con* naissance de ViâéaL
§ 41. Toute sensation suppose dans le sujet sentant le foyer, le sens et l'organe. Le foyer est la capacité dans laquelle les impressions viennent se réunir, le point central où les vibrations de la vie retentissent et viennent aboutir; c'est ce qu'on appelle le sensoriwn commune* Les sens sont les rayons du foyer, les conducteurs de Tacle vîlal; et les organes de la perception externe, tous placés à la surface du corps, sont les pôles du foyer, les points extrêmes des rayons, les intermédiaires entre le monde spirituel subjectif et le monde matériel objectif, les portes de comniunicaiiuii entre le moi et le monde physique.
§ 42. Les fonctions de l'esprit humain s'exercent au moyen d'oi^nes ou d'instruments corporels. L'organisme présente dans son unité trois régions distinctes, le chef ou la tête , le tronc et les membres. Dans chacune de ces régions se trouvent des organes seiiisitifii qui correspondent entre eux, et qui sont en rapport plus ou moins prochain avec le foyer de l'organisme et de la personnalité bumainew Les transmissions faites à l'esprit par ces organes sont donc distinctes aussi, et elles ont une valeur différente dans Tordre de \^ formation de la connaissance. Il y a des organes de perception plus nobles que d'autres, en raison des objets avec lesquels ils communiqueot au dehors, en raison de leur affinité plus grande avec l'esprit au dedans, et ainsi il y a des conceptions plus ou moins élevées, plus ou moins générales, plus ou moins spirituelles. C'est ici que se trouve le fondement des vraies cat^ortes, dans les»
' quelles doivent rentrer toutes les eonoeptioiw de i'en^eodément humain.
§ 43. L'organe général de Vesprit et pour aînai dire son représentant dans 1 uj gaiiisme, c'est le cerveau, et du cer- Ycau partent les ncri's les plus sonsilifs, comme les sens partent de l'esprit. Aussi presque tous les organes de peroeption sont placés dans la téte, chef de l'organisme» et ces organes peuyent, par l'ordre sucoessif de leur appari» tien dans le fœtus , nous indiquer leur valeur subjective , leur importance, et par une analogie naturelle, la valeur relative des conceptions qu'ils servent à former dans l'esprit. Car il n'y a rien de fortuit dans le travail de la nature; tout s'y développe sous la direction de lois invariables, suivant un ordre nécessaire, pour un but déterminé; et dans la succession des divers termes posés par elle, l'antécédent est toujours la condition du conséquent
$ 44. L'œil est le premier organe des sens qui apparaisse dans la léle du fo lus; et l'oeil est le pôle principal du cerveau , comme le cerveau est lui-même le pôle supérieur du foyer de l'organisme. L'œil est en rapport direct avec la lumière» l'objet le plus général du monde physique; c'est par lui qu'elle est reçue, perçue et transmise au cerveau. Or, si l'organe de la lumière est formé dans l'homme par la nature avant tout autre organe de percep|ion externe, c'est que le besoin de la lumière est le premier besoin de l'homme; c'est que la lumière est son premier objet, son élément primitif. L'organe qui la perçoit est donc ciussi le plus noble des organes et la condition première pour subjeciiver l'objectif, particulariser le générât
S 45. Si la Tue et l'œil tiennent le preniîer rang dans la
formation et la Ifiérardiîe naturelle des sens et de leiirtt
organes, les perceptions el les conceptions qui proviennent de la TÎaion, soit organique, soit intcllecluelle , sont aussi les premières en force et en dignités De là ces afilnnations populaires pouk* les laits physiques : je Tai ya de mes yeux; cela saute aux .jeux. De là l'ayantage des démonstrations géométriques et algébriques pour les choses rationnelles; de là la nécessité et le prix de 1 évidence intuitive pour les choses intelligibles 9 et de là enfin l'autorité du. prophète ou du voyant. Ce que l'homme perçoit par la vue est évident pour lui, parce que, en même temps que la lumière rayonnée ou réfléchie par l'objet arrive à l'œil, au cerveau et au sens, l'esprit réagissant par son rayon visuel , fixe et pénètre l'objet de son regardi
§ 46. La première catégorie comprendrait donc toutes les conceptions qui se rapportent à ia lumière et qui dépendent de la vision. Or la lumière qui est dans toute sphère et pour chaque créature la condition, le vâiicule et l'aliment de la vie, est ausû la suibstance première, la base générale de tout ce qui existe. Celte catégorie peut donc être nommée catégorie de In substance. Toute conception lumineuse et par cela même substantielle, tout ce a forme, étendue > couleur, éclat, tout ce qui se dé^ vdoppe dans l'espace^ et l'espace hii-méme lui appartiennent. C'est la cat^orie de Vwûté, de Vtmii^rMoUté, de la généralité.
§ 47. La région opposée à la tête est Tabdomen ou le ventre, avec ses organes de nutrition et de teproduction; et de même que le cerveau dans la téte se polarisé dans
Tœil et se fait son qrgane de perception pour la lumière^
nourriture principale du cerveau et de l'esprit; ainsi l'estomac, organe central du ventre» se polarise en haut dans la boudie et se forme son organe pour reoeroir , éprouTer et discerner les substances particulières, aliments du fcrfer
organique et de tout le corps. La bouche apparaît après l*ceil dans la léte du fœtus.
S 48* LWl n'est qu'en rapport médiat avec les objets matériels; car la lumière seule peut le toucher* Il n'en est pas de même de l'or^rie du goût, qui a besoin d'entrer en contact avec les substances particulières pour les éprouver, pour discerner leur action et leur convenance avec l'organisme. L'œil Yoit Vexlréme dehors des objets. Il commence toujours par embrasser Tunité, l'ensemble , et par son regard il abstrait successivement le particulier du général. Le goiit saisit ce qui est au dedans. Il est d'abord en rapport avec le particulier, et il en extrait le général, discernant dans les substances les saveurs, ce qui est bon ou mauvais ; et les saveurs sont produites par l'action des sels, bases ou plastiques des corps. L'iiommc est donc par ses deux premiers organes de perception , en rapport avec les deux extrêmes des choses, le dehors et le dedans*
% 49. La vue est le sens de la manifestation, le goût celut du mystère; or mystère et manifestation sont l'être et l'existence, le subjectif et l'objectif dans chaque chose. Le mystère se perçoit par le goût et non par Va vue; autrement il ne serait point mysière. Va manifestation se perçoit par la vue et non par le goût; autrement elle ne serait pas lumière. L'homme actuel ne peut donc connaitre l'être qu'autant ([u'il a le goût de l'être, et ce goût, nourri et cultivé en lui, lait sa sagesse. Il ne peut connaitre i'exis-
tenoe qu'auUint qu'il en a l'évidence par la lumière, et cette évidence fait la seienee* Or la science et la sagesse,
qui proviennent de l cviJcucc el tlu goût, sont au-dessus de lout argument; car on ne dispute point des goûts; et l'évidence de la lumière en est la meilleure démonstration* S Si donc l'organe du goût tient le second rang dans le développement naturel des organes des sens , les objLls (lu goût, les saveurs, les qualités intimes et essentielles des substances doivent répondre au second besoin de l'homme actuel* En effet, ce qui importe le plus à sa vie , après qu'elle a été excitée par la lumière» ce qui contribue le plus au bien-être pbjsique, intellectuel et moral de cette vie, ce qui iuiitic et main lient ce bicn-ètre, c'est le discernement par le goût de ce qui est bon ou mauvais, bien ou mal pour Thomme. Nous dirons donc que les perceptions du goût, tant physique qu'intellectuel et moral, sont les secondes en rang < i ta dignité; que les jugements qu'elles motivent ont le plus de valeur subjective, comme ceux qui sont fondés sur l'évidence ont le plus de valeur olyeclive; et ainsi les conceptions qui en dépendent, et qui ont pour objet les qualités intimes des eiistences, constituent la seconde catégorie, qu'on peut appeler catégorie de la qualité,
■ $ 51. L'objet du premier besoin de l'homme, c'est la lumière. Outre la lumière physique qu'il boit par son regard et qu'il aspire à tout instant avec l'air, véhicule de la vie, il lui faut ciicuie une nouiiiiurc matérielle, corporelle, plus spécifiée, appropriée à son organisation, qu'il extrait des substances alimentaires au moyen du goût. Hais l'honime n'est pas seulement un corps organisé, un
aoimal, U est aussi un élre intelligeot et uioriilf il a un esprit et une âme, et ainsi il lui faut, pour vivre «le toute la plénitude de la vie humaine, une autre nourriture» une
nourriture qui soit à la fois spirituelle et matéridle, hinn-
neuse et mystérieuse, une nouiriiure uniquement propre à l'homme , lequel ne vit pas seulement de lumière physique et d'air, de substance élémentaire ou 4e pain , mais de toute parole de vérité. • >
§ 52. Si le développement des Tueultés les plus précieuses de rhomme dépend de la parole, si la compréhension et la puissance de la parole sont essentielles à sa nature, en font le complément et la dignité, si l'homme n'est homme que par la parole, il làut que dans les premiers degrés de son développement se forment aussi l'organe pour recevoir la parole, le sens pour la saisir et la percevoir. Ce sens c'est l'ouie, Toi^ne c'est l^oreille; et l'oreille apparaît après la bouche e| l'œil comme une cavité mystérieuse dans la téte du ftetus.
§ o3. L'oeil est le pôle principal du ce^veau, et le cerveau est l'organe spécial de l'homme-esprit. La bouche, en tant qu'organe du goût, est le pèle supérieur de l'estomac, et l'estomac est Porgane principal de l'homme animal. L'oreille est le pôle diamétral du cerveau, qui est lui-même le pôle supérieur du cœur; et le cœur placé dans la poitrine est l'organe [)rincipal de Téire psychique, le représentant organique de i'àme» Or l'oreltle en rapport avec le cerveau, le cervelet et tous les organes de la téte d'un oèté, communique de l'autre avec la carité gutturale et par elle avec la poitrine. C'est de la poitrine, animée par le cœur, que , partent la voix, le ton, la parole, La bouche parie de l'a-
boiidance du coeur, et la parole qu'elle émet, admise par l*oreUle, pénètre en Yibrani dans la. poitrine et juaqu'au OQBttr. Les sons résonnent dans la cavité pectorale; la voix
s'y répète en Lcho ou s'y réflécliit.
^ ô4. L homme physique voit avant qu'il ne boive ou ne mangCi et il goûte avant d'entendre ou d'écouter. L'homme psychique, au contraire, entend avant de pouvoir goûter, puisque la vfe et la nourriture lut viennent par l'ouïe et par la parole. L'homme psychique esL eii germe dans l'homme physique, comme celui-ci, avant la génération, était en germe dans le sein maternel. La parole fécoadanle arrive par IVule; l'esprit la reçoit, j adhère, la goûte, la discerne, l'élabore, en extrait la saveur, en perçoit la lumière et arrive ainsi à la vue intuitive, puis à l'évidence objective de ce que la parole lui avait annoncé.
S 65. Le premier acte de Thomme né à la lumière physique est donc le voir simple, la vision. Le second est goûter, la manducation. Le troisième entendre , écouter, l'au* dition. L'objet de la vision est la lumière générale et une, ou ïimité. L'objet de la manducation, ce sont les saveurs» .les qualités diveraes, la dii^rsité» L'objet de l'audition, ce sont les sons successifs, les mots, les langues, la muliiplU cité. Le premier acte de l'homme psychique, né par la parole, est entendre, le second goûter, le troisième voir ou contempler. Le développement de l'homme physique se fait donc en denoendanoe, puisqu'il va de l'onité à la multiplieité; oeluî de* l'homme psychique se fait en ascendance, puisqu'il revient de la jimlplicilé a l'unité.
§ Ô6. Toutes nos conceptions inlellectuelles se ramènent donc à trois catégories principales ou se distinguent en
trois cUsses. La première est celle de la substance, qui comprend les idées de Tunitét de Vuniversalilé, de la généralité, de la simultanéité, de l'espace, de l'ensemble, de
Ici lolalilt;, etc., idées qui s'acquièrent primilivement par la vue. La seconde, celle de la qualité, renferme les perceptions des qualités intimes de la substance diversifiée ou des substances particulières, celles des rapports de convenance ou de disconvenance entre le moi et le non-moi, la perception des espèces dans le genre, lesquelles se forment primitivement par le goût. La troisième, qu'on peut appeler «Catégorie de la quantité, contient toutes les notions multiples de quantité et de nombre, de mouvement et de progression, de temps et de succession, de personnalité, d iiidivitiu ililé et de relation, enfin tout ce qui ne peut être exprimé distinctement que par un langage successif, par le langajgie articulé, objet du sons de l'ouïe. Toutes nos conceptions intellectuelles sont donc universelles, g^ nérales ou individuelles. Nous concevons toutes cboses sous les tbrmes de l'universalité, de la généralité, de l'individualité.
% 67. L'odorat est, pour ainsi dire, un sens auxiliaire du goût. Il en est une dépendance, ou si l'on veut, comme
une sentinelle, pour discerner à distance les substances qui conviennent à l'alimentation. Le nez, qui en est l'organe, apparaît après l'œil , la boucbe et l'oreille, et d'abord aplati, dans la téte du fmtus. Il commence à remplir ses fonctions, quand Tenfaiit peut par luinnéme cbereher sa nourriture. Les odeurs sont l'objet propre de ce sens, et louie odeur vient de l'exhalation des corps , du rayonnement de la vie et aussi des sécrétions et de la décomposition continue de
la fontie, des émanations des existences. Les substances exhalées, transpirées, sécrétées ou émanées sont des sels TOlatito, des molécules plus ou moins subtiles et péné* trantes qui se répandent dans Pair ou Tatmosphère générale, s'y meuvent ou y voltigent sous la forme gazeuse. Insaisissables à l'œil, mais souvent perceptibles à l'odorat, elles constituent l'atmosphère propre de chaque corps , laquelle fait connaître à distance l'esprit yitaU ou, comme disaient les anciens, l'esprit recteur qui anime le corps.
' § 58. Le sens du toucher qui réside surtout dans les membres, et plus particulièrement dans l'extrémité des doigts, est comme un auxiliaire de la vue en ce qui concerne les dioses corporelles. Il met l'homme en relation immédiate avec la matière, ayec les masses, avec les corps, et il vérifie ce que l.i vue en perçoit à distance. \ oir, c'est toucher, palper par l'œil au moyen du rayon visuel; et toucher, palper, c'est revoir par les doigts. L'aveugle peut distinguer les couleurs au toucher. La vue et l'ouïe se réunissent pour l'acquisition de la connaissance des choses spirituelles. La vue et le toucher s'associent pour la connaissance des choses corporelles.
^ 69. La sensibilité, en tant qu'elle contribue à la formation de la connaissance du monde sensible et nous fournit les matériauic de cette connaissance, fonctionne par des organes spéciaux, correspondant aux diverses propriétés des objets, et qu'on appelle organes des sens. Elle s'exerce en outre d'une manière générale par la surface estteme et interne du corps, par toutes les parties où les nerls s'épanouissent, et principalement dans toute l'étendue de la peau au dehors et des membranes muqueuses au dedans.
Dans ces cas, elle est toute passive, toute pour la conservation de l'être phjaique* ËUe reçoit les impressions des agents extérieurs à iraveni l'enveloppe du corps, et die est excitée au dedans par les tnoLliiicaLioiis organiques qui produisent du plaisir ou de la douleur. De là les sensations de la faim, de la soif, de la chaleur et du froid, de la fatigue» et toutes celles qui se rapportent aux divers besoins de la nature animale. La sensibilité foit pour ainsi dire le sens intime de l'animal , qui connaît par elle son bien et son mal, son état de santé ou de maladie.
S 60. Et voilà rbomme avec ses deux natures ^ avec sa raison ou l'esprit mixte qui résulte de leur union» posé en face du monde et au milieu de toutes les existences , pourvu de facultés, de sens cl J uix;an( > pour être actionné jusque dans son foyer le plus intime par tout ce qui coexiste avec lui» et réagir par sa volonté» par sa force centrale vers ce qui l'excite et jusqu'aux extrémités de l'univers.
Le voilà voyant, ou percevant par Fœil la lumière, l'es* pace, l exlrèine dehors ou la manifestation des êtres; goûtant, ou peicevani par le palais les qualités esseoiieUes des choses, les saveurs et les sels; entendant, ou percevant par l'ouïe les vibrations de la vie» les sons» les tons» le rythme, là parole; odorant par les narines l'air, ^atmosphère générale et parliculière; palpant, ou percevant par la main les masses» les surfaces et les limites des corps.
Le voilà par toute son enveloppe» par aon organisme» par se» sens, en relation avec; toute la nature physique; par la sensibilité spirituelle, en commerce avec le monde rationnel, avec les intelligences; et enfin pouvant entrer en rapport intime et central par ie cœur» par l'âme et par le
aentimoFit le plus profond avec le Principe de son élre et de tous les êtres, avec Dieu lui-même.